LES RÉVOLUTIONS
tour (lu voyage de Paris. La cour de Rome s'est toujours donnée à ceux qui donnaient; elle a toujours été du côté des victorieux, lorsqu'ils n'en voulaient pas aux principes sur lesquels repose sa puissance. Quant aux Romains , qui étaient soumis au plus mauvais gouvernement , leur amour-propre national souffrit d'abord de la manière dont ce gouvernement avait été régénéré sans leur aveu par des étrangers, mais le changement leur était trop avantageux pour qu'ils ne se soumissent pas bientôt à la douce violence qui leur était faite.
Les révolutions, il en faut convenir, sont toujours un malheur pour la génération qui les fait; ceux qui se trouvent privés de la place qu'ils occupaient danslemonde et de leurs jouissances habituelles étant, malgré les apparences, en plus grand nombre que ceux dont la situation est améliorée par une révolution. Les pauvres n'y gagnent rien, car un homme riche dépense ses revenus parmi une multitude de gens qui travaillent pour lui; ceux-ci en emploient d'autres, et ces derniers, d'autres encore; la série est infinie. Que si cet homme riche aime à accumuler, son revenu ne s'en éparpille pas moins vite , car il place son argent, achète des terres ou des maisons, s'associe à des entreprises industrielles. Les avares d'à -présent n'enterrent plus leur trésor comme autrefois; ils ne le tiennent plus sous la
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clef, et le coffre-fort est devenu un meuble inutile. Ceux de qui l'avare achète, ceux à qui il prête son argent, et ceux à qui il le donne (car les avares donnent plus volontiers que les prodigues, qui ne s'en laissent jamais les moyens), sont les véritables usufruitiers de son bien, tandis qu'il n'en est, lui, que l'administrateur. Enfin , l'avare de nos jours est simplement un homme, qui fait dépenser son argent par d'autres. Le riche ne peut pas dîner deux fois, souvent à peine une fois, faute d'appétit ; mais d'autres dînent pour lui , et non pas ses amis seulement, ses domestiques, mais une multitude de gens qui de l'autre bout du monde pourvoient à ses besoins sans le connaître. En dernière analyse, le revenu du riche se trouve réparti parmi les pauvres , plus économiquement, plus régulièrement, avec moins de frottements incommodes et de résistances, d'inquiétudes et d'accidents , que par le moyen d'une révolution , sous l'empire de laquelle les riches deviennent pauvres , et quelques-uns des pauvres deviennent riches, mais sans que la société cesse d'être divisée en riches et en pauvres. Il y a donc peu de chose à gagner par les révolutions, à l'égard d'une meilleure division de la propriété; mais elles sont l'extrême et quelquefois le seul remède à d'autres maux de l'ordre social , remède cependant qui , s'il guérit nos enfants quelquefois très-bien , empire souvent nos propres maux ; de façon que