SKI
VOYAGE
je crois. ( II prend un air sérieux. ) Et pendant une heure vous verriez son rire tantôt triste et tantôt gai. selon que je lui rapporte qu’en effet cela est plus beau que riche , mais enfin que ce n'est pas tellement beau que ce ne soit un peu riche ; et puis je lui dis cruellementce que jesais parle prospectus: — unaqueduc, une terrasse , un grand bois , deux bosquets , un beau jardin entouré de vases de marbre remplis de fleurs, tout le luxe italien au milieu de la plus belle nature italienne. Et cependant mon homme compte sur ses doigts ; il sait déjà que mon palais con tient quatorze chambres meublées avec goût , et que les lits sont garnis, mais tels quels ( il sourit ), et que rien ne manque à la maison : linge de lit et de table, cristaux , tableaux, batterie de cuisine (i/ est triste).
D’autres m’abordent en me disant : — Mais pourquoi donc n’allez-vous pas visiter ce beau domaine? — J’ai quelqu'un là-bas qui s’entend mieux que moi eu affaires. (Ils sont tristes.) Et puis d’ailleurs qui parlerait de vos pièces nouvelles? (Ils sont tristes.) Mais, dit un autre , et votre feuilleton , si je le prenais à votre place? — Mon feuilleton n est pas à donner, je le
K N ITALIE
garde , et d'ailleurs le Journal des Débats ue voudrait pas de vous. Qui, moi! tout neuf encore, quitter ma plume, renoncer au monde littéraire , à ses amitiés . à ses haines , à ses calomnies , à ses vengeances , à ses cruautés de chaque jour! on me donnerait le duché de Lucques, que je ne voudrais pas !
Mais vous, je vous vois encore revenir à la charge, curieux que vous êtes ! Vous me frappez amicalement sur l’épaule, et vous me dites : — Entre nous (je ne le dirai à personne), que rapporte votre château et combien vaut-il ? Vous êtes là, bouche béante, et vous attendez ma réponse avec une anxiété qui n’a rien de méchant. Car, enfin, il y a château et château. Il y a le château de Sainte-Assise qui rapporte 50,000 livres. Il y a le château du Petit-Bourg qui coûte 4 00,000 fr. par an. — Vous avez peut-être gagné Petit-Bourg? — Pas plus que je n’ai gagné Sainte-Assise. — Mais enfin (comme disait l’envieux), vous n’auriez gagne que \ 00,000 écus que ce serait déjà beaucoup !
4e vais vous dire , mais à vous seul , franchement et naïvement ce que me rapporte mon château cl ce qu'il vaut au plus bas prix: — Je n’eu sais rien. Mais
ce qui est vrai, c'est que j'ai gagné un château. — ll-ga-chà-teau.
Et que deviendrez-vous cependant ? nie demandent tout bas les amis inconnus qui me protègent et qui me défendent , et qui me traitent comme l'enfant de leur adoption ; à quoi je leur réponds ce que répondait le gardeurde moutons.
Ce gardeurde moutons s’écriait un jour : — Ah! si seulement j'étais roi de France I — Eh bien ! si tu étais roi de France? lui dit un homme qui passait: — Je ganterais mes moutons à cheval.
Et moi , si mon château vaut quelque chose , j achèterai un parapluie et j'irai à l'Opéra eu omnibus.