AVIS DES EDITEURS IH
délices qui me restent, celles de la pensée et de l'imagination solitaire. Ce que j'écris me plaît infiniment pendant que je l'écris, cela suffit. Après, tout me dégoûte, mais c'est égal. Je ne doute guère qu'à une deuxième ou troisième lecture tu ne sois content des huit mille vers que je t'enverrai dans un an. J'en ferai ensuite soixante mille autres, si Dieu me laisse vie, et nous aurons aussi nos poèmes indiens, infinis comme la nature dont tout poème doit être la vaste et profonde et vivante réflexion. Nous n'avons eu jusqu'ici que des chambres obscures en fait de poésie. Ce que j'écris ne peut sérieusement se détacher par fragments sans se décolorer et se tuer. Qu^est-ce que la partie d'un tout où tout se correspond ! Tu n'y comprendrais rien : un mot explique l'autre et lui donne sa valeur. C'est de la poésie large et récitative plus que mélodieuse, mais le sentiment qui y est la rendra mélodie dans son ensemble.
La Correspondance indique quelques-unes des circonstances se rapportant à la publication des notes de ce voyage.
Le 27 janvier 18}^, il écrit à M. de Virieu :
Je t'enverrai bientôt quatre petits volumes de mes misérables notes intimes et paysagistes qui s'impriment à la hâte.
// dit ailleurs qu'elles n'étaient pas destinées à l'impression.
Le S avril, au même :
Tu auras vu par les journaux que, volé chez l'imprimeur avant d'avoir été imprimé ici, j'avais paru à Bruxelles ; de là nécessité de paraître sur-le-champ. C'est fait. J'ai paru avanthier... Tâche de me lire, je ne puis t'envoyer de long temps.