‹ Voyage en Palestine et en Syrie (volume 2)Chapitre 31 sur 144 · ROUTE DE JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

ROUTE DE JÉRUSALEM

verte. L'église dont elle faisait anciennement partie fut plus lard convertie en mosquée par SaftVed-din, sultan d'Egypte; aujourd'hui, elle n'existe plus que comme une belle ruine. Non loin de là sont les restes d'une immense citerne voûtée dont le cintre, percé à jour pour recevoir les eaux pluviales , est supporté par des arches et des pilastres. Les indigènes l'attribuent à la mère de Constantin; mais le style de son architecture semble plutôt indiquer qu'elle est l'ouvrage des Sarrazins. Toutes ces ruines se trouvaient autrefois dans l'enceinte des murs; ce qui prouve que, dans un temps plus heureux , cette ville pouvait avoir de trois à quatre milles en circonférence. En effet, située comme elle l'est sur la grande route qui conduit de Jaffa à Jérusalem, elle a dû être très-fréquenlée en tout temps, et la fertilité de ses environs devait nécessairement augmenter encore son importance.

A dix heures du soir nous nous remîmes en marche pour Jérusalem. Dans la saison où nous sommes, on fait ordinairement ce voyage pendant la nuit, afin d'éviter la chaleur ; car on ne trouve sur la roule aucun village habité, et à peine quelques arbres assez gros pour garantir des rayons brûlans du soleil.

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El puis , en partant à cotte heure, nous espérions nous débarrasser de celle foule de pèlerins de toutes couleurs qui s'étaient joints à nous en sortant de Jaffa. Nous n'avions , il est vrai , nullement à nous plaindre de leur conduite envers nous; mais, comme ils faisaient preuve de senlimens si peu en harmonie avec le but avoué de leur pèlerinage, nous pensâmes que leur présence ne pourrait que troubler le cours paisible de nos réflexions en approchant de la « Cité de l'ame. » Notre troupe se trouva donc réduite aux personnes qui la composaient d'abord, savoir : M. de Cadalvène et moi, nos domestiques et deux ou trois autres individus.

Après avoir parcouru cinq ou six milles d'une plaine fertile, mais inculte, nous arrivâmes au pied d'une chaîne de montagnes qui forment le commencement de ce district, décrit avec tant de simplicité dans l'Ecriture, comme (fie pays monlueux delà Judée. » Un peu au-delà du village ruiné d'Amoas, nous entrâmes dans un défilé appelé Bab-el-Wady, ou a Porte de la plaine. » Nous avions joui jusque là d'un beau clair de lune; mais les montagnes projetant tout-à-coup leurs ombres gigantesques sur la

route , il nous fut impossible de voir notre chemin à C. 3

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quelques toises devant nous. Je laissai donc à la sagacité de ma mule le soin de suivre le sentier, et lui abandonant la bride sur le cou, je cessai entièrement de diriger ses mouvemens.

A partir d'ici , la route serpente pendant environ trois heures à travers une série de montagnes coniques, peu élevées, mais raboteuses et escarpées, qui s'enchaînent Tune à l'autre par la base. Comme nous longions le lit rocailleux d'un torrent d'hiver , alors à sec , un de nos compagnons de voyage éprouva un accident qui faillit lui être fatal. Il marchait en avant de la caravane , qui s'avançait à la file : la mule qu'il montait s'arrêta tout-à-coup dans l'endroit le plus obscur et le plus difficile de la passe : pressée par son cavalier, et ne pouvant reculer à cause des voyageurs qui venaient derrière, elle s'élança d'un bond sur un rocher situé hors de la route, et regarda avec eflïoi quelque chose qui était à ses pieds, mais dont on ne pouvait au premier abord reconnaître la nature. 11 se trouva, après examen plus attentif, que c'était la carcasse d'un chameau qui avait vraisemblablement succombé sous l'excès de la fatigue pendant les fortes chaleurs des

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jours précédens. Déjà les loups et les chacals dos environs avaient commencé d'en faire leur pâture. C'était quelque chose de vraiment hideux , que ces restes en lambeaux, surtout pour nos chevaux, que nous ne pûmes faire avancer qu'à grand' peine , et seulement en mettant pied à terre- Sur les deux heures du matin, nous arrivâmes à un puits près duquel se trouvent quelques ruines qui paraissent être celles d'un poste militaire établi pour garder le défilé. Nous arrêtâmes là un inslant pour nous reposer.

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