‹ Voyage en Italie et en SicileChapitre 90 sur 126 · LES RÉVOLUTIONS · texte numérisé non relu

LES RÉVOLUTIONS

ceux qui ne préfèrent pas leur postérité à euxmêmes, font bien de n'y avoir recours qu'à toute extrémité. En fait de révolution , on ne peut pas trop se fier au vieil adage vox populi^ vox Dei; car ceux qui y perdent blâment tout; ceux qui y gagnent ou espèrent y gagner, approuvent tout; et la majorité nous paraît toujours être du côté de ceux avec qui nous vivons habituellement.

Tout ceci au reste ne s'applique guère aux Romains quijouèrentforcémentle rôle de patriotes, à peu près comme Sganarelle joue celuidemédecin,à coups de bâton. Après une résistance assez courte , un gouvernement, semblable à celui de la France, fut établi chez eux. Bonaparte disait que, quand il s'agit de faire faire un grand pas à la multitude , il vaut mieux que le mouvement soit soudain que graduel. On n'a pas le temps d'avoir peur et de se cramponner , et une fois la chose faite , quoiqu'étonné d'abord , on s'y accoutume bien vite. Ainsi, après quelques jours seulement de régime provisoire , les États romains furent proclamés français; le département de Rome et celui de Trasimène marchèrent tout comme le département de la Seine et celui de la I.oire , au moyen de 3ooo employés français, remplissant toutes les places hautes et basses; car les hommes capables et bien famés parmi les Romains se tinrent d'abord à l'écart; personne ne voulait se compromettre en acceptant une place. Bonaparte n'inspirait

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pas personnellement la confiance , et l'on craignait cette constitution française, dont il faisait une selle à tous chevaux. Les femmes surtout se piquèrent d'esprit public, et le premier bal donné par le général MioUis, quoique magnifique, fut à peu près désert. Dans sa colère, le général menaça de l'exil à Civita Vecchia les femmes qui persisteraient dans leur désobéissance à ses cartes d'invitation. Le pape, avant de quitter Rome, avait lancé l'excommunication (i) contre ceux qui serviraient le nouveau gouvernement , ou qui communiqueraient avec lui ; mais ce n'était pas lui faire une grande faveur que de figurer à ces bals. Enfin , les femmes dansèrent par force de tout leur cœur; leurs maris acceptèrent des places ; les salons des préfets et des généraux et leurs antichambres aussi se remplirent. Un maître de chapelle fut le seul qui tint ferme, et ayant refusé de chanter le Te Deum , il fut envoyé à Cù'ita Fecchia ; mais Bonaparte , qui connaissait mieux les hommes , fit venir l'héroïque soprano à Paris. On le reçut bien, on lui donna une croix et une pension, et

(i) L'individu qui se chargea de la commission périlleuse d'afficher l'excommunication sur la porte de Saint-Pierre et sur celle du Quirinal (c'était un pauvre voiturier) , a été depuis si bien récompensé par le saint père , qu'il a dernièrement acheté, ou est en marché pour acheter, de Lxicien Bonaparte, la principauté de Canino.

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on le renvoya ton t-à-fait changé; sa conversion s'étendit même à tout le corps des chantres de sa sainteté. Les artistes furent à leur tour caressés, employés et décorés; enfin ,• la noblesse elle-même, lasse de se voir taxée à merci et miséricorde , voulut foire la paix, accepta des places à la cour et des emplois publics. Le prince Cesarini^ décoré de l'ordre de la Réunion, devint gouverneur du palais impérial; le prince Piomhiho^ dépouillé de sa principauté et de ses propriétés de l'île d'Elbe, et réduit à ^Z'C^^^^Qv Ludovisi tout court, accepta la place de trésorier de la couronne; le prince Borghese ^ enfin , demanda la main d'une sœur de Bonaparte, veuve de ce général Le Clerc, qui avait enlevé le pauvre Toussaint-Louverture de Saint-Domingue. Il est vrai que les nobles avaient bien aussi leurs griefs sous l'ancien ordre de choses. Soumis à ime nuée de petits collets, fils de paysans sortis de leurs domaines , pour venir faire ensuite la loi à leurs anciens seigneurs, et les gouverner despotiquement, lorsque, devenus prêtres, prélats, cardinaux, ils se trouvaient les représentants de l'autorité papale; sujets d'un gouvernement théocratique où ils ne pouvaient avoir aucune part, les nobles étaient encore souvent éclipsés par la fortune d'un parvenu, neveu du pape : sous Bonaparte, au contraire, les nobles pouvaient arriver à tout. Après quelque temps, les Romains de toutes' les classes, à Rome au

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