‹ Voyage en Palestine et en Syrie (volume 2)Chapitre 106 sur 144 · ACRE · texte numérisé non relu

ACRE

à son ancien nom hébreux, celui d'Akka, qui est encore aujourd'hui celui sous lequel elle est connue *. Les Sarrasins s'en emparèrent pour la première fois en 036, et les chrétiens en 1104. Saladin s'en rendit maître en 1184 et la conserva jusqu'en 1191 ; à celte époque les Croisés la reprirent; mais après être restée en leur possession pendant un siècle , elle leur fut définitivement enlevée par les Sarrasins qui en demeurèrent maîtres jusqu'en 1517, époque à laquelle ils furent à leur tour obligés de faire place aux Turcs. Depuis lors, Acre resta négligée; mais vers le milieu du siècle dernier, le scheik arabe Daher s'en empara par surprise. Sous sa sage administration , elle recouvra une partie de son ancienne prospérité. Le fameux, ou mieux l'infâme tyran Djezzar pacha f lui ayant succédé, fortifia et embellit celte ville, qui , en 1799 acquit une certaine célébrité par la vaillante et heureuse résistance que ses habitans, sous le commandement de notre brave compatriote Sir Sidney Smith, opposèrent aux armes de Bonaparte- D'après l'esquisse rapide que je viens de tracer

* Voyez Appendice, n" 25.

t Voyez Appendice, n" 2G.

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de l'histoire si a»ilée * de cette ville malheureuse, on ne doit pas s'attendre à y trouver aucun ëdiûce d'une haute antiquité. Les ravages de la guerre s'y montrent de tous côtés : quelques colonnes de granit gris et rouge renversées, et quelques boules de pierre éparses çà et là dans les rues, sont les seules ruines des temps anciens qu'on y voit. Parmi les débris d'architecture gothique sont les restes de l'église cathédrale de Saint-André, près de la mer, mais qui , aujourd'hui, n'est plus qu'une modeste chapelle. On montre pareillement les ruines de l'église Saint-Jean, patron du lieu, laquelle fut bàlie parles chevaliers de Malte. Le plus remarquable des bâtimens modernes est la belle mosquée construite par Djezzar pacha. Elle est carrée, et est surmontée d'une coupole supportée par des colonnes antiques. Un minaret léger et d'une hauteur considérable qui s'élève à côté contraste d'une manière heureuse avec les noirs cyprès groupés tout à l'entour. La cour intérieure est entièrement pavée en marbre blanc. La ville est encore redevable à ce prince d'une belle fontaine située à l'entrée du

* Voyez Appendice, n° 27.

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serai ou palais. Les matériaux employés dans sa construction, ainsi que ceux de la mosquée, ont élé amenés de Césarée *. L'intérieur du palais ne peut s'apercevoir du dehors, à cause des murs élevés qui l'entourent. Les bazars sont beaux , voûtés et bien approvisionnés ; mais les rues sont généralement trèsétroites. Dans les villes fortifiées, telle qu'Acre, il ne peut guère en être autrement, car le terrain y est précieux. Les maisons sont pour la plupart bâties en pierres, cl avec une solidité qui indique le besoin de la défense. Elles se terminent toutes par un toit plat, ou mieux par une terrasse qui sert de promenade fort agréable quand il fait beau. Ces terrasses sont construites de la manière suivante : en travers des soliveaux qui forment le plafond du dernier étage de chaque maison, on place des planches de sapin bien jointes ensembles; au-dessus de ces planches oti pose des chevrons en sens contraire; les espaces qui se trouvent entre eux sont remplis de foin ou de paille hachée mêlée avec de la chaux et du gravier. On recouvre le tout d'une couche de charbon en poudre, puis d'une de chaux et de sable mêlé

* Voyez Appendice, n" 28.

tïe cendre et de charbon, et aplatie avec un rouleau. On bat bien le tout avec un maillet jusqu'à ce que la surface prenne un beau poli, et qu'elle soit rendue impénétrable à la pluie.

Au coucher du soleil, nous partîmespour Nazareth. Comme nous avions l'intention de revenir , nous confiâmes nos cantines et nos effets les plus embarrassans aux soins du supérieur du couvent. Nous sortîmes de la ville par la porte orientale, la seule qu'il y ait du côté de la plaine, et après avoir suivi pendant une demi-heure la route qui longe la baie d'Acre, nous arrivâmes à l'endroit où elle décrit une courbe dans la direction du sud. Là, nous trouvâmes le Kardakah, l'ancien Belus, qui roule un faible volume d'eau à La mer, sur un lit de sable le plus beau que j'aie jamais vu \ Il sort d'un marais qui se trouve à six milles de là, au sud-est, et que les anciens appelaient Palus Gendivia. Dans la saison des pluies, il se change en un torrent rapide, ce qui du

* Selon Pline, l'art de faire du verre fut découvert par des matelots qui faisaient bouillir une marmite sur le sable de celle rivière. C'est de là que les manufactures non-seulement de Sidon, mais des villes voisines tirèrent le sable qui leur était nécessaire. L Écriture ne fait, je crois, nulle mention de celle rivière.

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reste arrive à la plupart des rivières qui, des montagnes de la Syrie, descendent dans la mer. 11 sort alors de son lit et inonde les campagnes environnantes. Pendant quatre mois de l'année, la plaine est plus ou moins sous les eaux. Les chaleurs de l'été la dessèchent; maison remarque dans la terre de larges crevasses, de même qu'en Egypte après que le Nil s'est retiré. Les exhalaisons produites par cette dessiccation produisent souvent des maladies contagieuses; mais ce qui est nuisible à l'homme devient favorable à la végétation. Beaucoup de plantes aquatiques se plaisent dans ce sol ; le coton surtout y croît d'une manière étonnante. On le sème dans le mois de mai, et la récolte s'en fait en septembre. Le pays produit également quelque peu de grains. Le tribut annuel que l'on doit au Sultan se paie en cet article, que des bâtimens européens viennent chaque année prendre dans le port, pour le transporter au siège du gouvernement. Dans la plaine, à un demi-mille à l'est de la ville, est un tertre ou petite éminence qui paraît être évidemment l'ouvrage de la main de l'homme. Tout indique en effet qu'à une époque quelconque, une armée qui en faisait le siège y a établi des redoutes.

Trois heures de marche nous conduisirent à un puits situé au pied d'une montagne sur laquelle est un village appelé Péré. Les moukeris ou muletiers, toujours remplis de sollicitude pour leurs animaux, mais s'inquiétant fort peu de ceux qui les louent, nous prièrent de mettre pied à terre et de nous arrêter un instant. Nous consentîmes à leur demande d'autant plus volontiers dans cette circonstance, que nous nous trouvions nous-mêmes un peu fatigués de la chaleur qu'il avait fait durant le jour. Nous étendîmes donc nos tapis par terre, et, après avoir pris quelques rafraîchissemeus, nous nous abandonnâmes au sommeil, recommandant toutefois qu'on nous éveil- 1;U au bout d'une couple d'heures.

3 septembre. — Ce matin, en nous réveillant, nous n'avons pas été peu surpris de voir que la lune, qui brillait d'un éclat extraordinaire lorsque nous traversions la plaine, était alors totalement éclipsée. La vue de cette éclipse produisit sur nous tous un effet d'autant plus grand , que nous ne nous y attendions pas. Je dis tous, car indépendamment de notre propre société, nous trouvâmes que, pendant notre sommeil, nous avions été rejoints par plusieurs personnes allant de Nazareth à Acre. Ce Magnifique phénomène fut

pour nous un spectacle intéressant; mais les Arabes ne le virent qu'avec inquiétude , et parurent le regarder comme un signe de funeste présage.

Gravissant la colline, aux pieds de laquelle nous nous étions arrêtés, nous arrivâmes en peu de temps sur les limites de l'ancienne tribu de Zabulon. De là, en une demi-heure, nous atteignîmes le village d'Abylène, situé dans une vallée entourée de collines peu élevées et bien boisées, Une heure de plus de marche nous conduisit dans la belle plaine de Zabulon. La route se partage là en deux branches, dont l'une se dirige à droite et l'autre à gauche. L'ignorance du guide qui avait été envoyé avec nous pour avoir soin des chevaux fut cause qu'au lieu de prendre la route directe de Nazareth, qui est celle de droite, nous tournâmes à gauche et suivîmes pendant plusieurs heures la route de Cana. Nous n'étions plus qu'à une petite distance de ce dernier endroit, lorsqu'il reconnut son erreur; mais comme il faisait nuit, il était difficile de la réparer immédiatement. Enfin, après avoir attendu quelque temps sur le bord de la route, dans l'espoir de rencontrer quelqu'un qui put nous aider à diriger nos pas, un paysan vint à passer, et ayant élé informé de notre embarras , il nous indiqua aus-

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