‹ Voyage en ItalieChapitre 23 sur 27 · SIS · texte numérisé non relu

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très-mélancolique, etcependaul tout-puissant. Croyezvous donc qu'il n'v ait pas dans ces quelques notes, qui rappellent au Suisse, et si vivement, la patrie absente, autant de puissance que dans les plus beaux airs de Rossini ou de Meyerbeer?

Cependant, malgré moi , on me disait quelquefois le nom des villes où nous passions. C'est ainsi que j'ai reconnu la ville de Constance , à son nom d’abord , et ensuite à cette indicible odeur de vieux saints et de foin nouveau , cette odeur de concile et de campagne , d'encens et de fleurs champêtres. — Ville étrange , élevée tout exprès pour la discussion tliéologique , et qui n'a entendu à ses oreilles que les informes disputes d’une scolastique furibonde. Le moyen , pour une pareille ville , de ne pas mourir d’ennui tout desuite? Le moyen de croire quelque peu à l’avenir, pourune ville qui s’élève sous .les désordres des princes de l’Eglise, à la lueur des bûchers nouvellement allumés, sous les baisers impurs des courtisanes arrivées tout exprès pour avoir leur part dons le luxe et dans le désordre de la cour de Rome qui louchait à sa perte! Aussi celle ville de Constance , si

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richement bâtie et que baigne un si beau lac , est-elle morte tout de suite; elle n’a pas même duré si longtemps que les passions Ihéologiques qui la fondèrent ; elle a disparu , ou , ee qui est plus triste , elle est restée vide, silencieuse, impuissante, immobile. Pourtant , avec un peu de soin , vous retrouvez tous les souvenirs du concile Ces grandes filles sveltes et si mal à l’aise dans leurs longues tailles , portant encore quelques fragments de vieilles dentelles qui ont servi de rochet aux cardinaux ; des sièges en vieux chêne noir ont conservé je ne suis quelle altitude hypocrite qui rappelle à la fois l'église et le boudoir. Dans la rue , des hommes noirs vous accostent , et ils vous disent : — Voulez-vous voir le cachot de Jean lluss ? — Eli ! pour qui me prends-tu , mon brave homme? Quoi ! je serais venu là et de si loin, pour voir le cachot dans lequel un homme courageux et convaincu a souffert mille morts avant de marchcrau supplice? Quoi ! j'aurais quitté la douce et étincelante Florence pour venir m’ensevelir dans ces décombres sanglantes , dans cette tombe anticipée, entre ces quatre pierres évangéliques où le réformateur a sué son agonie ! Non . je

UN ITAM K

neveux [>as île ton cachot 1 non, je ne veux pas recevoir l'horrible sensation que lu me proposes. Singulière vanité «les villes, cependant ! Klles se vantent de leurs bourreaux comme elles se vanteraient de leurs grands hommes; plutôt que de ne rien montrer au voyageur qui passe , elles lui montreraient les cendres de leurs bûchers , et jusqu aux taches du sangqu’clles ont versé. C'est ainsi qu'à Holy-Rood, on renouvelle chaque année la scène sanglante du joueur de luth de Marie Stuart.

Malheur aux villes qui n'ont à vous offrir que des souvenirs de sang et de vengeance! malheur au curieux qui se détourne de sa route pour une goutte de sang versée il y a deux siècles! Pour moi , en toute hâte jequittni Constance , et je repris ma course à travers le monde ; mais après avoir dépassé Constance ce n’était déjà plus la meme Suisse que j’avais vue. L'horizon s’élargissait, le sol devenait plus ferme, la vie des affaires se montrait de nouveau sur les roules. A ce moment de mou voyage, la France n’était pas loin, mon Dieu ! Il me semblait que je l’entendais chanter là-basà ma gauche son chantéternel de gloire,

VOYAGE

(le lilicrté et d’amour. Quelle \iolencc ne me fallut-il pas encore pour ne pas me préeipitersur nos frontières ! Pauvres frontières, qui ont jadis marché au pas de charge bien au-delà du Rhin, et qui maintenant se tiennent respectueusement à distance du beau fleuve! Ainsi passant et retournant la tête , je me trouvai tout simplement à Mayence.

La première chose qu'on va voir à Mayence quand on a vu le Rhin, quand on s'y est baigné, et avec quelles délices ! dans ses eaux jaunies et savoureuses , c’est le dôme. Le dôme de Mavenee, c'est tout comme le dôme de Fisc, un souvenir de l’art byzantin , mais un souvenir plus complet, une imitation plus entière, une chapelle transportée de Constantinople sur les bords de ce beau fleuve. Rien n’est plus vieux et plus triste que ce temple. On dirait que les arcades affaissées vont laisser tomber sur vous cette voûte immense ; on dirait un monument qui ne tient plus à rien, ni au passé, ni au présent , ni à l’avenir , et qui se meurt en silence et sans se plaindre. Dans les dernières guerres , les boulets de l'empereur Napoléon ont endommagé la \icille cathédrale, et elle n’a même pas daigné s’en

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apercevoir; elle se rappelait sans doute l'église de Constat) tin-le-Grand que le soldat de Mahomet II voulait briser A coups de marteau, en commençant pur la mosaïque. Dans cette église moitié rebâtie , maladroitement recouverte d'un ignoble badigeon, beaucoup trop éclairée pour la mnjestédu sanctuaire , sont étendus pêle-mêle , couchés sur leurs tombeaux de pierre, plusieurs de ces anciens monarques allemands et français qui ont l'air de fables : fabulaque mânes. Les grands noms inscrits en caractères gothiques sur ces dalles sonores seraient d'un effet puissant , si la sainte basilique ne laissait pas entrer tant de soleil, le soleil , ce grand destructeur des mystères, (tendez au temple ses vieux vitraux, débarrassez-le des ornements modernes , replacez la vieille rouille du temps sur ces statues réparées , sur ces vieux tableaux passés au vernis , et \ous allez retrouver en entier ce vieux |K>ëmc étouffé par le bruit et parle mouvement de la ville.

Mais que dis-je? ce que je dis est impossible. Car vous auriez beau rendre ù l'église ses ténèbres, replacer dans leur niche noire les vieux saints de la lé

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