NOUS RETOURNONS A LA COTE
trefois « cette terre nourrissait une grande quantité de chevaux, et qu'on y trouvait une multitude innombrable de chariots. » (Isaïe.)
Nous avions maintenant achevé de visiter les divers lieux remarquables de la Terre-Sainte. En conséquence chacun de nous reçut un diplôme écrit en latin, qui lui fut délivré par le supérieur du couvent, pour nous servir d'attestation au besoin. Ce diplôme nous donne le droit d'ajouter à nos prénoms le titre, autrefois si recherché, d'Hadji ou pèlerin *.
12 septembre. — La santé de M. de Cadalvène s'étant assez améliorée pour que je pusse, sans inconvénient, l'abandonner aux soins de M. de Breuvery, je partis pour Acre. Je fis la route de compagnie avec le supérieur du couvent et un autre moine. Le premier était allemand de naissance; il avait de l'instruction et des manières fort affables. Son grand âge l'avait obligé de se démettre de ses fonctions, et il se rendait au lieu qu'il s'était choisi pour retraite. Cet endroit était le couvent de Harissa, dans le Kesrouan, agréablement situé sur le sommet d'une éminence qui domine la mer. Nous voyageâmes de nuit afin d'éviter la chaleur.
* Voyez Appendice, no 30.
SAPHURA OU ZIPPOR. 271
Après avoir franchi les collines qui bornent au nord la vallée de Nazareth, nous nous dirigeâmes à l'ouest à travers une contrée montagneuse et pierreuse, et au bout d'environ trois heures nous atteignîmes le village ruiné de Saphoury, dont le nom et la situation indiquent suffisamment le site de Sapphura ou Sapphoris, l'ancienne Zippor ou Tsippor. C'était la plus grande des villes de la Galilée; elle s'appela pendant un temps Dio-Césarée. Ainsi, la dénomination même sous laquelle cet endroit est encore aujourd'hui connu des habitans est une nouvelle preuve qu'elle conserva son nom ancien. Le Talmud en fait mention comme d'une ville où se trouvait une université juive, célèbre pour la science des rabbins. C'est ici que se tenait l'un des cinq sanhédrins ou cours de justice de la Palestine; les autres étaient établis à Jérusalem, à Jéricho, à Gadara, et Amathone. Sa situation en rendaitla défense si facile, qu'on la regardait comme imprenable. Les habitans se révoltèrent souvent contre les Romains. Mais ce qui la rend particulièrement intéressante pour tout voyageur chrétien, c'est qu'on la regarde comme le lieu de naissance de Joachim et d'Anne, père et mère de la Sainte Vierge. On voit encore les restes d'une église