‹ Voyage en Italie et en SicileChapitre 94 sur 126 · RÉSULTATS POLITIQUES. '29I · texte numérisé non relu

RÉSULTATS POLITIQUES. '29I

La pauvreté ou la prudence obligea les nobles à diminuer le nombre de leurs domestiques. Les moines, sécularisés, ne distribuèrent plus de dangereux secours aux pauvres qu'ils avaient faits, en décourageant l'industrie; laquais et mendiants devinrent soldats. La vente des biens du clergé popularisa la propriété, et les taxes mêmes excitèrent l'industrie. Les sùirrï, brigands soldés, sans uniforme, sans chefs, sans discipline, fui-ent assujétis à une organisation militaire, et on les réunit à une bonne gendarmerie, principalement recrutée en Piémont, afin qu'elle parlât le langage dû peuple romain, sans en avoir les préjugés. Lès chefs de police à la campagne, appelés barigelli , autres brigands qui achetaient leur place du produit de leurs crimes, furent supprimés (i). Le gouvernement pontifical, malgré sa banqueroute sous Pie Vï, avait déjà une nouvelle dette ; elle fut payée avec le produit de la vente des biens monastiques. L'éducation était si excessivement négligée qu'on ne put trouver, dans les deux départements, un seul élève pour l'Ecole polytechnique, quoique l'examen eût été réduit pourleursjeunes gens, et que le gouvernement leur

(i) Un de ces barigelli portait le surnom de Dieci nove , doses à'w-nenï assassinato , le dernier desquels avait été celui de sa femme. Chassé, en conséquence, il fut, à la restauration du pape, réintégré dans sa place de barigello de Frosinone.

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ouvrît ses lycées gratuitement. L'industrie et les arts mécaniques étaient aussi en arrière que possible; mais les écoles d'arts et métiers en France reçurent cinq ou six cents enfants italiens. Une maison de travail fut organisée à Rome, pour recevoir et employer les mendiants, qui disparurent la plupart. Diverses manufactures de soude, d'alun , d'indigo , furent établies ; et la culture du coton fut introduite avec succès. Des recherches bien dirigées tirent découvrir divers monuments antiques; les beaux-arts furent encouragés, et Canova leur donna un nouveau lustre. La première et seule promenade publique dans 'Rome, fut établie ^ Monte Pincio^ et la première pépinière, sur le Mont Palatin. Il y eut une académie archéologique, dans le chef-lieu des antiquités. On méditait de grands travaux à l'embouchure du Tibre et dans les marais pontins, afin d'assainir cette région.

11 faut convenir que les mesures de police étaient exécutées militairement. Le général Miollis, une belle nuit, fit enlever et transporter dans l'île d'Elbe tous ces hommes infâmes qui exercent le métier de courtiers de prostitution dans les rues de Rome (Ruffiani)\ mais les femmes firent dès-lors le métier elles-mêmes, au grand scandale des Romains, et sans que les mœurs y gagnassent beaucoup. Les nouvelles taxes et la conscription parurent d'abord insupportables; mais ici

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comme en France, on s'y accoutuma assez vite, et ce fut la perte de leur argent à laquelle les parents restèrent le plus sensibles. Car la perspective de l'avancement de leurs enfants semblait adoucir extrêmement les regrets de la séparation. Tels furent les résultats d'une révolution peu sanglante parce qu'elle fut faite par une force régulière, et quoique les classes supérieures aient pu en souffrir , la grande masse du peuple y gagna à tous égards. Malheureusement, à la restauration, on se hâta, autant qu'il fut possible , de remettre tout sur l'ancien pied , sans égards à ce qui méritait d'être conservé. Depuis lors, on est bien un peu revenu sur ses pas; mais l'on peut dire que tout ce qu'il y a de bon dans le pays est dû à cette époque, et particulièrement à l'administration de M. Degérando , spécialement chargé de l'organisation des Etats romains. Le fisc était sévère, mais il n'était pas corrompu , et l'époque du pillage fut exclusivement celle de l'occupation militaire ; les coupables étaient pour la plupart des commissaires et des généraux.

Bonaparte paraît avoir eu l'intention de former un corps législatif composé de cardinaux richement dotés, et qu'il aurait élus lui-même, croyant se donner , par-là , une influence religieuse ainsi que politique. Mais ces sénateurs ecclésiastiques, sans postérité qui dût leur succéder, et recevant dans leur vieillesse des biens qu'ils n'étaient pas

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destinés à posséder long-temps, n'auraient pas fait de grands efforts pour obtenir une certaine influence personnelle parmi leurs nouveaux clients, et cette influence, s'ils l'eussent obtenue, aurait bientôt donné de l'ombrage à celui même qui la leur aurait fait obtenir. Il est vrai qu'un législateur militaire et conquérant peut s'amuser à faire des expériences politiques , sûr de corrriger avec son épée les mauvais résultats qu'elles pourraient donner.

Le gouvernement actuel participe de l'état des choses existant avant et après l'invasion des Français, mais surtout du premier. Je me bornerai à énoncer quelques faits qui ont rapport à cet état actuel. On compte à Rome 545 arrestations annuellement, pour délits divers, sur une population de 1 3o,ooo âmes, et la population des États romains s'élevant à 2,4^^1,222 âmes, il y aurait, dans cette proportion, 10,167 arrestations, la moitié desquelles , à peu près , se terminent par la condamnation. Sans égard aux principes reconnus en bonne justice, que le doute suppose l'innocence du prévenu , et que personne ne peut être mis deux fois en jugement pour le même fait, on peut l'être ici indéfiniment et rester toute sa vie sous le poids de la même accusation; car, lorsque les preuves ne sont pas suffisantes pour condamner , le prévenu n'est élargi , si toutefois il est assez heureux pour l'être, que provisoirement:

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