‹ Voyage en ItalieChapitre 14 sur 16 · HORACE · texte numérisé non relu

HORACE

Je n'ai point quitté Tivoli sans visiter la maison du poète que je viens de citer : elle était en face de la villa de Mécène ; c'était là qu'il oSrait floribus et vino genium memorem brevîs œvi^^\ L'ermitage ne pouvait pas être grand, car il est situé sur la croupe même du coteau ; mais on sent qu'on devait être bien à Tabri dans ce lieu, et que tout y était commode, quoique petit. Du verger devant la maison l'œil embrassait un pays immense : vraie retraite du poète à qui peu suffit, et qui jouit de tout ce qui n'est pas à lui, spatio brevi spem longam reseces^^\ Après tout, il est fort aisé d'être philosophe comme Horace. Il avait une maison à Rome, deux Ullas à la campagne, l'une à Utique, Tautre à Tivoli. Il buvait d'un certain vin du consulat de Tullus avec ses amis : son buffet était couvert (T argenterie ; il disait familièrement au premier ministre du maître du monde : « Je ne sens point les besoins de la pauvreté, et si je voulais quelque chose Je plus, Mécène, tu ne me le refuserais pas. Avec cela on peut chanter Lalagé, se couronner de lis, qui vivent peu, parler de la mort en buvant le falerne, et livrer au vent les chagrins.

Je remarque qu'Horace, Virgile, Tibulle, Tite- Live, moururent tous avant Auguste, qui eut en cela

(1) « Des fleur» et du vin au génie qui nous rappelle la brièveté de la vie. »

(2) " Renferme dans un espace étroit les longues espérances. » HOR.

VOYAGE EN ITAUE

le sort de Louis XIV ; notre grand prince survécut un peu à son siècle, et se coucha le dernier dans la tombe, comme pour s'assurer qu'il ne restait rien après lui.

Il vous sera sans doute fort indifférent de savoir que la maison de Catulle est placée, à Tivoli, audessus de la maison d'Horace, et qu'elle sert maintenant de demeure à quelques religieux chrétiens ; mais vous trouverez peut-être assez remarquable que l'Arioste soit venu composer ses fables comiques ^^^ au même lieu où Horace s'est joué de toutes les choses de la vie. On se demande avec surprise comment il se fait que le chantre de Roland, retiré chez le cardinal d'Esté, à Tivoli, ait consacré ses divines folies à la France, et à la France demi-barbare, tandis qu'il avait sous les yeux les sévères monuments et les graves souvenirs du peuple le plus sérieux et le plus civilisé de la terre. Au reste, la villa d'Esté est la seule villa moderne qui m'ait intéressé au milieu des débris des villa de tant d'empereurs et de consulaires. Cette maison de Ferrare a eu le bonheur peu commun d'avoir été chantée par les deux plus grands poètes de son temps et les deux plus beaux génies de Tltalie moderne.

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