C)2 LE LATIUM
événements mémorables qui s'y sont passés; il nous traça une sorte de panorama historique dont je vais tâcher de donner une esquisse. « La vaste étendue du Latium dépassait de beaucoup les limites de la république romaine, durant la première moitié de son existence, et il fut pendant dix siècles le théâtre des plus grands événements. A nos pieds, dit notre antiquaire, s'étend le Forum Romanum^ dans cette étroite vallée qui nous sépare du mont Palatin; et nous aurions pu d'ici entendre la voix de Cicéron , révélant la conspiration de Catilina au peuple assemblé devant le temple de la Concorde, dont voilà les ruines justement au-dessous de nous. Peut-être même aurions-nous pu l'entendre, lorsque de la tribune aux harangues que vous voyez de l'autre côté du Forum près du temple de Jupiter Stator (en voilà trois colonnes encore debout), il faisait serment qu'il avait sauvé la patrie, et lorsque tout le peuple répétait après lui le même serment. Mais d'ici encore, bientôt après, nous aurions pu voir la tête et les mains sanglantes de ce sauveur de son pays , clouées à cette tribune aux harangues, et le même peuple tranquille spectateur! Aujourd'hui, cette foule de patriotes et de conspirateurs , de héros et d'esclaves , qui remplissait le Forum , a disparu ; et à sa place , vous voyez quelques vaches, cherchant des brins d'herbe parmi les ruines ; quelques moines le chapelet à
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main , et des ânes à la file chargés de puzzolana ; enfin , une troupe de galériens qui font semblant de fouiller parmi les ruines pour découvrir d'autres ruines, sous les ordres de deux ou trois malotrus en uniforme, le bâton à la main, aussi paresseux que les travailleurs eux-mêmes. » Quelqu'un demanda où était le gouffre de Curtius, dans lequel il se précipita avec son cheval ; » « La ! précisément là ! s'écria un de ces ciceroni de louage, dont les voyageurs se font accompagner. Là, devant nous! « montrant du doigt, de l'autre côté du Forum, une petite mare d'eau, où deux canards barbotaient en agitant leurs ailes. Voilà tout ce qui reste du gouffre de Curtius, qui, comme vous savez, s'est fermé sur lui, » — « En effet, reprit notre antiquaire, et si bien fermé que les fouilles récentes font voir une accumulation de vingt pieds de terre, et de débris au-dessus de l'ancien niveau et du gouffre, s'il a jamais existé. Les colonnes isolées et les groupes de colonnes, qui se montrent en divers endroits à moitié hors de terre, appartenaient à divers temples qui occupaient l'ancien Forum, sans aucune symétrie, embarrassant la Via sacra et les autres avenues du Capitole. L'entier déblaiement sur un plan régulier de ces vingt pieds de décombres, accumulés sur l'ancien niveau, pourra seul déterminer la situation respective de ces édifices et des différentes routes qui traversaient le Forum ainsi que les limites, et l'étendue I. i3
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de ce Forum lui-même, où il semble impossible que la 20^ partie de l'immense population de Rome ait pu se réunir.
« Elle s'y réunissait pourtant à certains jours pour ses affaires ou pour ses plaisirs, aux élections, par exemple : ou bien lorsqu'elle remplissait les fonctions de juge dans les causes portées devant son tribimal. Mais si chaque tuile des toits environnants, ou chaque pierre du pavé était devenue le siège d'un de ces juges populaires, s'il s'en était placé une demi-douzaine sur la tête et les épaules de chacune des statues colossales qui décoraient le Fo/7///z romanum^ la cour entière n'aurait encore pu trouver place dans ses limites apparentes. Malheureusement, le zèle mal-entendu de nos amateurs étrangers fait, qu'au lieu de concourir ensemble au même plan, on les voit faire chacun sa fouille, et à côté, sa montagne de terre, augmentant ainsi l'incertitude et la confusion.
a A notre droite, et dans le Forum même, prés du temple de Castor et Pollux, était le marché aux esclaves, où la plupart des étrangers qui nous honorent de leurs visites, ajouta notre antiquaire, ont probablement eu quelques-uns de leurs ancêtres amenés pieds et poings liés et vendus comme des veaux. César y débita beaucoup d'Anglais et d'Anglaises; il n'en dit rien dans ses Commentaires, parce que dans ce temps-là c'était