VIGNOBLES DE DAMOUR
jusqu'à ce que j'eusse atteint la rivière El-Awali, que nous passâmes sur un large pont de pierre. Deux heures après, nous arrivâmes à la rivière Nahrel-Khadi, l'ancienne Tamyrus, sans avoir rencontré aucun autre village important que celui d'Ire, auprès duquel le prophète Jonas fut, dit-on, rejeté par le poisson monstrueux. On représente cette rivière comme très-dangereuse à l'époque de la fonte des neiges ou après des pluies subites. Dans la saison où nous sommes, elle coule des montagnes d'une manière assez paisible. Elle est située à environ moitié chemin de Beirout. Sur la droite de la route est Damour, long village dont les maisons sont disséminées sur plusieurs collines plantées de vignes. Les raisins, qui commençaient à mûrir, étaient les plus beaux que j'eusse encore vus. Chaque grappe pouvait peser deux ou trois livres, et les grains étaient de la grosseur d'une prune. Ils rappelèrent à ma pensée ces magnifiques grappes que les espions d'Eschol apportèrent dans le camp des Israélites au temps de leur séjour dans le désert (voyez le livre des Nombres), et assurément quand j'en comparai la grosseur et la saveur avec les raisins que j'avais vus en Egypte, il me fut facile de concevoir la surprise et la joie que
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dut éprouver le peuple de Dieu, en voyant pour la première fois, au milieu d'un désert de sables, les fruits que produisait le pays qui allait devenir son héritage. Nous nous arrêtâmes dans ce village pour dîner. Les habitans sont Druses. Celait la première fois que je voyais des individus appartenant à ce peuple remarquable , et ma curiosité me fit rester eu ce lieu, d'ailleurs dépourvu d'intérêt. Nous quittâmes Damour dans l'après-midi , pour continuer notre roule vers le nord; mais, au bout d'une heure, le cheval de mon guide commençant à boiter, il nous fallut faire balte de nouveau. Nous descendîmes donc à un caphar ou bureau de péage pour y passer la nuit.
20 septembre. — Je quittai le khan, un peu avant le lever du soleil, et atteignis Beirout en moins de deux heures. En laissant la côte, nous franchîmes une suite de petites collines couvertes de mûriers blancs que l'on cultive pour le produit de la soie. Le sol où ils croissent est profond, rougeâlre et creusé en sillons, pour que la pluie puisse pénétrer jusqu'aux racines d'une manière plus égale. On fait la récolte des feuilles deux fois par an, au printemps et en automne. Pour cela, on coupe les plus petites bran-
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ches, ne laissant absolument que la lige de l'arbre, qui offre alors après la récolte un aspect assez triste, A environ un mille et demi au sud de la ville, nous entrâmes dans un petit bois de pins pigniers d'une grosseur et d'un âge considérables, situé sur une éminence d'où la vue s'étend sur la mer, le promontoire et la ville de Beirout. Leurs larges cimes forment un ombrage impénétrable, et le murmure des molles brises de la mer, qui se jouent à travers leur feuillage, semble inviter au repos le voyageur fatigué. En été et lorsque le temps est beau, c'est un lieu de promenade favorite pour les habitans de Beirout. On le nomme le bocage de Fakr-ed-din, parce que l'on croit qu'il a été planté par l'émir de ce nom.