‹ Voyage en Palestine et en Syrie (volume 2)Chapitre 20 sur 144 · Î2 EMBOUCHURE DU NIL · texte numérisé non relu

Î2 EMBOUCHURE DU NIL

qu'ayant complété sa cargaison, le priv élevé que nous lui payions ( dix piastres ), était pour lui un bénéfice tout clair, si on en excepte toutefois le temps qu'il mit à nous déposer a Jaffa, en se rendant à Beïrout, port de sa destination.

Après avoir fait embarquer nos effets et pris congé de notre excellent hôte, M. Darmandy, consul de France à Damielte, nous nous rendîmes vers midi à bord du bâtiment, et nous mîmes aussitôt à la voile. Quelques pauvres fellahs arabes, en voyant notre barque s'éloigner du rivage, jetèrent sur nous un regard d'envie qui semblait exprimer le désir de fuir la tyrannie du vice-roi actuel d'Egypte ; mais la vigilance avec laquelle toutes leurs démarches étaient surveillées par les douaniers, ne nous permit pas de seconder leurs désirs. — Nous nous arrêtâmes à l'embouchure du fleuve, où nous restâmes la nuit â Tancre.

9 Août. — Ce malin, le pilote du Boghaz, jugeant le moment favorable, est venu de bonne heure à bord du bâtiment pour le conduire en dehors de la barre. Comme mesure de précaution, il commença par faire décharger sur des allèges une partie de la cargaison, qui devait êlce arrimée de nouveau

PASSAGE DU BOGHAZ. 13t

lorsque nous serions eu pleine mer. Celle opération terminée, nous portâmes au large. Par bonheur il faisait alors très-peu de vent, de sorte que nous pouvions facilement distinguer les diverses passes que nous avionsàfranchir. Le bâtiment loucha néanmoins plusieurs fois, au grand déplaisir du patron, qui exprima son mécontentement en termes peu mesurés, et cela dans une langue qui se prête admirablement à l'expression de la colère, comme en conviendront sans peine tous ceux qui l'ont entendu parler. Enfin, surmontant tous les obstacles, nous franchîmes le passage sans accident. La cargaison fut ensuite replacée à bord, et après qu'on l'eut arrimée de nouveau, nous déployâmes toutes voiles au vent.

Chacun de nous s'occupa alors à s'arranger aussi commodément que pouvait le permettre l'état encombré du bâtiment. Les passagers se composaient de M. Cadalvene et de moi (M. de Breuvery * avait

* Ces deux messieurs, dans l'aimable el instructive société desquels j'ai eu l'avantage de me trouver pendant la plus grande partie de mon voyage eu Orient, viennent de publier le résultat de leurs observations sur ces intéressantes contrées. Voyez «L'Egypte el la Turquie, de 1829 à 1836, par MM. Ed. de Cadalvene et J. de Breuvery, avec cartes et planches. »

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