‹ Voyage en Palestine et en Syrie (volume 2)Chapitre 107 sur 144 · ARRIVÉE A NAZARETH · texte numérisé non relu

ARRIVÉE A NAZARETH

silôt l'endroit où nous désirions de nous rendre. Mais la route qui y conduisait passe à travers un pays montagneux et au milieu de champs fraîchement labourés : en outre, nos chevaux étaient fatigués, et il était douteux qu'ils pussent nous mener jusque là. Nous ne savions donc pas si nous devions poursuivre notre roule, ou nous arrêter au premier village qui s'offrirait; toutefois le désir que nous avions d'arriver à notre destination remporta, et nous nous déterminâmes à continuer notre chemin. JNous arrivâmes enfin à Nazareth, mais seulement à six heures du matin ; de sorte que nous avions mis onze heures à parcourir un chemin qu'on fait ordinairement en sept, la distance n'étant que de vingt-un milles. A l'entrée du village nous vîmes une fontaine abondante, ombragée par des arbres; on l'appelle la « fontaine de la Vierge.» Dans ce moment, plusieurs jeunes femmes allaient et venaient y puiser l'eau nécessaire pour la journée dans de larges jarres de terre qu'elles portaient sur leurs tètes, selon l'ancienne coutume. Auirés par le nom de celle fontaine, nous arrêtâmes nos chevaux pour considérer la scène qui se passait sous nos yeux, et qui nous rappelait d'une manière si frappante les mœurs des siècles les plus reculés, ei

l'occupation probable de celle qui fui eboisie cuire toules dans cet humble village, pour èlre la mère du Messie.

En arrivant au couvent, j'étais si faligué que, pendant qu'on préparait nos chambres, je m'endormis sur le pavé de la cour où nous étions descendus de cheval, et qu'on eut de la peine à me réveiller. Mon ami, M. de Cadalvène, éprouvait un retour de la fièvre dont il avait été attaqué dans la Haute-Egypte, accès de fièvre qu'avait sans doute occasioné l'abondante rosée de la nuit. M. de Breuvery, dont le cheval s'était abattu sous lui , avait reçu de fortes contusions; notre domestique lui-même souffrait d'une ophthalmie; de sorte que celte nuit n'avait été pour nous qu'une nuit de malheur, et nous entrâmes au couvent plutôt comme des invalides que comme des pèlerins bien portans.

Le couvent de Nazareth appartient aux missionnaires de la Terre-Sainte : il est situé dans le bas du village, à l'extrémité est. C'est un bâtiment simple, solide, et entouré de hautes murailles. 11 renferme une église, des cellules pour les religieux, et de nombreux appartemenspour les pèlerins et les voyageurs. L'église occupe l'emplacement, où, suivant la

tradition , s'élevait autrefois la maison qu'habitaient Joseph et Marie, avant quelle n'eût été miraculeusement transportée à Loretle. On la nomme l'église de l'Annonciation, en mémoire de l'incarnation de Notre Seigneur : elle ne se recommande guère que par son emplacement; les proportions en sont irrégulières, et elle est ornée avec plus de faste que de goût. Derrière le maitre-autel, il y a un escalier par lequel on descend à une excavation pratiquée dans le roc, et où l'on voit deux colonnes de granit ; l'une, placée à l'entrée, indique le lieu où était assise la Vierge Marie, lorsque l'ange Gabriel la salua comme la mère du Messie; l'autre marque la place où était l'ange lorsqu'il s'acquitta de son message. Celle qui se trouve placée plus avant a été, dit-on , rompue par les Sarrasins au-dessus de son socle : la partie fracturée a été enlevée, tandis que le haut de la colonne reste suspendu au plafond. Dans tout autre pays, un pareil fait, d'ailleurs facile à expliquer* n'aurait pas même été remarqué; mais ici où le peuple, naturellement crédule et enclin au merveilleux, éprouve un respect religieux pour la sainteté du lieu, ou le regarde comme l'effet d'un pouvoir surnaturel et invisible. 11 est déplorable qu'on encou

rage des croyances aussi absurdes; elles n'ont pu prendre naissance que dans un siècle d'ignorance : les entretenir dans le temps de lumières où nous vivons, c'est exposer gratuitement notre sainte religion à des critiques imméritées.

h septembre. — Ici, de même qu'à Jérusalem, on moutre au pèlerin diverses localités comme se rattachant à l'enfance de Notre Seigneur, et à la vie de ses parens : 1° L'endroit où Joseph, époux de la Vierge et tuteur de l'enfant Jésus, exerça la profession de charpentier : il est à peu de distance du couvent, et est indiqué par une chapelle petite, mais bien entretenue. 2° La synagogue où le Christ expliqua le texte d'Isaïe,qui le concerne; ce qui scandalisa grandement tout le peuple juif. 3° Une chambre renfermant un énorme bloc de pierre ( neuf pieds sur six et quatre de hauteur ) appelé « Mensa Chrisli, » où Jésus-Christ soupa la dernière fois avec ses disciples, avant leur départ de Nazareth pour Jérusalem. On prétend même indiquer le précipice où le peuple voulut précipiter Jésus ( St. Luc, ix, 29 ); mais il se trouve à une trop grande dislance de la ville, pour qu'on puisse regarder son identité comme certaine. Ce lieu est toutefois on ne peut

plus convenable pour l'exécution d'un dessein aussi criminel; car les rochers qui bordent le précipice sont entassés les uns sur les autres en blocs énormes et de la manière la plus confuse. La vue de ces divers lieux produisit sur nous une impression plutôt pénible qu'agréable- Cet appel continuel fait à notre crédulité, déjà fort affaiblie par notre pèlerinage à Jérusalem, fut cause que nous nous retirâmes sur une éminencequi domine le village, où nous pûmes nous livrer en paix à des souvenirs, sinon plus agréables, du moins qui reposent sur une tradition plus authentique- Le village de Nazareth ou Nassera, comme on le nomme aujourd'hui , est situé sur un coteau qui termine à l'ouest une délicieuse vallée entourée de toutes parts de montagnes rocailleuses peu élevées, mais qui se lient par leur base comme pour la garantir de toute invasion. C'est dans l'enceinte formée par les montagnes, où tout sourit à l'œil, où tout est verdoyant, que le Sauveur du monde fut conçu; c'est là que, retournant à un âge encore tendre, il passa les premières années de sa jeunesse*. Ces faits sont si incontestables, même sous

* « Il s'est éle\é dovant le Seigneur connue un faible ai-

le point de vue purement historique, qu'aujourd'hui encore, dans tout l'Orient on donne, par dérision, le nom de Nazaréen ou de sectateur de l'homme de Nazareth à tous ceux qui croient en la mission divine de Jésus-Christ. Que faut-il de plus pour rendre ce lieu l'un des plus inléressans aux yeux de tout voyageur chrétien?

lnisseau et comme un rejeton qui sort d'une lerre sèche : il a été sans beauté et sans éclat ; nous l'avons vu, et il n'avait rien qui attirât nos regards. » (Isaïe, lui, 2.)

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