MUSÉUM DU CAPITOLE
la cour , représentait autrefois Oceanus ; mais dans les beaux jours de Rome pontificale , les plaisans lui avaient donné le nom de Marforio ^ et en avaient fait le célèbre interlocuteur de Pasqum\ ces deux figures débitaient entr'elles mille bons mots et saillies épigrammatiques, que l'on affichait sur le marbre. L'on arrive par un fort bel escalier à une suite d'appartements pleins de statues et de tableaux, dont il est d'autant plus inutile de parler, que les voyages récemment terminés ont fait assez connaître les plus beaux morceaux de cette collection. Ce qui attira le plus notre curiosité, ce furent les bustes, surtout ceux qui pouvaient être considérés comme des portraits de famille d'anciens Romains : hommes ou femmes , bourgeois ou guerriers , hommes d'état ou empereurs. Les modes changeaient à Rome, et le marbre même eut les siennes; car l'on voyait sur quelques-uns de ces bustes, des chevelures de rechange noires ou brunes ou blondes sur des visages de marbre blanc; et ces perruques de marbre se mettaient et s'ôtaient à volonté. Sur le beau sein de Lucile , femme de Lucius Verus, et fille de Marc - Aurèle, on. voyait un châle d'albâtre rayé, et les épaules de quelques autres dames étaient revêtues de robes en marbre de couleur. Il y a dans la salle des empereurs une collection chronologique de ces maîtres du monde; et dans le rapprochement du caractère
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historique de chacun d'eux avec sa physionomie, l'analogie, souvent en défaut, est quelquefois frappante. La plupart de ces empereurs avaient de nobles figures, et Caligula lui-même était vraiment fort joli garçon . On ne s'étonne point avec Larochefoucauld , « que des nations aient pu se mettre à la merci d'hommes qui portaient de telles figures ». Celles cependant de Néron, de Domitien et de Claude, ne laissent pas en doute sur ce qu'ils étaient; et l'on voit bien que Maximien , malgré sa ressemblance avec lord Wellington, n'est qu'un barbare, doué de beaucoup de force corporelle, et d'un esprit pénétrant, mais vulgaire. Quant à Titus, à Vespasien et à Trajan, les vertus dont ils furent doués ne se peignent pas aussi clairement sur leurs physionomies. Des traces de soucis rongeurs sont empreintes sur celle de Trajan, mais la bonté perce encore à travers les rides de son front. Je me souviens d'une belle tète d'A grippa, et d'une plus belle encore de Germanicus. Pour Archimède, placé dans la salle des philosophes , sa physionomie est celle d'un furet. N'est-il pas singulier que l'on ait des portraits de tous les grands hommes de la Grèce, de tous les doctes, les littérateurs et les philosophes, et pas un seul des savants de Rome? Cela prouve combien ceux-ci avaient moins de respect pour l'esprit et la science que pour les talents politiques et militaires. Nous n'aurions
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pas des statues et des bustes de Cicéron, s'il n'eût été consul et consul illustre. Le marbre ne nous a transmis que des empereurs, des généraux et des patriciens. Le temps a été juste envers Marc- Aurèle ; il n'y a pas de statue plus commune que la sienne.
L'antiquité aussi avait ses antiquités tout comme nous, et les tirait d'Egypte; la collection en a été refaite ici. On y voit un crocodile, un bœuf, nombre de statues et de fragments de statues, dans le goût monstrueux qui caractérisait les anciens habitants des rives du Nil. On y distingue aussi une fort belle imitation de ce mauvais goût; c'est un hermès à deux tètes, représentant Isis et Apis. Un grand objet de curiosité, est le plan ou quelques fragments du plan de Rome antique, gravé sur l'albâtre qui servait de pavé au temple de Rémus et de Romulus, au pied du mont Palatin. Ces fragments, à présent incrustés dans le mur suivant leur ordre naturel, autant qu'on a pu s'en assurer, ont éclairci quelques doutes sur la topographie de la ville antique.
Quelques jours après cette première visite au Campidoglio , nous sommes montés sur la tour du palais sénatorial, élevé d'environ 260 pieds audessus du Forum; nous étions accompagnés d'un savant antiquaire romain, parfaitement au fait de l'ancienne géographie du Latium , dont l'ensemble se déployait sous nos yeux , et de tous les