ESPRIT FRONDEUR. 1Ç
de riiistriiction et de l'indépendance. Le peuple romain a toujours été dans l'habitude de fronder le pouvoir: cardinaux, prélats, juges, ministres d'État, le souverain pontife lui-même, tout le monde a sa part de bons mots satiriques et d'amères critiques : il n'y a pas jusqu'au Saint-Esprit qui n'essuyé des épigrammes.
Les auditeurs, imbus de cet esprit frondeur de la classe à laquelle ils appartiennent, l'exercent jusqu'à un certain point sur leurs propres fonctions, et cela les tient en respect de manière à tempérer les vices de cette administration.
Au reste l'opinion populaire, à Rome, et l'opposition qui en résulte, ne portent pas sur les principes du gouvernement, mais sur son administration; sur des faits et des résultats, non sur des opinions spéculatives; le peuple ne voit pas que les bons principes sont le moyen d'amener les bons résultats. J'ai, par exemple, entendu des frondeurs approuver les cours prévôtales, chargées de décider sommairement du sort des brigands arrêtés, et de les faire exécuter sur-le-champ, sans voir que l'arbitraire exercé contre des voleurs, le sera aussi contre les honnêtes gens.
Les débiteurs insolvables ne peuvent être détenus plus d'une année à moins de transactions frauduleuses de leur part. Il y a un moyen ingénieux d'ajourner le paiement d'une dette , même après jugement; c'est de faire une retraite reli-
3oO HÔPITAUX.
gieuse par ordre de son confesseur, pour se préparer à la communion ; alors toute saisie ou contrainte par corps est suspendue pendant un certain temps raisonnable, déterminé par le cardinal légat du département ou par son secrétaire.
Les hôpitaux et autres fondations charitables pour les pauvres et les malades, ne sont nulle part aussi nombreux qu'en Italie, ni peut-être plus mal administrés ; chacun d'eux est confié à un cardinal, cpii le confie à un prélat son vicaire, lequel en remet le soin à son secrétaire.
Le grand hôpital (^Spïrito Santo) a seul un millier de lits formant quatre rangs, le long d'une immense salle, et l'on y reçoit tous ceux qui se présentent, de quelque pays qu'ils viennent ou quelle que soit leur religion pourvu qu'en leur tâtantle pouls on leur trouve de la fièvre.
Si le malade ne peut pas venir, ni se faire transporter, on lui envoie une voiture. Cet hôpital entretient dans différentes parties de Rome des dispensaires , où les pauvres reçoivent gratis les secours médicaux dont ils ontbesoin. Les autres hôpitaux sont, la plupart, institués pour des maladies spéciales. L'hospice des enfants trouvés a 3oo nourrices à demeure , outre un beaucoup plus grand nombre d'externes. Les enfants parvenus à l'âge convenable sont mis en apprentisage, ou employés dans l'hôpital même, et à vingt ans ils reçoivent une somme de cinquante piastres, pour