‹ Voyage en Italie et en SicileChapitre 61 sur 126 · CLA.IR DK LUNE, Q.]J · texte numérisé non relu

CLA.IR DK LUNE, Q.]J

(les tigres et des lions , pour aller déposer à l'extrémité opposée des œufs qu'il tient dans ses mains; s'il échappait aux griffes desbétes féroces, il était libre. Après le premier choc que ces spectacles cruels ne pouvaient manquer de produire, et la compassion une fois émoussée par de fréquentes épreuves, il ne restait qu'un vif intérêt et un goût d'émotion violente qui devenait une passion, et rendait le spectateur insensible à tout sentiment d'humanité. On ne doit pas être surpris que les poètes et les artistes de l'antiquité excellassent dans la description et la représentation des morts et des mourants, ayant des occasions journalières de voir des combats mortels, Hvrés par des sujets nus. Ils dessinaient et décrivaient d'après nature, ce qu'aucun moderne na pu faire. Parmi les spectacles extraordinaires, introduits dans larène, on y a vu des femmes, l'épée à la main, combattre jusqu'à la mort , ainsi que des nains et des hommes contrefaits.

Justus Lipsius rend Compte de ces odieuses j,ouissances d'un goût dépravé , et le fait est prouvé par un édit d'Alexandre Sévère, qui prohibait ces combats, lesquels probablement n'avaient pas été en usage long-temps avant l'époque dégénérée où il régnait.

C'est la mode d'aller voir le Colysée au clair de l,une, comme le Vatican aux flambeaux, et quoi-

aiS CLAIR DE LUNK.

que les modes, lorsqu'elles sont généralement adoptées , deviennent , ainsi que les proverbes , vulgaires et triviales, cependant il serait encore moins raisonnable de s'abstenir toujours de faire ou de dire ce que tout le monde fait ou dit, que de tomber dans l'excès contraire; car, après tout, l'adoption générale est originairement venue d'un certain degré de mérite intrinsèque , que la mode ou le proverbe possédaient. Il est certain que nous nous sommes fort bien trouvés d'avoir vu le Colysée par un beau clair de lune. La lumière douce et vague qu'il répandait sur les masses caverneuses entassées autour de l'arène, ne laissait voir aucun des tristes détails de la décadence , ni rien qui rappelât la règle et le compas. Une sorte de grandeur idéale, sans couleur et presque sans forme, se montrait seule, et, au lieu d'un ouvrage artificiel composé de murs et de voûtes, on aurait cru être au fond du cratère d'un volcan éteint dont le cône escarpé s'élevait à l'entour. La lune , dit l'auteur de Corinne , « est l'astre des ruines, »

J'imaginerais que les vues myopes jouissent d'une sorte de clair de lune perpétuel. C'est au moins le même vague sur tous les objets éloignés; mais ceux qui sont ainsi conformés ignorent combien le nombre des clairvoyants est inférieur au leur, et ne savent pas à quel point ils ont à se féliciter d'échapper ainsi aux détails

MONT PALATIN. 1l()

ignobles et mesquins, que nous sommes condamnés à voir. Notre vue, à nousautres presbytes, est classique, tandis que celle des myopes est romantique.

Le Colysée , la nuit , serait un coupe-gorge , sans le corps-de-garde qui est à côté. Les soldats ne manquent pas de prendre les armes , à l'approche de tout étranger après le soleil couché , et le pour-boire sur lequel ils comptent ne leur permet pas d'oublier les ordres qu'ils ont à cet égard. Il y a en outre des sentinelles placées dans plusieurs endroits des ruine&.hes che viua ? le reflet des armes , le bruit même des talons de bottes sur l'antique pavé romain , ont leur effet sur l'imagination : il ne lui en faut pas davantage , et des riens comme ceux-là suffisent pour l'émouvoir.

On grimpe le long du plan incliné de l'amphithéâtre par des sentiers frayés, comme sur une montagne , au milieu du parfum des violettes et des autres plantes odoriférantes qui y croissent spontanément. J'ai entendu parler d'une Jlora Colysea que l'on dit assez riche.

Entre le Colysée et. le Capitole, s'élève le mont Palatin , couvert , d'un bout à l'autre , des ruines du palais de Néron , qui le débordent et descendent dans les vallées voisines jusqu'au pied des monts Cœlius et Esquilin. Ce prodigieux palais, à lui seul une ville, ayant été consumé par le feu

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