‹ Voyage en Palestine et en Syrie (volume 2)Chapitre 143 sur 144 · FIN DE LA PALESTINE · texte numérisé non relu

FIN DE LA PALESTINE

Noie 1 , page 2.

« Une des particularités les plus remarquables de la religion juive, c'est que, tandis qu'elle proclamait sa supériorité sur toutes les autres, qu'elle se distinguait de chacune d'elles , comme étant la seule qui enseignât le culte de l'unique cl vrai Dieu vivant, et que tout chez elle tendait , dans une parfaite harmonie, vers ce but pour lequel elle avait été instituée , elle reconnaissait qu'elle n était elle-même qu'un acheminement vers une future révélation, meilleure et plus parfaite. Elle était évidemment appropriée et limitée à un seul peuple; — plusieurs de ses institutions ne pouvaient convenir qu'à la Judée ; — sa morale était incomplète ; — ses rites nombreux, oppressifs et dépourvus de tout mérite inhérent; et comme elle n'était applicable qu'à un seul pays, qu'elle était imparfaite, passagère, et pleine de promesses d'un meilleur avenir doul elle préparait seulement les voies, elle n'avait évidem-

ment pour but que de présager une autre religion. » (Evidence des prophéties, par Keith, page 15. )

Note 2 , page 26.

Jérusalem est souvent désignée dans les Saintes Ecritures sous le nom de la cité sainte, ( Isaïe, xlviii, 2; Dan. ix, 24 ; Nehem. xi , 1 ; Math, iv, 5: Apoc. xi, 2. ) parce que « le Seigneur la choisit entre toutes les tribus d'Israël pour y placer son nom , son temple et son culte », ( Deut. xu, 5 ; siv, 23.) et pour être le centre d'union, pour la religion et le gouvernement de toutes les tribus du peuple d'Israël. Lesévéncmens miraculeux et imporlans qui s'y passèrent la rendent l'objet de la plus haute vénération parmi les chrétiens, et même chez les musulmans qui ne l'appellent jamais autrement que El-Khods, c'est-à-dire, la sainte, y ajoutant quelquefois l'épithéte de El Shérif, ou la noble.

Note 3 , page 20.

« Les ânes étaient d'une si grande utilité chez les Hébreux, qu'il était défendu dans le Décalogue de les convoiter, non plus que les bœufs. Dans le Levant, ils parviennent à une taille et à une beauté surprenantes. Les princes et les gens de distinction ne pensaient pas ravaler leur dignité en montant sur ces animaux ; c'est pourquoi, lorsque Jésus- Christ entra dans Jérusalem sur un âne , il fut reçu comme un prince ou un souverain. Il était défendu aux Hébreux d'atteler un bœuf et un

A.PPENDICF. 313

âne ensemble, probablement parce que l'un étailun animal pur, et conséquemment mangeable , tandis que l'autre étanl déclaré immonde, ne pouvait servir de nourriture. Les habitudes et la vitesse des ânes sauvages que l'on trouvait autrefois en grand nombre dans l'Arabie déserte et les pays voisins , sont décrites dans Job avec une grande force de style et une beauté toute pcéique. » (Introduction à l'étude critique et à la connaissance des Sùntes Ecritures, page 449.)

Note 4 , page 53.

Comme le papas, ou prêtre grec, qui officie en cette occasion, reste enfermé dans le sépulcre avant que la flamme paraisse à travers une fente pratiquée dans la porte, il n'est pas difficile de deviner par quels moyens chimiques le feu est produit. Mais ce qui paraît lout-àfait incompréhensible, c'est que tant de milliers d'hommes , depuis un si grand nombre de siècles , consentent à être chaque année les victimes volontaires d'une grossière imposture. Je ne puis pas dire si ce furent les prêtres ou les peuples qui inventèrent cette coutume. C'est peut-être un reste de quelque pratique païenne , continuée par les premiers chrétiens, qui l'auront abandonnée plus tard et qui aura été adoptée par les Grecs de l'église d'Orient. Ces derniers considèrent le privilège dont ils jouissent comme la marque distinclive de la sainteté prééminente de leur foi et de sa divine origine ; et un grand nombre d'hommes de celte communion font le pèlerinage de Jérusa-

314 AypBHtoç'jt.

Iciu daus le but d'être témoins oculaires du fait. Ou sait que les anciens Cbaldéens ainsi que les Persans et quelques autres nations de l'Orient rendaient les honneurs divins au feu. Dieu est souvent apparu dans le feu cl entouré de cet élément , comme quand il se montra dans le buisson ardent, cl descendit sur le Mout-Sinai au milieu des flammes, du tonnerre et des éclairs. ( Ei. m, 2, xix, 18. ) Le feu est aussi le symbole de la divinité. ( Deut. iv, 24. ) Ce fut sous cet effroyable aspect que Dieu se montra à Isaïe. (Cb. vi, 4; à Ezécbiel, cb. î, 4.) Le Psalmiste dit que le char de Dieu est composé de flammes. ( Ps. xviii, 12-14 ) , et le Christ, lors de sa seconde venue, doit paraître au milieu d'un feu qui consumera tout. (2Tbess. i,8; voyez aussi Daniel vu, 10. ) La colère de Dieu est comparée au feu. ( Ps. xviii, 8. ) , et les effets de son déplaisir sont la famine, la guerre et la peste . (Ps. lxvi, 12 ; Jér. xlviii.) Notre divin maître est comparé à cet élément (Mat. m, 2 ), relativement à son jugement sur les médians, qui sont brûlés comme l'écume des métaux , et aux effets de sa grâce qui purifie les justes comme l'or le plus pur. L'influence du Saint- Esprit est aussi comparée à cet élément ( Mat. ni, 11 ) , par rapport aux langues ou flammes de feu qui se posèrent sur les tètes des apôtres(Actes II, 3), et à l'œuvre de régénération sur l'âme de l'homme, qui illumine, vivifie, purifie et enflamme de gratitude, d'amour et de zèle. Les anges do Dieu sont représentés sous l'emblème du feu (Ps. civ, 4 ), cl une coloune de feu guida la marche des Israélites pendant la nuit dans la

désert. ( Eiod. xm, 21. ) Le feu tombait autrefois du ciel pour consumer les victimes que l'on sacriGait au Seigneur, et c'était un indice de ses bonnes dispositions et de son approbation ; on pense que ce fut de cette manière que Jehovab témoigna qu'il acceptait le sacriûce d'Âbel. Le feu tomba aussi sur l'offrande de Moïse, ( Lév, ix, 2-i ) sur celle de Manué ( Juges, xm, 19-20 ) ; de Salomon ( 2 Cbrou. vu, 1 ), etd'Elie ( 1 Rois, xvm, 38. ) Le feu qui descendit du ciel, d'abord sur l'autel élevé par Moïse dans le tabernacle, et ensuite sur celui construit par Salomon, sa consécration, était constamment entretenu et conservé par les prêtres et était, par suite, regardé comme un feu céleste accordé par le Seigneur lui-même, qui l'avait allumé pour instruire les hommes que l'origine de tout bien spirituel vient d'en haut, et que nous ne devons pas nous chauffer avec les étincelles de notre propre flamme.

Je laisse au lecteur à déterminer auquel des événemens cidessus la pratique actuelle des Grecs est censée se rapporter.

Parmi les nombreuses relations que nous avons de la distribution du feu sacré le samedi saint (relations qui toutes sont plus amusantes qu'instructives ou édifiantes , je choisis celle du véridique Maundrell, comme étant celle sur laquelle on peut faire le plus de fond, quoique, sous le rapport de la date, elle soit une des plus anciennes.

« Ils commencèrent leurs désordres par courir autour du saint sépulcre de toutes leurs forces et avec la plus grande

rapidité, criant dans leur course : huia, ce qui signifie c'est lui, ou c'est cela; expression par laquelle ils prétendent affirmer la vérité du christianisme. Après être parvenus, par ces clameurs et cette course circulaire et étourdissante, à se troubler la tète et à s'enflammer de fureur, ils se mirent à faire les tours les plus grotesques et à prendre mille poses, sous toutes les formes du désordre et de la confusion ; tantôt ils se traînaient les uns les autres sur le plancher, tout autour du sépulcre ; tantôt ils mettaient un homme debout sur les épaules d'un autre et parcouraient ainsi le saint Heu. On les voyait aussi tourner autour du monument en sautant comme font les jongleurs sur nos théâtres. En un mot, on ne peut lien imaginer de plus grossier ni de plus extravagant que ce qui se passa en celte circonstance. Les Grecs sortirent d'abord processionnellement et furent immédiatement suivis par les Arméniens ; dans cet ordre, ils firent trois fois le tour du saint lieu, déployant tout le luxe de leurs bannières, banderoles, crucifix et costumes brodés. Vers la fin de cette procession, un pigeon vint voltiger dans la coupole au-dessus du sépulcre, et à sa vue les cris et les clameurs recommencèrent avec plus do force qu'auparavant. Les Latins nous dirent que les Grecs avaient lâché exprès cet oiseau pour tromper le peuple et lui persuader que c'était une descente visible du Saint-Esprit. La procession étant finie, le suffragant du patriarche grec et le principal évèque arméuicn s'approchèrent de la porte du sépulcre, et ayant coupé le lien qui la tenait fermée et scellée,

a p. tmj: 317

ils y pénétrèrent en fermant la porte sur eus, et après avoir préalablement éteint tous les cierges et les lampes en présence des Turcs et d'autres témoins. Les acclamations redoublèrent lorsque le miracle fut sur le point de s'acccmplir, et le peuple se porta avec une telle violence vers la porte du sépulcre, qu'il fut impossible aux Turcs de le retenir. La cause de leurempressement dans cette occasion est le vif désir qu'ils ont d'allumer leurs chandelles à la sainte flamme, au moment où elle commence à sortir du sépulcre, car elle est estimée à cet instant plus pure et plus sacrée, à cau?e de son arrivée immédiate du ciel. Il n'y avait pas plus d'une minute que les deux fabricans de miracles étaient dans le saint sépulcre, qu'on vit ou qu'on crut voir, par quelques fentes de la porte, briller le feu sacré ; et certainement Bedlam lui-même ne fut jamais témoin d'un transport aussi désordonné que celui que produisit cette vue parmi la populace. Immédiatement après, parurent deux prêtres portant des torches allumées, qu'ils avaient tenues à la porte du sépulcre, tandis que le peuple se pressait autour d'eux avec une indicible ardeur, chacun s'efforçant d'avoir sa part de la première flamme, qui était censée la plus pure. Pendant ce temps, les Turc9 faisaient jouer sans pitié les énormes bâtons dont ils étaient armés, mais rien ne put réussir à repousser ces fanatiques, tant l'excès de leur fureur les rendait insensibles à la souffrance. Ceux qui obtinrent du feu se l'appliquèrent immédia tement sur la barbe, la ligure et la poitrine, prétendant qu'il

ne brûlait pas comme une flamme terrestre. Mais je ris clairement qu'aucun d'eux ne put supporter cette expérience assez long-temps pour justifier cetle prétention. D'après le grand nombre de mains occupées, on peut croire aisément qu'en peu de temps une quantité innombrable de torches furent allumées; l'église, les galeries et jusqu'aux points les plus reculés parurent instantanément en flammes, et la cérémonie finit par cette illumination. »

Note 5 , page 56.

« Quand Hélène, mère de l'empereur, » dit une vieille traduction d'Eusèbe, « rebâtit l'ancienne Jérusalem, qui n'était plus qu'une solitude et qu'un monceau de pierres, comme il est dit dans le prophète, elle chercha avec soin le tombeau où le Christ avait été déposé et d'où il ressuscita, et, à la fin, après beaucoup de peines, et par le secours de Dieu, elle le découvrit; et je vais raconter, en peu de mots, pourquoi il fut si difficile à trouver. Autant ceux qui embrassèrent la religion du Christ avaient un profond respect pour ce sépulcre, monument de sa passion , autant au contraire ceux qui abhorraient le christianisme s'empressèrent, pour le faire disparaître, de porler une grande quantité de terre dans cet endroit, y élevèrent de grandes éminences, et y bâtirent le temple de Vénus; ayant ainsi supprimé tout souvenir de la place, ils y établirent leur idole. Ceci nous a été raconté depuis long-temps comme une vérité. »

APPENricr. 319

Note G , page 5(5.

Golgotba est un mot syriaque, qui signiGe « crâne, » par allusion à celui d'Adam, qui, suivant une tradition répandue en Orient, après avoir été reçu dans l'arche, à l'époque du déluge, fut déposé par Melcbisédech, petil-ûls c?e Noé, sur l'une des collines sur lesquelles Jérusalem fut bâtie par la suite. C'est par cette raison que les Arabes l'appellent Akranion, mol dérivé du grec Kranion, qui est synonyme du latin Calvaria.

Note 7, page 57.

Le naïf Maundrcll, sur qoi ne plana jamais le soupçon d'un mensonge, dit, en parlant de celte crevasse : «que ce déchirement ail élé oceasioné par un tremblement de lerre qui eut lieu lors de la passion de Notre Seigneur, il n'y a que la tradition qui le prouve; mais, que c'est une rupture naturelle et dans laquelle l'art n'est pour rien, c'est ce dont le sens o\ la raison suffiront pour convaincre quiconque la verra. En effet, ses deux côlés s'adapient parfaitement l'un à l'autre, et pourtant elle fait des circuits tellement compliqués qu'il serait impossible à l'art de les contrefaire, ni d'y parvenir par le moyen d'aucun inslrumcnt. »

Note 8 , page 7 i .

Une analyse chimique de cent grains de cette eau donna les

320 APPEjfncE.

résultais suivant, quant aux substances qu'elle contient et à leur proportion :

Muriale de chaux 3,920

— de magnésie. . . . 10,246

— de soude .... 10,360 Sulfate de chaux 0,054

Noie 9 , page 75.

Josèphe rapporte que Vcspasien, voulant s'assurer de l'exactitude de ce qu'on disait sur ces eaux, fll lier un certain nombre de ses esclaves par les pieds et par les mains et les fit jeter dans la partie la plus profonde du lac, et que ceux-ci, loin de s'y enfoncer, restèrent tous à la surface jusqu'à ce qu'il plût à l'empereur d'ordonner qu'on les retirât.

Note 10 , page 77.

Il faut espérer que, sous le gouvernement plus éclairé de Méhémet-Ali, on fera quelques efforts pour combler celte intéressante lacune géographique. Les moyens d'accomplir celte mission sont tout prêts, et le voyageur entreprenant n'a besoin que de la sanction du gouverneur, qui le protégerait pendant toute sa course par la terreur seule de son nom. Sa barque serait probablement la première qui aurait jamais sillonné la surface de celte mer depuis l'époque de sa formation.

APPENDICE. 3'2l

Noie 11 , page 78.

« La vallée de Glior se continue au sud de la mer Morte ; à environ seize lieues de l'extréruilé de celle mer, elle change son nom en celui d'Araba el s'étend presqu'en droite ligne, en s inclinant cependant un peu vers l'ouest, jusqu'à Àkaba, qui se trouve à l'extrémité du bras oriental de la mer Rouge. L'existence de cette vallée parait avoir élé ignorée des géographes anciens et modernes, quoiqu'elle tienne une place remarquable dans la géographie de la Syrie et de l'Arabie Pélrée, et qu'elle soit encore plus intéressante sous le rapport de ses productions. On y trouve toujours la manne du désert, elle coule des rejetons de plusieurs arbres, mais principalement du gharrah; les Arabes la recueillent et en font des gâteaux, qu'ils mangent avec du beurre. Ils l'appellent Assal Beyrouk, ou Miel de Beyrouk.

«L'indigo, la gomme arabique, l'arbre à soie nommé asiieyr, dont le fruit est enfermé dans une substance soyeuse blanche dont les Arabes font leurs mèches, croissent dans cette vallée. Pendant l'été, elle n'est guère habitée, dans le voisinage de la mer Morte, que par quelques paysans bédouins; mais en hiver, elle devient le lieu de rendez-vous de plus d'une douzaine de puissantes tribus Arabes. Il est probable que le commerce entre Jérusalem et la mer Rouge se faisait par cette vallée. La caravane chargée à Ezoingeber des trésors d'Opbir, pouvait, après une marche de six ou sept jours, déposer son fardeau dans les magasins de Salomon.

3'2-2 AKPBKDICBi

« Cette vallée mérite d'être étudiée à fond, et cet examen conduira à plusieurs découvertes intéressantes. Il serait d'une grande importance pour le voyageur en Palestine. » (La Nubie, par Rurckhardt, xlv, xlvi. )

Note 12, page 100.

Quand Omar entra en conquérant à Jérusalem, en 637, il demanda comme une faveur aux chrétiens qui l'habitaient, de lui assigner une place où il pût élever un sanctuaire à la religion de Mahomet. Ceux-ci lui indiquèrent insolemment la place du temple de Salomon, qui avait été souillée par les immondices et les ordures de la ville, à cause de la haine et du mépris qu'ils portaient aux Juifs, et lui dirent qu'il pouvait prendre ce lieu, si cela lui faisait plaisir. Il l'accepta sans manifester aucun ressentiment, se mit promptement en mesure de le nettoyer et y éleva l'édifice que nous voyons aujourd'hui. Laville ayant été prise plus tard par les Croisés , cette mosquée devint un temple chrétien; mais Saladin la rendit à son usage primitif.

Note 13, page 102.

Une de ces traditions raconte : qu'il tomba du ciel, à l'époque où commença l'esprit de prophétie ; que tous les anciens à qui fut fait le don de cet esprit , prophétisaient du haut de ce rocher, et que ce fut là que s'assit l'ange de la mort, qui, lors de l'imprudent dénombrement du peuple, par David, mas-

sacra jusqu'à ce que « Dieu lui commandât de remellre son épée dans le fourreau. » ( i Chron. xxi, 7.) Quand les prophètes s'enfuirent de Jérusalem, la pierre désira les accompagner, mais elle en fut empêchée par l'ange Gabriel, qui la retint de force ( on voit encore les marques de ses doigs), jusqu'à l'arrivée de Mahomet qui, par ses prières, la fixa pour jamais à cette place. Mahomet, dans la douzième année de sa mission, fit son fameux voyage de nuit delà Mecque à Jérusalem, monté sur sa jument El-Barak, et accompagné de l'ange Gabriel, comme il est dit au 17e chapitre du Koran, et ayant fait ses dévotion;, il partit de cette pierre pour monter au ciel. Le roc, sensible à ce bonheur, s'amollit, el l'empreinte du pied du prophète est demeurée jusqu'à ce jour un objet de haute vénération pour tous les vrais croyans. Voyez le récit du docteur Richardson, commençant page 224, vol. 2. — N'est-il pas probable que ceci n'a été qu'une concession du rusé réformateur à ses disciples qui ne faisaient que d'abandonner leur idolâtrie?

Note 14, page 103.

Peu de voyageurs ont été assez heureux pour pénétrer dans l'enceinte de ce célèbre temple musulman, car quoique les mosquées en général (comme l'implique le mot Djamee) soient simplement considérées comme lieux de réunion pour certaines pratiques du culte, et ne soient pas regardées comme assez spécialement consacrées, pour exiger l'exclusion totale de quiconque ne pratique pas la religion musulmane; cepen-

324 APPKNMCK.

dant, ici et à la Mecque il n'y a pas d'autorité assez puissante pour conférer à un infidèle le droit de fouler le sol sacré. En 1816, le docteur Richardson, qui voyageait en compagnie du comte de Belmorc et sa famille, ayant eu le bonheur de guérir une des autorités de Jérusalem, en fut récompensé par une visile clande>line à ce temple. Le récit qu'il en fait est plein de détails intéressans. En 1834, M. Bonomi, camarade de collège de l'auteur de cet ouvrage, après une résidence de plusieurs années en Egypte, où il étudiait les monumens de l'antiquité, revint dans sa pairie par la Syrie, accompagné de ses amis MM. Catherwood et Arundale, architectes. Ils arrivèrent à Jérusalem dans la soirée du 6 octobre, et comme les portes étaient fermées, ils campèrent en dehors des murs. Le lendemain matin, M. Bonomi, enhardi par son extérieur levantin et par sa connaissance des langues et des mœurs de l'Orient, se hasarda à pénétrer seul dans le sanctuaire, comme pèlerin musulman. Les détails de sa visite se trouvent dans l'ouvrage du docteur llogg, intitulé: Visite à Damas, etc. Les compagnons de M. Bonomi, MM. Catherwood et Arundale, furent ensuite admis, parce que l'on croyait qu'ils étaient envoyés par le pacha d'Egypte pour réparer la mosquée. Ils restèrent plusieurs semaines à Jérusalem, visitant le saint monument tous les jours et à toute heure. Le premier de ces messieurs est l'auteur du panorama qui parut l'année dernière à Londres. Le dernier se dispose à faire imprimer une série de vues de la cité sainte et du mont Sinaï, avec un texte.

APPE>D1CE. 32Û

Note 15, page 105.

« Le monde entier étant l'ouvrage de Dieu, il ne s'y trouve pas une place où l'homme ne puisse témoigner de son respect pour la Majesté suprême de son créateur. Dès le commencement des temps, il y eut toujours quelque place consacrée aux devoirs solennels du culte religieux. Adam, même pendant son séjour dans le paradis, avait une place marquée où il se présentait au Seigneur, et après son expulsion de ce séjour, ses fils avaient également un endroit où ils portaient leurs offrandes et leurs sacrifices. » — '< Les patriarches, avant et après le déluge, employaient des autels, des montagnes et des bosquets au même usage. Ainsi nous lisons que Noé bâtit au Seigneur un autel sur lequel il lui brûla des offrandes (Gen. vin, 20) ; Abraham, lors de sa vocation au culte du vrai Dieu, lui élevait des autels partout où il posait sa tente. (Gen. xn, 8; et xiii, 4.) Il planta un bosquet dans Beersfceba et y invoqua le nom du Seigneur (Gen. xxi, 33), et ce fut sur une montagne que Dieu lui ordonna le sacrifice de son fils Isaac. (Gen. xxn, 2 .) Jacob, particulièrement, appela du nom de la maison de Dieu une place où il fil le vœu de payer la dîme de tout ce que Dieu lui donnerait. (Gen. xxvm, 22.) Il existe plusieuis endroits publics consacrés au culte religieux des Juifs, savoir : lo Le 'tabernacle,' qui, à une époque, fit place 2° au' temple.' Tous deux sont souvent désignés dans l'Ecriture sous le nom de sanctuaire, et il nexislail entre eux, quant au principal

326 AIM'ENDICE.

but, d'autre différence (quoiqu'il y en eûl une grande sous le rapport de la beauté et du fini du travail), sinon que le tabernacle était un temple portatif, et le temple un tabernacle à demeure, ce qui fait que le tabernacle est quelquefois appelé le temple (i Sam. i, 9; et in, 3), comme il arrive que le temple se trouve désigné sous le nom de tabernacle. (Jér. x, 20; Lam. Il, 6.) — 3o 11 y avait aussi des lieux d'adoration appelées dans l'Écriture « hauCs lieux, » dont on se servait dans le temps du tabernacle et du temple, avant la captivité, et sans faire de distinction avec ceux-ci; et, finalement, il y avait chez les Juifs des ' synagogues' et d'autres places qui ne servaient qu'à la prière, qu'on appelait ' proseuchae,' ou ' oratoires ;' ces dernières s'établirent principalement après la captivité. » On trouvera un récit de ces diverses constructions dans l'Introduction à l'élude et connaissance critique des Écritures, par le docteur Home, page 230.

Note 16 , page 116.

J'ai appris avec peine qu'après notre départ les moines jugèrent à propos de changer l'inscription que nous destinions à la tombe du malheureux ami que nous venions de perdre. L'épitaphe, telle qu'elle existe aujourd'hui, annonce pompeusement qu'à son lit de mort il abjura « l'hérésie luthérienne, pour se convertir au catholicisme. » Il est possible que l'histoire de sa conversion' à l'église catholique romaine soit vraie, quoique cependant ce fait ne repose sur aucune

APPliNDICK. 327

autre autorité que l'assertion des moines eux-mêmes; mais lu petit lambeau de terre accordé à Sion aux funérailles des chrétiens devrait-il devenir le théâtre de querelles religieuses? — Quoique je ne puisse prendre leur parti sur ce point, cependant la stricte impartialité m'oblige à constater que si, eu faisant l'inventaire de ses effets, « on ne trouva ni argent ni lettre de crédit,» rien ne vient justifier l'opinion « que ces pères confesseurs aient jugé convenable de se payer par euxmêmes de la peine que leur avait coûtée sa conversion.» An contraire, nous qui voyagions avec lui nous savions pertinemment, par des raisons qu'il est inutile de publier, qu'il n'avait point de lettre, et qu'au moment où il nous quitta, il lui restait très-peu d'argent.

Note il, page J2G.

Jérusalem est à jamais célèbre par les révolutions les plus variées et les plus terribles qui aient assailli aucune ville au monde; elle a été dix-sept fois pillée et détruite eu partie; elle a été le théâtre des plus brillans exploits des Juifs, des Romains et des Sarrazins, et elle s'est baignée dans le sang de nos pères au temps romanesque des croisades. On pense que ce fut Melcbisédech qui la fonda vers l'an 2023, et elle est citée pour la première fois dans l'Écriture sous le nom de Salem. (Gcn. xiv, 18.) Cinquante ans plus tard, elle fut prise par les JcLusiles, qui l'appelèrent Jérusalem (vision de paix et bâtirent la ville haute, sur le mont Sion. La premiéir

328 APPKX1HCE.

année de son arrivée dans la terre promise, Josué se rendit mailre de celte partie de la ville mais ce ne fut qu'au '.erops de David que les Israélites possédèrent la partie supérieure, ou la forteresse de Sion, où David fixa sa demeure, l'appelant Cité de David. (2 Sam. v, 9.) Son fils Salomon bâtit le fameux temple pour l'arche d'alliance et embellit la cilé de plusieurs travaux splendides dont les ruines se voient encore aujourd'hui. Ciuq ans après la mort de Salomon, celte ville fut pillée par Sesac, roi d'Egypte; elle subit le même sort, le siècle suivant, sous le règne de Joas, roi d'Israël; et elle fut pillée et eu partie détruite par les Assyriens, sous Manassès. En 3513, Nabuchodonosor détruisit la ville, brûla le temple et envoya les habilans en Egypte; revenus après soixante-dix ans de captivité, le temple fut rebâti par Jerobabel, Esdras et Néhémie. Antiochus-le-Grand s'empara de nouveau de la ville et la céda à PtoléméeEvergète; puis elle fut encore reprise et pillée par Anliochus-Epiphane, qui plaça une slalue de Jupiter dans le temple et sacrifia des porcs sur l'autel. Plus lard, Judas Macchabée rendit la liberté à ses coucitoj ens, qui, s'étant querellés entre eux, recherchèrent l'assistance des Romains, et Pompée devint maître de la ville. Peu après, Anligone, à la tèle des Parthes, s'en empara et fut à son tour déposé et mis à mort par Hérode-le- Grand, sous le règne duquel se passèrent les importaus et terribles événemens qui se rattachent à la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ. Après la mort d'Agrippa, petit-fils d Hérode, la Judée fut réduite en proviure

APBBHDtCE. 3211

romaine. Sous le règne de Vespasien, les Juifs s'élant révoltés, la ville fut investie par Tilus, et après avoir soutenu un des sièges les plus remarquables dont l'histoire fasse mention, depuis le 14 avril jusqu'au 2 septembre de l'an 71, elle fut prise, pillée et brûlée, ainsi que le temple. Comme on était aux fêtes de Pâques, la cité se trouvait remplie de monde, et Josèpbe, témoin oculaire, raconte que 600,000 Juifs périrent par la famine, 1,100,000 par l'épée, et que 97,000 furent emmenés prisonniers: les enfans et les femmes furent vendus comme esclaves, et on pouvait en obtenir trenle pour une pièce d'argent. « Que son sang retombe sur nous et sur uos eufans ! » criaient les Juifs à Pilate trente-huit ans auparavant. L'imprécation fut entendue et exercée de la manière la plus terrible; et depuis ce temps, Dieu détourna les yeux de celte contrée. Peu de temps après, Adrien compléta la destruction de la cité, et « Sion devint un champ labouré, Jérusalem un monceau de ruines, et la montagne formée par les maisons, comme le carrefour de la forèl. (Mien, ni, 12.) » On éleva des statues de Vénus et de Jupiter sur le calvaire et le Saint Sépulcre; une nouvelle cité fut construite sur l'emplacement actuel, et le nom de Jérusalem disparut et resta ignoré pendant plusieurs siècles.

Noie 18, page 133.

L'année qui suivit mon départ de Jérusalem, cet homme aimable, revenante!! Europe, avec quatre ou cinq autres moines

franciscains, fut, ainsi que ses compagnons, cruellement massacré par l'équipage du navire sur lequel ils s'étaient embarqués. 11 paraît que ces religieux pensant faire plaisir à leurs amis, ou peut-être dans l'espoir de réaliser un honnête bénéfice, par la vente de reliques venues de la Terre-Sainte , avaient rempli plusieurs caissesde rosaires, crucifix, coquilles ciselées et autres semblables bagatelles. Les marins, qui étaient Grecs, soupçonnant que ces caisses renfermaient des trésors, s'entendirent, dés la seconde nuit qu'ils étaient en mer, pour tomber sur les passagers, pendant leur sommeil, les massacrèrent tous, et chrétiens et musulmans, du moins à ce qu'ils crurent. Quels durent être leurs remords, en ouvrant ces caisses! — Cela fait, au lieu de se rendre à Chypre, qui était leur destination, ils cinglèrent vers la Caramanie, et prirent terre dans un des ports de celle côte. Un pauvre Turc, qui, dès la première alarme, s'était caché entre quelques planches, n'entendant plus la voix des marins, se hasarda à sortir de sa cachette, monta sur le pont, et gagna la rive à la nage. En touchant la terre, il alla droit au gouverneur, et lui raconta les détails de celte horrible calaslrophe dont il avait été témoin. Les Grecs furent tous arrêtés, et, après une légère formalité, empalés sur le rivage, supplice qu'ils n'avaient que trop mérité.

Noie 19 , page 140.

L'armée de Titus campa sur le lieu même où la destruc-

tion de Jérusalem avait é(é prédite. Après le siège et la prise de cette ville maudite, le vainqueur s'écria, en voyant la force extraordinaire de la place : « Certainement , nous avons eu Dieu pour nous dans celle guerre, et c'est Dieu seul qui a chassé les Juifs de ces fortifications; car, que pouvait la main des hommes ou toutes les machines du monde pour renverser ces tours? » (Josèphe, Guerres des Juifs, liv. 6, chap. ix.) Six cent cinquante ans avant cet événement ( il y a aujourd'hui 2400ans), un homme, objet de mépris pour chacun, s'écriait: « Les rois et tous leshabitans de la terre n'auraient jamais cru que l'ennemi fût entré dans les murs de Jérusalem ! (Lam. iv, 12. ) » Quel autre qu'un Dieu, qui connaît l'avenir, eût pu inspirer ce langage prophétique ?

Note 20 , page 142.

Les Turcs ont en grande vénéralion les lieux témoins de quelques actions de notre Sauveur, qu'ils appellent Issa Ibn Maria (Jésus, fils de Marie), tels que le mont Sion, le mont des Olives, le mont Thabor et autres; car ils le regardent comme un prophète. Mais ils tournent en ridicule tout ce qui a rapport à son crucifiement et à «a mort, prétendant que le patient fut un de ses disciples (Judas) ! tandis que lui, fut enlevé vivant au ciel. Il est à remarquer que, dans les premiers temps du christianisme, Jésus est représenté assis sur un trône , cl non dans l'attitude révollanlo d'un crucifié.

332 APPBNDICK.

Note 21 , page 147.

Uu voyageur qui visita récemment la Palestine, fait , en parlant de ces monumens, les réflexions suivantes : « Il est impossible de déterminer si ces sépulcres servirent réellement à ceux à qui on les a attribués. Le mélange d'architecture grecque qu'on y voit les ferait supposer d'un siècle moins ancien. La deroière partie du 23e chapitre de l'Evangile de saint Mathieu me fit naître une idée qui pourrait servir à concilier la contradiction manifeste qui existe entre leur style et l'époque que leur assigne la tradition. Notre Sauveur, en reprochant aux Pharisiens d'être animés, malgré leur affectation hypocrite à révérer la mémoire des prophètes, du mémo esprit de persécution et d'incrédulité qui avait poussé leurs pères à verser le sang de ces serviteurs de Dieu, emploie ces paroles: «Malheur à vous, scribes et pharisiens, hypocrilesqui bâtissez les tombeaux des prophètes, et ornez les sépulcres des justes » ; puis il déclare que sur eux retombera tout le san-j des justes qui a été versé sur la terre, depuis le sang d'Abel jusqu'à celui de Zacharie, fils de Barachias ; comme si la tombe du dernier était présente à son esprit au moment où ce reproche lui était suggéré. En conséquence de cette supposition , les bases taillées dans le roc et qui ont le caractère de celle massive architecture sépulcrale que les Israélites avaient prise des Egyptiens, pourraient très-bien avoir été les tombeaux de ceux à qui on les attribue ; landis que les pilastres

ioniens et autres omemens qui appartiennent à une période postérieure, sont probablement les embellissemens des sépultures des justes auxquels Noire Sauveur fait allusion, et y auront élé ajoutés de ses jours ou peu de temps auparavant , quand la réduction de la Judée en province romaine et l'exemple d'Hérode eurent introduit un autre style. » (Trois semaines en Palestine, pages 47, 48 et 49. )

Note 22, page 150.

Une collection des hymnes et prières que l'on récite à chacune des places les plus remarquables à l'intérieur et à l'extérieur de la ville, est distribuée à chaque pèlerin à son arrivée au couvent. Ces stations commencent à la porte de Jaffa et finissent quelque part aux environs de Betbléhem. Quoique dicté par un sentiment pieux, ce recueil n'est nullement remarquable par l'élégance du style.

Note 23 , page 153.

L'ordre du Saint Sépulcre fut institué en 1099, peu de temps après la prise de Jérusalem par les chrétiens. Il avait pour objet : l"De les mettre en position de rester maîtres des saints lieux qu'ils avaient conquis sur les infidèles; 2» de protéger et assister les pèlerins visitant ces lieux, et 3° do racheter les prisonniers chrétiens. Voyez, pour un détail plus circonstancié sur cet ordre, le Précis historique de l'ordre

33'» APPEXD1CK,

royal, hospitalier et militaire du Saint Sépulcre de Jérusalem, par le comte Allemand, 1 vol. in-12, 1815.

Note 24 , page 181.

Le nom le plus ancien de cette ville était Salem, ou Paix. (Gen. xiv, 18.) Jérusalem signifie la vision ou l'héritage de pair, et il est probable que c'est à cette signification que notre Sauveur faisait allusion dans sa belle et pathétique lamentation sur cette cité. (Luc. xix, 41.) Elle s'appela aussi autrefois Jebus, d'un des fils de Canaan. (Jos. xvm, 28.) Après que Josué s'en fut emparé (Jos., x) elle fut habitée conjointement par les Juifs et les Jebusites (Jos. xv, 63) pendant environ cinq cents ans, jusqu'au temps de David, qui en chassa les Jebusites et en fit sa résidence. (2 Sam. v, 6-9.) Il y bâtit un beau palais, et c'est de là qu'elle prit le nom de Cité de David. (Chron. xi, 5). Le prophète Isaïe (xxix, 1) appelle Jérusalem Ariel, ou le lion de Dieu, peut-être par allusion à la force de la place, qui mettait ses habilans en étal de résister à leurs ennemis et de les vaincre ; de même que les Persans appellent une de leurs villes Schiraz, ou le lion dévorant.

Noie 25 , page 222.

« 11 est à remarquer que ce nom n'a d'analogue ni en hébreu ni en syriaque, qu'il est clairement d'origine arabe et doit déîiver deAK, qui signifie «étouffant,» (Drummond.)

APrE.\Dio.K. 335

Note 96 , page 222.

Voyez, pour un récit très-délaillé sur ce monstre à forme humaine, la Syrie, par Volney. Son histoire est celle d'un grand nombre de gouverneurs turcs, avec cette différence qu'il lui fut donné de mourir tranquillement dans son lit en 1808, à l'âge de 88 ans. On voit encore aujourd'hui les victimes mutilées de ses atroces cruautés errer en grand nombre dans les rues de Saint-Jean-d'Acre.

Note 27, page 223.

La malheureuse cité d'Acre est redevenue un monceau de ruines, cr un désert triste et inhabité. » A l'époque de notre visite, on nous rapporta qu'Abdallah pacha avait dit, en montrant une tour de la citadelle qui se trouvait sur une poudrière : « Si une puissance européenne m'attaquait, je me ferais sauter; mais si les assaillans étaient des Turcs, plutôt que de me rendre, j'aimerais mieux voir les murs de la ville se renverser sur les habitans. » Et il fut fidèle à sa parole. «Ayant soutenu un vigoureux siège de cinq mois et vingt-un jours, pendant lesquels plus de trente-cinq mille bombes furent lancées dans la place, il ne resta pas une seule habitation intacte. Toutes les rues sont encombrées de maisons à moitié démolies, et d'autres sont pleines, jusqu'au premier étage, de débris de toits et de planchers. Toutes les portes et fenêtres ont été enlevées et brûlées pour le chauffage ; des arcades

lésardées et des murs chancelans semblent encore menacer ruine, et d'étroits passages à travers des monceaux de décombres sont les seuls sentiers qui conduisent aux différentes parties de la ville. Il y a un des principaux bazars on il serait dangereux de pénétrer, et un autre semblable établissement, bâti sur de grandes proposions, n'a dû qu'à son toît voûté d'échapper à une entière destruction. Près de la magnifique mosquée bâtie par l'atroce Jezzar, une belle fontaine renfermée dans une espèce de pavillon chinois et protégée par une superbe grille de bronze, a heureusement été épargnée. En cet endroit, se trouve une rampe d'escalier qui conduit dans une cour entourée d'un cloître à moitié démoli, posant sur de petites colonnes de marbre de couleur. Le pavé, richement incrusté, était ombragé jadis par des touffes de palmiers et de platanes, et deux fontaines magnifiquement ornées sont ensevelies sous des fragmens de superbes dômes. L'intérieur, revêtu de compartimens de marbre de couleur, était surmonté d'une large et haute coupole, qui est aujourd'hui brisée et percée dans tous les sens. Elle était ornée de peintures éclatantes et d'inscriptions arabes, et est encore soutenue par les fragmens d'une belle colonnade. D'un côté, prés d'une galerie, est un haut pupitre de marbre de Chypre, et le beau plancher en mosaïque cruellement mutilé et jonché de couvertures de livres, est couvert de morceaux de porphyre et de granit brisés, au milieu desquels se trouve un énorme croissant de bronze qui est tombé du sommet du

dôme. Le boulet et la bombe ont fait un effroyable ravage en cet endroit; les livres avaient été enlevés comme des trophées, et la cour fut convertie en un poste militaire. Deux fossés profonds, avec d'épais remparts et des bastions, entourent la ville; et les batteries des assiégcans furent dressées sur le glacis, mais non dans la position la plus avantageuse. On était en train de réparer la large et praticable brèche par laquelle les ennemis pénétrèrent dans la ville. Elle fut bravement défendue, mais on se rendit avant que le second fossé fût passé. Cinq mille hommes de troupes d'élite et des ingénieurs formaient la garni son, qui était sous le commandement du Riahia bey ; car, contrairement à notre première opinion, on nous assura ici, à plusieurs reprises, qu'Abdallah, dès le commencement du siège, se mit en sûreté avec son harem dans une retraite souterraine, et que, pendant toute sa durée et jusqu'à ce dernier assaut, il ne se montra qu'une seule fois dans la ville. Esclave géorgien de naissance, élevé dans le sérail, il obtint de bonne heure un grand avancement. Perfide, fanatique et égoïste, ne rachetant pas même ses défauts par sa fidélité à son souverain, son gou vernement , sans avoir été marqué par des atrocités révoltantes, fut pourtant rapace et intolérant. Quand il fut menacé par son puissant voisin parce qu'il avait encouragé ouvertement l'émigration égyptienne, quand on lui reprocha son oubli de services antérieurs et quand on l'accusa d'avoir manqué d'intégrité dans ses transactions commerciales et politiques, il refusa

toute réparalion, et fondant son espoir sur la jalousie soupc. 22

çonncuse du sultan, qui lui était bien connue, il plongea sans nécessité son petit état dans toutes les horreurs de la guerre. Plus lard, sa capitale étant assiégée et réduite de jour en jour en un monceau de ruines, Abdallah, également dépourvu de courage et de pitié pour les souffrances des malheureux habitans, se retira en lieu de sûreté et laissa èles soins de la défense à son lieutenant, plus brave que lui. On dit qu'une faible partie de la garnison survécut à l'assaut, et on croit que la dernière attaque seule coûta à Ibrahim la vie d'au moins douze cents hommes. A leur entrée en Syrie, les Egyptiens s'étaient d'abord assurés de Gaza et de Jaffa, et pendant le siège ils prirent possession de la côte. A Acre, on déploya des deux côtés une valeur héroïque, La ville, étroitement bloquée par mer, avait été auparavant bien approvisionnée. Pendant quelque temps les assiégeans firent peu de progrés. Un assaut bravement livré fut bravement repoussé, et la flotte souffrit de graves avaries, tandis que les troupes de la garnison s'affaiblissaient par de fréquentes sorties qui, tout heureuses qu'elles étaient, leur devenaient funestes par les hommes qu'ils y perdaient. On permit à beaucoup d'habitans de quitter la ville, mais un grand nombre furent écrasés sous les maisons qui s'écroulaient, ou tombèrent victimes des projectiles qu'on leur lançait sans cesse. Quand elle fut prise, la ville fut livrée à un pillage général ; plusieurs soldats y flrcn t une fortune considérable, et un bazar établi en dehors des murs, pour la vente du butin, étala eu profusion toutes les

précieuses marchandises do Levant. ( Visite à Damas, par le docteur Hogg, etc., p. 160-166.)

Note 28, page 224.

Les emplacemens des anciennes villes, et particulièrement de celles qui sont sur la côte, servent aujourd'hui de carrières aux villes plus modernes qui s'élèvent dans leur voisinage, à cause des matériaux tout prêts qu'on y trouve. Une grande partie des plus belles constructions de l'antiquité ont été ainsi détruites, sans pudeur, par les barbares maîtres du sol, et d'autres, qui ont échappé aux tremblemens de terre, n'ont dû leur conservation qu'à leur position isolée et à la difûculté du transport dans un pays montagneux.

Note 29, page 239.

« Josèphe fait souvent mention de cette partie remarquable de la Terre Sainte, et toujours sous le nom de la « grande plaine. » Elle est aussi citée sous la même dénomination par Eusèbe et saint Jérôme, Elle a été une place de prédilection pour l'assiette d'un camp dans toutes les guerres qui eurent lieu dans ce pays depuis Nabuchodonosor, roi d'Assyrie (l'histoire de la guerre de ce prince avec Ârphaxade la désignant sous le nom de la grande plaine d'Esdrclom) jusqu'à la marche désastreuse de Napoléon, allant de nos jours d'Egypte en

Syrie. Juifs, Gentils, Sarrazins, Croisés Chrétiens et Français Anti-Chrétiens , Egyptiens, Persans, Druscs , Turcs et Arabes, ' guerriers de toutes les nations qui respirent sous le ciel,' ont planté leurs tentes dans la plaine d'Esdraélon et ont vu les diverses bannières de leurs nations humides de la rosée du Tbabor et de l'Hermon. » (Voyage de Clarke, vol. iv, p. 255.)

Note 30, page 270.

Dans la suite de mon voyage en Orient, je pris le nom de Iladji Djorjos (le pèlerin George). Voici une copie littérale du document cité plus haut.

In Dei nomen (sic) Amen. Ea est sane Christi Fidelibus felicissima conditio, qui, divinâ inspirante gratià, et Sancti Spiritûs adjuvante virlule, per longa periculisque plena itinera, in sacra Palestine loca se conferunt visitaturi pretiosa noslrae Rcdemptionis monumenta. Quapropler ad hœc sacrosancla loca revisenda accessit dilectus in Ch° D. G. Robinson, et post suam sanctam visitationem à nobis postulasse! lilteras testimoniales suœ perigrinationis. Nos infra scriptns Missionarius Aps. et Parochus hujus sanctae et sacerrimae domùs Annunliationis Bmae. Mariac Virginis, ejus piœ et ralionali pelitioniannuentes, praesenschirographumeidemeoncessimus, omnibus et singulis inspecluris Gdem facientes, prapdiclum D. G. Robinson singulari devotione et speelabili pictate visitasse Judacam et Galilœam, ncmpeBelhlcmilicum, diversorum

ubi natus est Christus Doms. et omnia alla colunda monu-

menla in illâ Uavidicù civitale, cnm omnibus locis quae visi-

tari soient; Hierosolymis, gloriosum Christi Doraini Sepul-

chrum. In hâc sanctà civitate Nazareth, sacralissimam

domurn ubi Verbum caro factum est, aliaque innumerabilia

sanctissima locaquae enumerare longum est. Quae, ut sint ma-

joris roboris et fidei, manu propriâ subscripsimus et noslro si-

gillo rnunivimus.

Dalum die 11 7bris. Nazirelh 1830.

Fr. Johannes à Macarsia Miss. Aps. et Parochus.

Note 31, page 284.

« Il existe diverses opinions sur l'origine de Tyr et la date de sa fondation. Hérodote (liv. 2, ch. 44) dit que les prêtres de Tyr lui racontèrent que le temple d'Hercule était aussi ancien que la ville qui avait déjà 2300 ans d'existence. Suivant ce compte, Tyr aurait été fondé vers l'an 2760 avant 1ère chrétienne, 469 ans avant le déluge, suivant la chronologie des LXX.» «Si l'on en croit quelques anciens mythologistes, Tyr fut fondé par Agénor, fils'de Neptune et de Libie, et père de Cadmus, Syrus, Cilix, Phœnix et Europe. La fille d'Agénor était remarquable par sa beauté, et Jupiter devint amoureux de ses charmes. Le dieu prit la forme d'un taureau et se présenta devant la princesse, comme elle était occupée à cueillir des fleurs dans une prairie. Charmé de la douceur de ce bel animal,

342 APPBJCDICE

Europe eut envie de monter sur son dos; mais elle ne l'eui pas plus tôl fait, qu'il l'emporta vers le rivage, plongea dans la mer et gagna l'île de Crète à la nage avec son précieux fardeau. Cependant, les frères d'Europe poursuivirent infructueusement son ravisseur. Syrus, Cilix et Phœnix revinrent en Asie où ils donnèrent leurs noms de Syrie, Cilicie et Phénicie aux différons pays sur lesquels ils régnèrent. Cadmus voyagea en Béotie où il tua un dragon qui avait dévoré ses compagnons ; et ayant semé les dents de ce dragon sur le sol, il en sortit une quantité d'hommes armés qui se détruisirent les uns les autres, moins cinq, à l'aide desquels il bâtit Thèbes, en Béotie, à l'exception de cette partie de la ville qui s'éleva aux sons de la lyre d'Amphion. » — « Les Phéniciens désignaient les pays qui sont à l'ouest du leur, et au-delà des mers, par un mot hébreu qui qui peut se prononcer, Arab, Ereb ou Orob ; ou par un antre s'articulant Araba ou Erabah. C'est par ce mot, qui signifie ouest, que les Babyloniens indiquaient les pays à l'ouest du leur, et que nous appelons aujourd'hui Arabie, sans faire grande attention à l'origine du mot. Les Phéniciens appelaient aussi du même nom, et pour la même raison, la partie du globe que nous habitons ; mais les Grecs changèrent Araba ou Eroba en Europe ; et dans l'esprit de leur capricieuse mythologie, ils représentèrent une colonie phénicienne par une jeune princesse qui fut enlevée de son pays natal et conduite en Crète par Jupiter sous la torme d'un taureau. » (Origines de Bi'UHimond, pages 79 8i, 84. )

Note 32, page 290.

« Tsor ou Tsur. Ce nom écrit en caractères chaldéensest généralement supposé signifier un rocher , et il a certainement ce sens en hébreu. » — « Les Arabes ont toujours appelé Tyr, Al Sur, le palmier. ( Gol. in voce.) C'est de là peut-être que les Grecs ont donné à cet arbre le nom de phoinix, comme étant originaire de Phénicie et l'emblème commun des Phéniciens et de leurscolons.il peut se faire que l'ancienne Tyr qui était située dans une plaine ait été appelée Al-Sur, comme étant la place où florissait.le palmier.» (Origines de Drummond ,

page 77. )

Note 33, page 3 00.

« Je ne puis m'empêcher de soupçonner que la ville appelée Tsidon , par les Hébreux ; Tsaid ou Tsaida, par les Syriens et Said ou Saida par les Arabes, dut originairement son nom à la langue de ces derniers. Les Tsidoniens étaient célèbres par leur adresse en métallurgie, et par l'art avec lequel ils travaillaient l'or, l'argent et l'airain. Il existait beaucoup d'airain et de fer en Phénicie, et la possession de cette contrée ayant été destinée à la tribu d'Aser, Moïse lui dit : Sous tes souliers, il y aura du fer et de l'airain (Deut. xxxxm ) ; c'est-à-dire, le sol sous les pieds abondera enfer et en airain. Cela étant ainsi, je considère Sidon ou plutôt Saida, comme devant son nom à ce qu'elle abondait en saidi ou saidan, airain.» (Origines de Drummond, page 97. )

Note A, Préface (à la fin).

Les deux volumes que nous donnons aujourd'hui au public avaient d'abord été annoncés sous le titre de: « TROIS ANS DANS L'ORIENT, formant la substance d'un journal écrit pendant un voyage et un séjour en GRÈCE, en EGYPTE, en PALESTINE, en SYRIE et en TURQUIE, dans les années 1829-1830, 1831 et 1832. » L'intention de l'auteur avait été en effet de donner cinq volumes au récit de son voyage, en consacrant un volume à chaque pays; mais la difficulté de faire imprimer (en anglais) d'une manière satisfaisante eu pays étranger, le temps qu'exige la gravure des cartes et d'autres occupations qui lui sont survenues dans l'intervalle, l'ont engagé à se borner, du moins poar le moment, à la partie qui traite de la Palestine et de la Syrie, et qui formera un ouvrage complet. Eu changeant, d'après cela, un titre qui aurait pu faire supposer que son ouvrage n'est point terminé, il a jugé

346 N0TKS ADDITIONNELLES.

convenable d'accompagner ces volumes, non-seulement d'une table des noms de lieux qu'il a visités, mais encore de plusieurs noies additionnelles sur les moeurs et les coutumes orientales, extraites, pour la plupart, de la partie encore inédile de son voyage. Cette nouvelle édition contient aussi dix dessins lithographies par M. Francia, d'après des esquisses approuvées par l'auteur. A cette occasion, il prendra la liberté de faire remarquer que, de toutes les vues des pays qu'il a parcourus, celles qui lui ont paru le plus correctes, premier mérite, selon lui, dans des ouvrages de ce genre, sont celles qui ont été dessinées d'après nature et publiées respectivement par MM. Barllett, Purser et Ârundale. La meilleure carte de la Syrie est incontestablement celle de M. Berghaus, publiée à Gotha en 1835. Le journal de la Société Royale de Géographie de Londres s'exprime en ces termes à ce sujet : « Nous espérons voir bientôt quelque géographe travailler à la construction et au perfectionnement de la carte de cette contrée qui, de toutes les régions du globe, a le plus de droit à notre intérêt. Cette tâche devient facile si l'on proGte des données que fourniraient avec empressement les nombreux voyageurs qui ont parcouru, en tous sens, la Syrie et la Palestine. »

Note B, page 18.

Sur le Co.ilume des Hommes.

Le long costume que portent dans l'Orient les hommes aux habitudes sédentaires se compose des objets su i vans ; Uno

XOTES ADDITIO>?fELLKg. 347

chemise (kamys) faite de loile d'an lissu lâche et ouvert, ou de coton, ou bien d'un mélange de soie et de coton, avec d'amples caleçons (lebâs) de toile ou de colon noués autour du corps avec un ruban passé dans une coulisse. Par dessus ces vêlemens, on porte une longue veste de soie et coton rayés, ordinairement brochée de fleurs, qui descend jusqu'à la cheville, avec de longues manches qui dépassent de quelques pouces le bout des doigts, serrées au poignet, et garnies de plusieurs petits boulons ou ganses pour pouvoir cacher la main quand cela devient nécessaire par la présence d'un supérieur, etc. Autour de celte veste ou tunique, on tourne une ceinture [hezâm), seule liga lure qui se trouve dans le costume oriental ; elle se compose d'un châle ou d'une longue bande de mousseline brochée. Les hommes d'affaires, les écrivains et les gens de lettres ont coutume de porter, dans celte ceinture, un dawàyeh d'argent ou de cuivre ; c'est une écritoire renfermant de l'encre et des plumes. ( Voyez Ezéch. ix, 2, 3, 11.) Les autres classes mettent à leur ceinture un couteau à ganse ou poignard [hanjar) placé obliquement. Au petit doigt de la main droite, on porte nn anneau à cachet (khâtim), qui est ordinairement d'argent avec une cornaline ou quelque autre pierre sur laquelle est gravé le nom du propriétaire, accompagné des mots de «son serviteur» (c'est-à-dire le serviteur ou adorateur de Dieu), et souvent aussi par d'autres mots exprimant la confiance du porteur en Dieu. (Voyez l'Ev. de saint Jean, m, 33, et l'Exode, xxxix, 30.) L'anneau à cachet s%rt à signer des lettres et

348 NOTKS ADIIITIONNFLLXS.

d autres écrits, et son empreinte est regardée comme plus valable que la signature faite ;i la main (Voyez Gen. xn, 42) ; on y met un peu d'encre avec le doigt et on le presse sur le papier, après que la personne qui s'en sert a louché sa langue avec un autre doigt et a mouillé la place sur laquelle l'empreinte doit porter. Le vêtement extérieur le plus ordinaire est un long habit de drap, d'une couleur quelconque, qu'on appelle djubbé, dont les manches ne descendent pas tout-à-fait jusqu'au poignet. La coiffure consiste en un petit bonnet qui serre la tête, appelé takeyeh, et pardessus un bonnet de drap rouge (tarbouch), avec un gland de soie bleue foncée au haut , le tout entouré d'une longue pièce de mousseline blanche brochée, ou d'un châle formant ce que nous appelons un turban. Dans l'Orient, le turban (emàmeh) sert à distinguer les sectes, les familles et les dignitaires. Ainsi, par exemple, les classes supérieures le portent d'ordinaire d'une couleur tendre et brillante, et d'une forme ample et recherchée ; les oulémas ou docteurs préfèrent en général le turban tout-à-fait blanc; les shérifs, ou descendans du prophète, ont seuls le privilège d'en porter de verts. Les chrétiens et les juifs ne peuvent en avoir que de noirs, de bleus ou de gris, et leurs habits doivent être de couleurs tristes. Les bas ne sont pas d'usage, mais dans lei temps froids on porte quelquefois des chaussettes. Les souliers (merkoub) sont en gros maroquin rouge, pointus et recourbés sur le devant. Les personnes de distinction portent des souliers intérieurs (mozd ) de maro-

quia jaune forl doux Les merkoub, ou pantoufles extérieures, s'ôtenl pour marcher sur un tapis ou une natte. Dans l'hiver ou quand il fait froid, des robes garnies de fourrure (fark) sont portées par les riches, surtout à Damas et à Alep ; mais indépendamment de ce qu'elles sont fort coûteuses, elles sont très-lourdes à porter quand on se trouve dans une pièce chaude ; elles exposent ceux qui en font usage à des rhumes fréquens et sont d'ailleurs extrêmement incommodes dans la marche.

Le costume des hommes des classes inférieures est simple et uniforme ; il consiste en des caleçons et en une chemise ou robe longue et ample, de toile ou de colon bleu, qui descend au-dessous des genoux et qui est ouverte depuis le cou jusqu'auprès de la taille. Les jambes et les pieds sont nus aussi. Par dessus cette robe, on met une ceinture de laine blanche ou rouge. Le turban se compose ordinairement d'un châle de laine blanche, rouge ou jaune, ou d'une pièce de gros coton ou de mousseline, tourné autour d'un tarbouch au-dessous duquel il y a un bonnet de feutre blanc ou brun. C'est là le costume d'été. Quand il fait froid, ils portent labbayeh, qui est un manteau d'une étoffe de laine grossière, tout unie ou rayée verticalement de brun et de blanc. Quelquefois il n'est que d'une seule pièce carrée avec des trous pour passer les bras, et sans coulure, ce qui explique le passage de l'Évangile de saint Jean, xix, 23.

Note C, page 130.

Sur le Costume des Femmes.

Le costume des femmes des hautes et moyennes classes est très-beau et très-élégant ; il ressemble à beaucoup d'égards à celui des hommes. ( Voyez Note B. ) La chemise , qui est très-ample, est faite de gaze ou d'un crêpe très-fin. Un caleçon fort large (shintiyân), noué autour de la taille par un ruban passé dans une coulisse, a ses extrémités inférieures relevées et attachées immédiatement au-dessous du genou, pour retomber ensuite jusqu'à la cheville en guise de pantalon. Par dessus la chemise et le pantalon , elles mettent une longue veste (yelek), semblable à la tunique des hommes; mais au lieu d'être plissée sur la poitrine, elle est coupée de façon à en laisser une partie couverte seulement par la chemise ; elle en diffère encore en ce qu'elle dessine davantage la taille, qu'elle est ouverte de chaque côté, depuis les hanches jusqu'en bas, qu'elle touche à terre et que les manches eu sont plus allongées. La yelek est faite d'une étoffe rayée, de couleur, en soie et coton, ou bien de mousseline imprimée, brodée, ou blanche et unie. Le pantalon est fait de la même étoffe, ainsi que la veste courte, appelée antêrie, qui ne descend qu'un peu plus bas que la taille et qui se porte quelquefois en place de la yelek. Un cbàle de Cachemire carré, plié diagonalement, est noué négligemment autour de la taille en guise de ceinture, les deux coins posés

l'un sur l'autre et pendant par derrière. Par dessus la yelek, elles portent un djubbé de drap, de velours ou de soie, ordinairement brodé en or ou en soie de couleur. Le djubbé est de la même longueur que la yelek, mais une jaquette plus courte, appelée saltah, qui est ordinairement un jupon en velours brodé comme le djubbé, se met assez souvent, surtout dans le harem. Il est rare dans l'Orient que les dames portent des bas, ou des chaussettes ; mais la plupart ont des espèces de chaussons en maroquin jaune ou rouge brodé en or, par dessus lesquels elles mettent, en quittant le tapis ou la natte, des pantoufles (merkoub) semblables à celles des hommes. En certains lieux, comme entre autres à Alep, elles se servent de claques ou de soques de bois [kafkaf), élevés de cinq à six pouces et qui sont ordinairement incrustés de nacre. La coiffure se compose d'un bonnet de coton et du tarbouch, comme pour les hommes , et par dessus un fichu carré tourné légèrement, tandis que le haut est décoré de nombreux ornemens d'or. Une grande pièce de mousseline blanche, brodée à chaque extrémité en soie de couleur et en or repose sur la tête et pend par derrière à peu près jusqu'à terre. Cette pièce s'appelle tarhah ou voile pour la tète. Les cheveux , excepté sur le front et aux tempes, où ils sont un peu courts, sont divisés en une foule de nattes ou de tresses qui retombent sur le dos. A chaque natte de cheveux, on a coutume d'ajouter des cordons de soie noire auxquels on attache de petits ornemens en or (sufa). Les cheveux se pei-

352 NOTES ADDITIONNF.LLES.

-lient, se lavent et se (ressent aux bains. Les femmes des classes moyennes et élevées, et même beaucoup d'entre celles des classes pauvres, teignent certaines parties de leurs mains et de leurs pieds avec les feuilles de hennak [Lawsonia inermis), ce qui leur donne une couleur jaune , rougeàlre ou orange sale. Quand on l'applique seulement aux ongles ou a une partie des mains, il est possible qu'on la regarde comme un embellissement, attendu qu'elle fait paraître la peau plus délicate; mais l'usage immodéré de cette couleur que l'on place, en quelque façon, au hasard, fait qu'elle n'est rien moins qu'agréable à nos yeux. Un artifice plus séduisant, c'est celui de noircir le bord des paupières tant en dessus qu'en dessous, au moyen d'une poudre appelée kohol. La même coutume existait chez les dames de l'ancienne Grèce et chez les femmes juives des siècles reculés. (Voyez h, Rois, xx, 30 ; Ezéch. xxm, 40, et Juvénal, Sat. n, 67.)

Tel est le coutume des dames turques quand elles sont chez elles. Celui de la promenade à pied ou en voiture, et qui s'appelle tezyereh, varie selon le pays. En Syrie, il consiste en une robe ample (sebleh) en soie de couleur brillante , puis on met le voile du visage [bocho) qui est une longue bande de mousseline blanche, cachant complètement la Ggure à l'exception des yeux, et qui descend presque jusqu'aux pieds. Par dessus ce voile, on met un drap de toile , assez grand pour couvrir toute la personne depuis la tête jusqu'aux pieds. En Egypte et dans le nord de l'Afrique, les femmes se couvrent d'un large

manteau de soie noire, qui a sans doule été l'origine de la mantille espagnole et portugaise que les Maures aui ont introduite dans ces pays. Le voile remonte à l'antiquité la plus reculée. (Voyez Gèn. xiv, 65, et Jsaie, m, 23.) Il paraît pourtant, par les tableaux et les sculptures des anciens Egyptiens, que les femmes de cette nation ne le portaient pas. Voici le précepte contenu dans le Koran, par rapport à son usage : « 0 prophète, parle à tes femmes et à tes Glles et aux femmes des vrais croyans, pour qu'elles jettent sur elles leurs vêtemens extérieurs quand elles sortent de la maison ; cela sera plus convenable, aGn qu'elles soient connues pour être des matrones de bonne renommée et qu'elles ne soient pas insultées par des paroles ou des actions déshonnêtes. » (Cbap. 33.) Les Orientaux désirant cacher aux étrangers tout ce que la personne ou la toilette d'une femme a d'attrayant, ce costume de promenade aussi incommode que disgracieux, doit remplir parfaitement leur but. Du reste, un musulman bien élevé a soin de détourner la vue toutes les fois qu'une femme parait devant lui; mais si, par hasard, ses yeux rencontrent ceux d'un de ces fantômes ambulans, il ne s'attache pas à le regarder, car l'expérience lui a appris que des prunelles étincelantes ne garantissent nullement l'existence d'autres charmes, et que si, mù par de la fatuité, il espérait découvrir dans le regard un sentiment flatteur pour lui, ce serait en vain, privé qu'il est de l'aspect de la bouche, seul organe de la physionomie véritablement expressif.

Note D, page 22.

Pour l'explication, de la fable de Persée et d'Andromède, voyez « l'Histoire du Ciel » de l'abbé Pluclie.

Note E, page 77.

Sur la mer Morte.

Des détails originaux et fort intéressans sur les pays situés au midi de la mer Morte jusqu'au golfe Elanilique se trouvent dans le Bulletin Géographique, nos 55-56 de la présente année. Ils ont été communiqués à la commission centrale par le comte I. de Bertou. Dans le tome vu de la Société Géographique de Londres, nous lisons : « Un brave jeune Irlandais, M. George Moore, au lieu de perdre son temps à faire un pèlerinage à la mode, le long des sentiers frayés de la Palestine, a consacré l'année qui vient de s'écouler à relever avec la plus grande exactitude la mer Morte et ses rivages. »

Ce qui suit est extrait d'un des numéros suivans du même journal. « Un point remarquable de géographie physique a été éclairci par les louables recherches de M. G. Moore et de M. Beek qui, durant le printemps de l'année dernière, ont relevé une partie des rivages de la mer Morte et l'ont traversée, la sonde en main. Dans le cours de leurs expériences, ils ont reconnu, par la température de l'eau bouillante, que le niveau de la mer Morte était de 500 pieds au-dessous de

celui de la Méditerranée. L'exactitude de leur calcul a été démontrée par les résultats barométriques obtenus par le professeur Schubart de Munich, qui a trouvé, en dernier lieu, que le lac de Tibériade était à 500 pieds et la mer Morte à 598 pieds au-dessous de la Méditerranée. Ce fait est si remarquable, qu'il faut espérer que quelque voyageur, muni de bons instrument, visitera bientôt la Palestine, afin de déterminer le vrai niveau de celle mer intérieure, et d'explorer ensuite le pays situé plus au midi, le long des vallées d'el- Aher et A'el-Ârabah, d'où il n'y a en ligne droite que cent milles pour se rendre au golf d' Akabab, au haut de la mer Rouge. »

Note F, pages 50 et 107.

Sur les Schismatiques .

L'Église de Constantinople commença à se séparer de celle de Rome en l'an 862, sous le patriarche Photius ; mais le schisme ne fut complet que dans le onzième siècle (1054) sous le patriarche Michel Corularius. Depuis cette époque, les deux Églises, romaine et grecque, furent désignées, parmi les chrétiens, sous le nom d'Église occidentale et orientale. Les principaux points sur lesquels celte dernière diffère de l'autre sont ceux-ci : 1° Le baptême, qui se fait par une triple immersion et qui est suivi immédiatement de la communion et du crysma (confirmation) ; 2° la procession du

356 >OTES AODITIOXNELLES.

Sainl-Esprit ; ils ne reconnaissent pas deux natures en Jésus- Christ, et soutiennent que le Saint-Esprit procède du Père seul; 3° ils ne se font pas du purgatoire la même idée que les catholiques ; ils prient toutefois pour les morts, dont ils croient que le sort ne sera définitivement fixé qu'au jour du jugement; 4° ils nient la primauté du pape et ne le reconnaissent pas pour le vicaire de Jésus-Christ et le chef de l'Église; 5» ils administrent la communion sous les deux espèces aux laïques et se servent de pain levé pour consacrer l'hostie; ils regardent cependant la consécration du pain azyme comme valable.

Indépendamment de ces points importans, l'Église grecque diffère de celle de Rome sur plusieurs autres de moindre conséquence. Le lecteur les trouvera dans le catéchisme de l'Église grecque, composé en grec et en latin par Pierre Megila, archevêque de Kioff, et présenté, en l'an 1643, au concile grec assemblé à Jassy. Les membres du clergé séculier peuvent conserver leurs épouses après l'ordination, mais un évêque ne peut point être marié ; par la même raison, le clergé régulier a seul le droit de confesser. Les laïques ne peuvent se marier que trois fois. La musique instrumentale est bannie de leurs églises, ainsi que les images et les bas-reliefs. Les femmes qui assistent au service divin sont cachées à la vue du public par un treillage. Le rituel consiste, indépendamment de la messe, dans la lecture de passages des Livres saints et d'autres prières, le chant des psaumes et des hymnes que l'officiant entonne, et

NOTES ADDITIONNKLLKS. 357

auxquels les assislaus répondent. On prêche fort rarement. Les jeûnes de l'Église grecque occupent une partie considérable de i'anuée. Sans compter le mercredi et le vendredi de chaque semaine, qui sont des jours d'abstinence, ils ont quatre grands jeûnes dans le cours de l'année : 1° le carême ou les quarante-huit jours finissant à Pâques; 2° les quarante jours qui précèdent la Nativité ; 3° le jeûne qui commence à la Trinité et s'étend jusqu'à la fête de Saint-Pierre et Saint-Paul, qui est de neuf à quarante jours; 4° le jeûne de la Vierge-Marie, depuis le 1er jusqu'au 14 août, c'est-à-dire quatorze jours. Si, à ces jeûnes, on ajoute ceus des Vigiles de Saiut-Jean-Baptiste, de la Sainte-Croix et du Baptême de notre Seigneur, on en trouvera, année commune, environ cent cinquante. Pendant ces jeûnes, ils sont obligés de s'abstenir non-seulement de viande, mais encore de poisson, d'oeufs et de lait ; ni l'enfance, ni la maladie, ni les infirmités de la vieillesse, ni le travail manuel le plus rude ne sont des motifs de dispense.

Les Arméniens schismatiques rejettent les décrets du concile de Chalcédoine, et suivant la doctrine d'Eutychès et des moiiophysites, n'admettent qu'une seule nature dans la personne de Jésus-Christ, ce qu'ils expriment symboliquement dans le rite de leur Église par l'usage de vin rouge, sans mélange d'eau dans la consécration du calice. Ils soutiennent que le Saint-Esprit ne procède que du Père, qu'ils disent en conséquence être genitor Filii et spirator Spiritûs sancti, tandis que le Saint-Esprit est décrit comme procédons a Pâtre, coessentialis Patri et

358 >OTES ADDITIONNELLES.

congloriosus Filio : c'est là l'origine et le fondement de leur schisme. On trouvera la liste des autres erreurs qui leur sont attribuées dans le troisième volume des Lettres Edifiantes et Curieuses, page 107. Les missionnaires jésuites, auteurs de ces lettres, dans un des chapitres suivans, intitulé Manière de traiter avec les Arméniens, font les observations suivantes sur cette nation que, dans leur impartialité accoutumée, ils représentent cotam? « bonne et aimable et portée naturellement à la piété et à tous les exercices de la religion les plus sévères. » — <r 11 faut, ajoutent-ils, faire une grande différence des Arméniens qui ne sont, pour me servir des termes de l'école, que matériellement hérétiques d'avec ceux qui le sont formellement : la classe des premiers est la plus nombreuse ; car c'est celle du peuple qui ne sait pas seulement de quoi il s'agit, ou qui n'en a qu'une connaissance légère et confuse. On ne trouve en eux nulle prévention pour des opinions particulières; ils croient bonnement ne différer de nous que par le rit, -et se font honneur d'être aussi séparés des proteslans que nous le sommes. Il faut bien se garder d'entrer en dispute avec eux. Les disputes, dit notre missionnaire, ne pourraient qu'être inutiles et seraient même dangereuses. Elles seraient inutiles, parce que ce peuple grossier et ignorant n'a besoin que de l'instruction; mais elles seraient dangereuses, parce qu'elles les mettraient en garde contre nos instructions, et ils iraient incontinent consulter leurs docteurs, pour apprendre d'eux les réponses qu'ils auraient à nous faire. Leur»

NOTES ADDITIONUBLLBS. 359

docteurs, intéressés à les éloigner de nous, ne manqueraient pas alors de leur faire d'affreuses peintures des mi-sionnaires. Ils leur défendraient de nous recevoir chez eux, et les exciteraient à nous susciter des persécutions et des avanies. Le missionnaire sage et prudent doit donc se contenter d'inspirer au peuple l'horreur du vice, l'amour de la vertu, le désir de remplir les devoirs de son état, et le disposer à croire ce que l'Église catholique nous enseigne »

Les Cophtes, qui sout les descendans chrétiens des anciens Égyptiens, professent l'hérésie monothélile, comme les schismatiques dont nous venons de parler. Ils ressemblent aux Arméniens quant à leur rituel et à l'observance rigoureuse des jeûnes; et, par le grand nombre d'églises et de couvens en ruine que l'on rencontre dans leur pays, et surtout dans la Thébaïde, on peut conjecturer qu'il y a eu un temps où les Cophtes étaient beaucoup plus nombreux qu'ils ne le sont aujourd'hui. On en compte à présent 150,000. Parmi ceux-ci, il y en a fort peu en Syrie; on ne les voit guère que dans la ville sainte, où ils ont été attirés par la dévotion. La relation la plus récente de leurs prières et de leurs dogmes se trouve dans une note placée à la Gn du second volume des «Égyptiens modernes, » par Lane.

Les Syriens, autrement dits Jacobites, d'après Jacques Baradée ou Zanzale, un des disciples d'Eutychès et de Dioscore, qui renouvela, au commencement du sixième siècle, les erreurs de son maitre, erreurs condamnées par le concile de

360 NOTES ADDITIONNEURS.

Chalcédoine, étaient autrefois très-nombreux dans ce pays, mais on n'en trouve presque plus. Leur principale résidence est sur les bords du Tigre.

Les Nestoriens appartiennent aussi plutôt à la Mésopotamie qu'à la Syrie, et sont, dit-on, fort nombreux de ce côté. Ils sont, de même que les autres sectes, attachés à l'hérésie monophysite. On les appelle indifféremment Nestoriens, ou bien chrétiens chaldéens ou assyriens. Le mot de Nestoriens vient de Nestorius, un de leurs patriarches qu'ils invoquent dans leurs prières. De Moris, dans son Histoire critique de la créance et des coutumes des naturels du Levant, dit que le nestorianisme n'est une hérésie que de nom, et que si Nestorius et saint Cyrille se fussent entendus, ils auraient pu concilier leurs opinions, et auraient empêché par là un grand scandale dans l'Église. Mais les Grecs ont toujours été de grands disputeurs ; aussi voyons-nous que la plupart des premières hérésies sont nées parmi eux ; et le plus souvent leurs disputes n'étaient que de la métaphysique et de pures équivoques, d'où ils tiraient ensuite des conséquences à leur manière, venant enGn aux idjures, et par là les choses devenaient irréconciliables : au lieu que, si les parties eussent expliqué modestement leur pensée, il n'y eût pas eu la moindre apparence d'hérésie- ( Pages 94, 95 )

Note G, page 189.

Sur le Puits de Jacob.

Le fragment ci-dessous sur le puils de Jacob, près de Sichem ou Sychar, sujet qui a donné lieu à des discussions entre les voyageurs, sera peut-être de quelque utilité pour aider à déterminer la situation précise de ce lieu inléressant. L'auteur le présente à ses lecteurs dans l'état où il l'a trouvé, sans qu'il puisse rien attester sur son origine, attendu qu'il ne porte ni date ni signature.

« Du Puits de Jacob, près Sicbar ou Sichem.

« Ce Puits est hors la ville de Sichem a deux trais darc sur le chemin de Jérusalem, près lhcritage que Jacob donna à son 61s Joseph. Il est profond de 40 coudées, son orifice est a fleur de terre. Elle est ordinairement couuerte de grandes pierres. Elle est a'sez étroite et vn homme épais a peine a y descendre. Le dedans est basty comme les autres puits.

« Quaresmius dit qu'ayant descendu dedans au mois de Juillet 1626 il ny trouua point d'eau, mais qu'ordinairement il y en a quantité en automne et en hyuer.

« Cet autheur semble dire que dans ce puits on y a pratiqué une petite chapelle ou il y a vn autel ou les Catholiques et les Grecs schismaliques disent quelquefois la messe, et que, sur le plancher de cette Chapelle, il y a l'ouuerture du puis de la mesme grandeur que la supérieure.

« Ste Hélène a Tait bastir sur ce puits vne église et vn monastère de filles dont il ne parroist plus que quelques fondemens et ruisnes.

« Nota qu'entre la ville de Sichem et ce puits il y a vne belle fontaine abondante en eaux et la ville mesme est remplie de fontaines, ce qui fait douter quelques vns de la vérité de ce puits ou fait croire que la femme samaritaine ne vint pas de celte ville pour puiser de leau a ce puits, mais vint de quelque lieu voisin plus proche de ce puits que de la fontaine cy dessus. Ou si elle vint de la ville il faut conclure quelle vint a ce puits en lhonneur de Jacob qui l'auoit fait fouiller pour l'vsage du pays ou dire quelle y fut conduite par inspiration diuine puis que la ville et les fauxbourgs sont remplis de 1res belles eaux. Elle s'appelle a présent Neapolis cest a dire noua Ciuilas latine et en françois ville tienne.

« Brocardus dit qu'il yauoit autrefois lancienne Sichem près le champ de Jacob a deux traits d'arc de la nouuelle, et que l'ancienne nayant pas beaucoup d'eau Jacob y fist faire vn puits dont il se seruoil lu y, ses enfans et ses troupeaux. »

Note H, page 202.

Sur la Religion mahomêtane.

La religion mahomêtane est communément appelée par ceux qui la professent el-isldm. Imân et dihn sont deux fermes dont ils se servent pour exprimer la foi et la religion

pratique. Les grands principes de leur foi sont contenus dans les deux articles suivans, dont il est impossible, selon eux, de croire l'un sans l'autre, savoir : 1° «11 n'y a point d'autre divinité que Dieu. » 2° « Mahomet est l'apôtre de Dieu. » L'unité de Dieu est ainsi déclarée dans le troisième chapitre du Koran, v. 40-42 : « Dites : Il est un Dieu ; Dieu l'éternel ; il n'engendre ni n'est engendré, et il n'y en a point qui soit égal à lui. a Dans la croyance des musulmans, Dieu n'a point de compagnon ni de progéniture. A la vérité, ils croient que Jésus-Christ (Seyyidna Issa ou « Notre Seigneur Jésus ») est né d'une vierge immaculée par la miraculeuse opération de Dieu, sans aucun père naturel ; qu'il est le Messie et « le verbe de Dieu, communiqué à Marie par un esprit procédant de lui » (Chap. iv, v, 169) ; mais ils ne l'appellent point le fils de Dieu et ne lui donnent pas de titre plus élevé que ceux de prophète et d'apôtre. Mahomet a été, selon ses disciples, le dernier et le plus grand des prophètes et des apôtres. Parmi ceux-ci, il y en a six, savoir : Adam, Noé, Abraham, Moïse, Jésus et Mahomet, qui ont chacun reçu la révélation d'une loi, c'est-à-dire d'un système de religion et de morale. Mais celle qui avait été révélée à Adam fut abrogée par la suivante, et de même, chaque loi ou code successif abrogea celui qui l'avait précédé. En conséquence, ceux qui professèrent la religion juive, depuis le temps de Moïse jusqu'à celui de Jésus, furent de vrais croyans, et ceux qui professèrent la religion chrétienne (non corrompue, comme le disent les musul-

.'5f)i NOTKS ADDITIONNELLES.

mans, par le dogme qui a (ait de Jésus-Christ le fils de Dieu) jusqu'au temps de Mahomet, sont aussi, dans leur opinion, de vrais croyans. Bien des personnes s'imaginent à tort que les musulmans adressent des prières à leur Prophète aussi hien qu'à Dieu. Ils font, à la vérité, assez fréquemment des invocations au prophète pour lui demander son intercession, surtout devant son tombeau, où les dévols qui le visitent ont coutume de dire : « Nous demandons ton intercession, ô apôtre de Dieu! » Les musulmans implorent aussi l'intercession de leurs nombreux saints. Ils sont, en outre, tenus de croire à l'existence des anges, des démons et des génies, à l'immortalité de l'ame, à la résurrection des corps, au jugement dernier, aux récompenses dans le paradis (el-genneh ou le jardin), aux châlimens dans l'enfer {gehennen). D'après la foi mahoraétane, les femmes ne sont point exclues du paradis, quoique plusieurs écrivains chrétiens aient soutenu que les musulmans croient que les femmes n'ont pas d'ame. Quelques autres dogmes moins importans, notamment ceux qui ont rapport aux récompenses et aux peines, s'ils ne sont pas complètement absurdes, sont du moins hors de tous rapports avec la doctrine comparativement rationnelle d'un pur déisme. Les récompenses sont, en général, d'une nature sensuelle, quoiqu'il soit dit en même temps que ces jouissances seront faiblement estimées par les personnes plus heureuses encore, qui seront admises au plus grand de tous les bonheurs, celui de contempler constamment la face de Dieu.

Quant aux pratiques religieuses, les devoirs les plus importais sont la prière, V aumône, le jeûne et le pèlerinage.

Voici quelles sont les heures de prière (sâlah) : 1° au coucher du soleil [moghrib] ; 2° quand le crépuscule a cessé et qu'il fait tout-à-fait nuit (el-eshe) ; 3° au point du jour, à la première apparence de la plus faible lueur dans l'orient (es-sobhr ou fidjr) ; 4° à midi (ed-dohr) ; 5° vers le milieu du temps qui sépare midi du coucher du soleil (el-asr).

Dans les pays mahométans, le jour civil se compte depuis un coucher du soleil jusqu'à l'autre, la nuit étant classée avec le jour qui la suit; ainsi la nuit qui précède le vendredi s'appelle la nuit du vendredi. L'heure du coucher du soleil s'appelle douze heures; une heure après le coucher du soleil, une heure; deux heures, deux heures, et ainsi de suite jusqu'à douze heures. Après douze heures du matin, on recommence à compter un, deux, trois, et ainsi de suite. Ils montent leurs montres au coucher du soleil, et les règlent conformément à ce qu'exigent les variations dans la longueur des jours. On sait que le même usage existe aussi en Italie, avec la différence que là l'heure du coucher du soleil s'appelle vingtquatre heures, et que l'on compte de suite jusqu'au coucher suivant. 11 en résulte que, dans les almanachs italiens, au lieu d'indiquer, comme chez nous, l'heure du lever et du coucher du soleil, ou marque pour chaque jour l'heure du midi (mezzodi), qui en hiver se trouve à dix-neuf heures et demie et en été à seize et demie.

366 NOTKS ADDITIONNELLKS.

L'année mahomélano se compose «le douze mois lunaires, qui rétrogradent el passent successivement par toutes les saisons de l'année solaire. Du reste ils ne servent qu'à fixer l'époque de la plupart des fêtes religieuses et l'ordre des événemens historiques, la date des lettres, etc. ; mais non point pour ce qui regarde l'astronomie ou les saisons. L'ère mahométane date de « la fuite » appelée hejira en arabe, et qui répond au 16 juillet 622 de notre chronologie.

Ce n'est point par des cloches que les fidèles sont appelés à la prière : les cloches sont interdites en Turquie ; mais par certains crieurs (mueddin ou muezzin) attachés à chaque mosquée (djamie). Aux heures que nous avons indiquées, ils montent dans la galerie du minaret (madneh), et là, d'une voix éclatante et souvent mélodieuse, ils chantent l'appel suivant : « Dieu est très-grand ! » (Ceci se répète quatre fois.) « J'atteste qu'il n'y a pas d'autre divinité que Dieu ! » (Deux fois.) « J'atteste que Mahomet est l'apôtre de Dieu ! » (Deux fois.) « Venez prier! » (Deux fois.) « Venez à la sécurité ! » (Deux fois.) « Dieu est très-grand ! » (Deux fois.) « Il n'y a pas d'autre divinité que Dieu! » Très-peu de personnes se rendent à la mosquée pour prier, à moins qu'il n'y en ait une précisément sur leur chemin ; mais dès qu'il entend l'appel, tout musulman, partout où il se trouve, chez lui ou dehors, s'interrompt dans ce qu'il fait, quelque pressante que puisse être son occupation, et se tournant vers le kibleh, c'est-à-dire vers la Mecque, il récite à voix basse, moitié debout et moitié

agenooillé, la prière que l'occasion exige. Elle dure environ (rois ou quatre minutes. Le vendredi, qui est le sabbat des mahométans ( el-goumah ou l'assemblée), nom qui lui a été donné parce que, d'après les prophéties, la résurrection doit avoir lieu ce jour-là, il est d'usage de visiter les mosquées à midi, et alors, les imams et les autres ministres de la religion accomplissent quelques rites particuliers ; du reste, les observances de ce jour se bornent à s'abstenir d'occupations mondaines pendant les heures de la prière. Les femmes n'y assistent pas dans ces occasions ; non que le prophète leur ait défendu de prendre part aux prières publiques dans les mosquées, mais parce qu'il a déclaré qu'il valait mieux qu'elles priassent en particulier, de peur, à ce que dit Sale, que leur présence n'inspire une autre dévotion que celle qui convient dans un lieu consacré au culte de Dieu

Les purifications religieuses sont de deux espèces; premièrement, l'ablution ordinaire, qui précède la prière (el-woudou), et secondement, le lavement de tout le corps, dans la matinée du vendredi et aux deux grandes fêtes, etc., ce qui s'appelle ghousht. La première consiste à se laver les mains, le visage et les pieds, à se rincer la bouche, à aspirer de l'eau par les narines, et à se mouiller le sommet de la tête, le cou, etc. A cet effet, il y a, dans chaque mosquée, un bassin ou bien un réservoir élevé, avec des robinets tout autour, par lesquels l'eau coule. Quand il est difficile de se procurer de l'eau, ou quand l'ablution pourrait être nuisible à la santé de la per-

31)8 *OTES ADDITIONNEL!. ÏS.

sonne, il lui est permis de se servir de poussière ou de sable. Le devoir le plus important, après celui de la prière, est celui de faire Vaumàne. Les unes sont prescrites par la loi et s'appellent zekah ; d'autres, dites sudackah, sont volontaires. Le jeûne suit l'aumône dans l'ordre des devoirs. Le musulman est obligé de jeûner pendant tout le mois du rhamadhân, chaque jour depuis l'aurore jusqu'au coucher du soleil. Pendant cet intervalle, il doit s'abstenir de manger, de boire, de fumer et de tout plaisir inutile. De même que plusieurs des sectes chrétiennes de l'Orient, les musulmans modernes paraissent regarder le jeûne comme le plus important de tous leurs actes religieux.

Il nous reste à parler du quatrième de ces imporlans devoirs, de celui du pèlerinage Le hadj ou pèlerinage fut institué dans la sixième année de l'hégire. Il est ordonné à tout musulman de faire, une fois dans sa vie, le pèlerinage de la Mecque, à moins qu'il n'en soit empêché par la pauvreté ou la mauvaise santé. La permission de trafiquer pendant le pèlerinage étant accordée par le Koran (Chap. n), les marchauds avaient coutume de faire ce voyage plusieurs fois dans leur vie, et les caravanes revenaient chargées de marchandises de l'Inde et de l'Arabie ; mais ce commerce n'ayant plus la même importance qu'autrefois, et la ferveur des mahométans ayant considérablement baissé, ainsi que je l'ai remarqué dans le cours de cet ouvrage , il en est résulté que le nombre des pèlerins a diminué dans la même proportion.

Il y a ensuite d'autres ordonnances encore qui se rattachent plus ou moins à celles dont nous venons de parler; telles sont, par exemple, celles qui concernent l'observance des fé'es appelées Id-el-Sougheïr, ou la petite fête, et Idel-Kebir ou la grande fête. La première arrive à la fin du jeûne du rhamadhân ou neuvième mois de l'année mahométane; la seconde commence le 10 de zou-I-hegeh, qui est le dernier mois de l'année; l'une et l'autre durent trois jours, et elles s'observent à peu près avec les mêmes cérémonies.

L'obligation de faire la guerre aux infidèles est un des devoirs que le Eoran impose avec le plus de force et d'insistance ; celui qui meurt en combattant pour la défense ou la propagation d'el-lslâm jouit des récompenses accordées aux martyrs. De même que les Juifs avaient l'ordre d'exterminer les nations païennes, de même les musulmans sont tenus de mettre à mort tout idolâtre qui refuse d'embrasser la foi mahométane , et d'exiger un tribut des juifs et des chrétiens qui témoignent une résolution semblable. Il est même défendu aux musulmans de contracter de l'amitié avec un infidèle.

Il nous reste à parler de quelques lois prohibitives du Koran qui affectent la position morale et sociale de ses disciples. Le vin et toute espèce de liqueur enivrante sont sévèrement défendus comme étant la cause de « plus de mal que de profit.» (Chap. ii, v. 216.) Il est également défendu de manger la chair du cochon, cet animal étant en horreur aux mahométans à cause de sa malpropreté. L'usure et les jeux de hasard c. 24

370 NOTES ADDITIONNKLI.KS.

sont encore prohibés, et il n'est pas permis non plus de faire des images d'aucun objet vivant.

Les lois civiles dérivent principalement du Koran, et sont fondées, en partie, sur les couUimes des Arabes païens et, en partie, sur l'ancien Tesiament et les traditions des Juifs. L'étendue de celle noie ne nous permet pas d'entrer ici en de plus longs détails à ce sujet.

Noie I, page 221.

Sur les Croisés.

Dans les premiers siècles de l'Église, mais plus particulièrement quand l'étendard de la croix eut triomphé du polythéisme, et quand le théâtre des grands événemens que décrit l'Écrilure-Sainle fut devenu accessible à la dévotion des fidèles, un sentiment de curiosité religieuse se répandit dans toute la partie intelligente du monde chrétien. Une foule de ses membres, surtout parmi les nations occidentales, non contens de la simple lecture de ce récit, le plus intéressant de tous ceux qui aient jamais été retracés, et désirant fortifier en même temps leurs sympathies et leur foi par la contemplation d'objets visibles, furent poussés à visiter le pays qui avait donné naissance à leur religion et qu'avaient sanctifié la présence et la personne de leur divin maître. Tant que les califes de Bagdad et, après eux, les fatimites d'Egypte possédèrent la Palestine, les chrétiens ne furent pas gênés dans

l'exercice de cette pratique religieuse. Le calife Haroun-el- Rashid flt même passer à Charlemagne les clés du Saint-Sépulcre dont il lui fit présent. Mais quand les Turcs, sous leurs princes Seldjoucides, eurent conquis cette province, l'hospitalité des Arabes fut remplacée par la brutalité des nouveaux possesseurs. Les pèlerins et les habitans chrétiens de la Terre- Sainte furent assujettis à tant de vexations, que l'empereur Alexis Comnène fit parvenir de Gonstantinople aux princes de l'Europe les demandes d'assistance les plus urgentes contre la horde qui mettait son empire en danger. L'Europe se leva à la voix du clergé. L'enthousiasme se répandit dans toutes les classes. A cette époque, que l'on a coutume d'appeler les siècles d'ignorance . les négociations diplomatiques étaient inconnues et l'épée décidait seule toutes les discussions qui s'élevaient entre les nations. Une suite de guerres religieuses, désignées par les h'storiens sous le nom de croisades*, commença entre les chrétiens et les mahométans, et continua, avec quelques courts intervalles, pendant l'espace de deux siècles. Dans les premiers temps, les chrétiens ne demandèrent que le droit de se rendre librement en pèlerinage aux lieux saints, et cette demande était juste et raisonnable ; mais, plus tard, oubliant que les légitimes souverains de la Palestine

Ceux qui prirent part à ces guerres furent appelés Croisés, de la croix d'étoffe rouge que chacun d'eux attacha, comme un signe de reconnaissance, sur son épaule droite ou à son chaperon.

étaient les califes, leurs anciens protecteurs, ils voulurent s'emparer de Jérusalem pour leur propre compte. Cependant la jalousie des divers monarques, les rivalités des chevaliers, le défaut d'unité d'action et l'absence totale de discipline perdirent irrévocablement la cause des chrétiens. Plusieurs millions de leurs frères succombèrent dans la lutte.

Quelque peu éclairé que puisse paraître à certaines personnes le principe qui dicta ces diverses expéditions, quelque répréhensible que puisse avoir été la conduite de plusieurs de leurs chefs, ce n'est pas par l'événement que nous devons calculer les résultats. Un éloquent historien moderne (Robertson. « Introduction à l'Histoire de Charles-Quint » ) les énumère en ces termes : « Augmentation d'activité dans la vie politique, union de différentes nations dans le même but commun, cessation des querelles et des préventions réciproques de ces mêmes nations, tendance à des relations plus humaines, acquisition de connaissances scientifiques, amélioration des mœurs et des usages, grand coup porté au système féodal par la vente des terres aux marchands, en échange de l'argent dont les seigneurs avaient besoin pour leur équipement militaire, accroissement de richesse des villes commerçantes de l'Italie, qui amena la renaissance des beaux-arts et des sciences dans ce pays, et enfin extension d'idées plus libérales en matière de gouvernement et de religion, occasionée par les rapports entre les nations de l'Occident et celles de l'Orient. »

La grande influence des croisades sur l'extension du commerce a élé indiquée par Heeren, dans son « Essai sur l'Influence des Croisades. » Le meilleur ouvrage anglais qui ait été publié sur les croisés est celui de M. Mills. La France en possède un d'un grand mérite, celui de M. Michaud qui, enflammé par l'enthousiasme que son propre ouvrage avait excité dans son ame, est allé depuis, avec son jeune ami M. Poujoulat, visiter le théâtre de ces grands événemens, sur lequel il a publié un livre du plus haut intérêt.

Aujourd'hui, tout annonce que les temps de tolérance dos califes de Bagdad et des fatimites d'Egypte vont renaître sous l'empire d'une autre dynastie égyptienne. Pendant qu'Ibrahim-Pacha assiégeait Saint Jean d'Acre, dans l'année 1831, il envoya un détachement de ses troupes occuper Jérusalem, et leur entrée dans la cité sainte fut signalée par une mesure que l'humanité réclamait depuis long-temps. Ibrahim adressa au mollah, au sheikh El Harem, au mufti, au naïb, et aux autres autorités de la ville, la proclamation suivante :

« Jérusalem renferme des temples, couvens et monumens que viennent visiter toutes les nations chrétiennes et juives, et leurs diverses sectes, qui entreprennent ce voyage des contrées les plus éloignées. Mais ce concours de pèlerins avait à se plaindre d'énormes droits de péage qu'on exigeait d'eux sur leur route. Voulant dune mettre fin à un pareil abus, nous ordonnons à tous les mulzélims du pachalik de Saida et des districts de Jéra§alem et de Naplouse d'abolir ces sortes de

:V74 NOTES ADilITIOXNiai.FS.

redevances sur toutes les roules et postes sans exception. « Les couvens et églises de Jérusalem servant de demeure aux religieux et prêtres qui y lisent l'Evangile et y pratiquent les cérémonies de leur culte, il est juste de les affranchir de toutes les impositions arbitraires que l'avidité des autorités précédentes en exigeait. Ainsi, nous voulons que l'on supprime toutes les impositions établies sur les temples et couvens quelconques de toutes les nations chrétiennes qui se trouvent à Jérusalem, sans exception de Francs, Grecs, Arméniens, Coptes, et pareillement les impôts anciens et nouveaux payés par la nation juive.

« En conséquence, toutes perceplions à titre de tribut, hommage ou présent coulumier pour la caisse des pachas et en faxeur des cadis, mulzélims el autres fonctionnaires, commis, commissaires, etc ., demeurent à l'avenir abolies el prohibées. Le ghafar [droit de péage) exigé de chrétiens à leur entrée dans l'église de la Résurrection, et celui établi à El-Charid (le Jourdain), sont également supprimés.

« Des que vous connaîtrez le contenu de ce Orman, vous vous empresserez de le mettre à exécution, en faisant cesser immédiatement toute redevance et tout droit coulumier sur les couvens el temples de Jérusalem, appartenant aux diverses nations chrétiennes et juives, et en supprimant pareillement les deux ghafars susdits, attendu que toutes ces perceplions sont contraires à la loi.

« Quiconque, après la publication de cet ordre, le trans-

gressera et exigera des susmentionnés une dragme, sera sévèrement puni. Aux Ans de quoi nous avons adressé les présentes du divan du quartier-général. »

Note J, page 307.

Sur les Fruits de la Syrie.

L'auteur étant arrivé en Syrie au mois d'août, et l'ayant quittée au mois de mai suivant, ne peut parler par expérience personnelle que dune partie des fruits pour lesquels ce pays est si justement célèbre. Mais parmi ceux qui étaient encore de saison , et qui se vendaient au marché pendant l'automne et l'hiver, il remarqua, indépendamment du raisin dont il a parlé dans le cours de l'ouvrage, la grenade (roiimân) qui, avec le raisin et la ûgue, formaient les trois espèces de fruits apportés d'Eschol, par les espions, à Moïse et aux Juifs rassemblés dans le désert. On trouve en Syrie trois variétés de la grenade : la douce, que l'on mange au dessert; l'aigre, dont on se sert dans la cuisine en guise de citron, et une troisième dont la saveur tient le milieu entre les deux autres, et avec laquelle on fait un sorbet agréable. La grenade ou malum Punicum des Romains, originairee de la Phénicie, était comptée autrefois au nombre des fruits les plus délicieux que la terre produisit. Ses graines rouges et étincelanles remplies d'un jus ressemblant à du vin , ses

37<ï NOTKS ADDITIONNHLLES.

qualités rafraîchissantes, sa forte enveloppe qui permettait de la conserver pendant toute l'année, ont fourni plus d'une belle métaphore aux écrivans inspirés. L'auteur se rappelle toujours, avec un vif sentiment de reconnaissance, le soulagement que ce fruit lui procura un jour que, brûlé par la fièvre, au sein du désert, il ne trouva aucun autre breuvage pour étancher sa soif.

Le figuier, qui se plaît dans un sol rocailleux et desséché, se trouve par conséquent souvent dans des endroits arides où aucun autre végétal ne peut croître; il est très-commun en Palestine et dans tout l'Orient. Le fruit (tihn) est de deux espèces : le boccore et le kermouse. Le boccore noir et blanc ou la figue hàlive mûrit au mois de mai; mais le kermouse ou la figue proprement dite, qui est l'espèce que l'on conserve et que l'on envoie en Europe, est rarement mûre avant le mois de septembre. Il faut cueillir le boccore de grand malin, car il est à peine mûr qu'il tombe de l'arbre. Une fois que le soleil a lui sur du fruit, on prétend qu'il donne la fièvre lorsqu'on le mange le même jour. La figue jaune, de grosseur moyenne, est la plus estimée. Les anciens Hébreux donnaient à cet arbre le nom de thaena, c'est-à-dire l'arbre de la douleur, parce que le dessus de la feuille est rude, garni de piquans, et qu'elle fait souffrir les parties du corps humain sur lesquelles on l'applique. Ce fut donc, disent les Juifs, des feuilles de cet arbre et de ses branches flexibles que nos premiers parens, après leur chute, se très-

sèrent des ceintures et des tabliers, en signe à la fois de leur honte et de ce qu'ils méritaient.

Le mûrier diffère essentiellement du figuier, sous le rapport du sol qu'il exige. On le rencontre rarement en Judée (l'Ecrilure-Sainte n'en parle pas), mais il abonde en Syrie et surtout sur le mont Liban. Ce sont les feuilles du mûrier blanc ( tout, arabicè; morus alba, Linn ) dont se nourrit le ver à soie, et on ne laisse pas grandir les arbres destinés à son usage. On lui permet, au conlraire.de s'élever très-haut quand on le cultive pour son fruit qui est rougeàtre d'un côté et d'un goût fade et doucereux. Le fruit du mûrier rouge (tout shamy) est délicieux, mais il mûrit deux mois plus tard que l'autre.

Le sycomore, arbre dont le nom est formé des deux mots grecs avxtj, figuier, et poptcc, mûrier, tient, en effet, le milieu entre ces deux arbres, et participe de la nature de l'un et de l'autre. Il ressemble au figuier pour la forme et la grosseur de son fruit, qui ne croit ni en grappe ni à l'extrémité des branches, mais qui, par une loi très-singulière, s'attache au tronc de l'arbre. Son goût a beaucoup de rapport avec celui de la figue sauvage. Le sycomore est un grand arbre qui, lorsqu'il a pris toute sa croissance, étend ses branches si loin qu'elles forment un dais de trente ou quarante pas de diamètre (voy. le texte passim). Il lui arrive aussi quelquefois de s'élever à une fort grande hauteur, ce qui explique pourquoi Zachée monta dans un sycomore pour apercevoir le Sauveur.

Le sycomore ne boutonne qu'à la fin de mars, et c'est pourquoi les anciens l'appellent arborum sapientissima (le plus sage de tous les arbres), parce qu'il évite, par ce moyen, les gelées auxquelles tant d'autres arbres sont exposés.

Les dalles (timmer) appartiennent plutôt à l'Egypte qu'à la Syrie; les meilleures viennent de Bagdad. Oq ne trouve aujourd'hui que tort peu de palmiers en Judée où, semblables aux enfans d'Abraham , « proscrits et dépouillés de leur héritage, mais non pas éteints, » ils existent encore « en petit nombre » sur la terre paternelle. Le palmier, appelé tamar par les Hébreux et phœnix ( <p o nu|) par les Grecs, n'exige aucune culture ni aucun aulre soin que d'être arrosé de temps en temps, s'il ne croît pas auprès d'une eau courante, et d'être débarrassé des feuilles inférieures quaud elles commencent à pencher ou à se flétrir. 11 se multiplie principalement par des boutures prises sur la racine des grands arbres. Quand le vieux tronc meurt , il ne manque jamais de jeunes pousses pour lui succéder, et l'on suppose que c'est cela qui a donné lieu à la fable du phénix, qui périt dans la flamme qu'il a allumée lui-même, tandis qu'un jeune oiseau sort du milieu de ses cendres pour en perpétuer la race. Ce palmier est un des plus beaux arbres du régne végétal; il est droit, haut, verdovaut et touffu. La singulière propriété du palmier de résister à de lourds poids qu'on y suspend a été remarquée par les écrivains anciens et modernes. En effet, plus on l'oppresse, plus il fleurit, plus il

s'élève et plus sa cime devient forte et large. Sur les médailles grecques et romaines, il se moDtre généralement comme le symbole de la Terre-Sainte. Une pièce en bronze de Vespasien, que l'on conserve à la Bibliothèque du Roi à Paris, a fourni à lauteurle sujet d'une vignette pour le titre de cet ouvrage. La Judée y est représentée sous la forme d'une femme affligée, assise au pied d'un palmier, pendant qu'un soldat romain, en plaçant le pied sur le casque de l'Hébreu vaincu, justifie la légende Judœa capta. Non-seulement les Juifs eux-mêmes, mais encore un grand nombre et peut-être la majorité des chrétiens, sont persuadés que les enfans d'Israël, « après la désolation de beaucoup de générations, » rentreront en Palestine ; mais il n'est pas probable que jamais cepa\s redevienne un royaume indépendant; il serait trop peu étendu pour pouvoir soutenir une existence libre, de la façon dont le monde est aujourd'hui constitué. Le sort le plus heureux auquel il puisse se flatter de parvenir est de participer aux progrès graduels, tant physiques qu'intellectuels, du nouvel empire d'Egypte, en attendant que ces progrès la conduisent, par la bénédiction du Ciel, à recevoir le christianisme.

Il est fréquemment parlé dans cet ouvrage de l'olivier et de son fruit. Ce dernier est oblong et un peu gros ; il est d'abord vert, puis pâle et enfin noir quand il est tout-à-fait mûr. En cet état, on le fait tomber des branches en secouant celles-ci avec de longues perches. On le ramasse

380 NOTK5 ADDITIONNELLES.

ensuite et on le conserve pour servir d'aliment (fort peu succulent) pendant les jeûnes des chrétiens. Quand on le destine à en tirer de l'huile, on le cueille avant qu il soit parvenu à sa maturité et on l'écrase dans un baquet circulaire au moyen d'une énorme pierre meulière que l'on fait passer par dessus verticalement. La pierre est mise en mouvement par un seul homme à l'aide d'un morceau de bois fixé dans son axe.

L'amandier (louz) se rencontre souvent dans les jardins de la Syrie. Il en est fréquemment question dans les Saintes-Écritures; les Hébreux l'appelaient shakad, d'un verbe qui siguifle réveiller ou veiller, parce que c'est le premier arbre qui ressent l'influence réchauffante du soled après les rigueurs de l'hiver. Il ûeurit ici au mois de janvier, et son fruit mûrit en mars et en avril.

Les noix (jouz) sont abondantes et d'une grosseur prodigieuses; les pommes (tuffah) sont rares et d une qualité médiocre; les poires (injaz) valent mieux; mais les plus belles poires de l'Orient se trouvent à Angora, dans l' Asie-Mineure, à vingt journées environ de Smyrne. Quoique petites et d'une forme peu agréable à l'œil, elles sont parfaites quant au goût. Les meilleures pèches (dirrak) croissent sur la rôle prés de Tripoli, où des oranges naringe), des citrons [leimoun) et des cédrats (kubbad) se trouvent en abondance. Damas est renommée pour ses prunes, pour ses abricots (michmach), et, à dire vrai, pour toute espèce de fruits, quoique l'on accorde

bien peu de soin à leur culture ou à leur perfectionnement. Pour plus de détails touchant les arbres et les plantes de la Syrie, voyez l'ouvrage du naturaliste suédois Hasselquist, rédigé et publié par Linnée, et celui de Labillardière, intitulé: Icônes Plantarum Syrice rariorum, etc. Paris, Huzard, 1791—1812, in-4o.

Page 1