EMBOUCHURE DU JOURDAIN
viennent en outre se perdre plusieurs torrens de montagnes, sans qu'il en résulte aucune augmentation sensible dans son volume , on se demande naturellement par où le lac se dégage de la superfluité de ses eaux*? Quelques écrivains inclinent à croire qu'il communique avec la Méditerranée par des conduits souterrains; mais comme jusqu'à présent on n'a découvert aucun decesprétendusconduits, on doit supposer que le superflu de ses eaux est absorbé par l'évaporation f. Avant la formation de la Mer- Morte, on douta long-temps aussi en quel endroit allait se perdre le Jourdain. Mais, d'après les découvertes récentes de Burckhardt, il est à présumer qu'il se déchargeait dans la Mer-Rouge, par son golfe oriental. L'ancien lit du fleuve , courant dans cette direction, mais aujourd'hui comblé par des sables mouvans,est encore visible dans toute son étendue §. A l'endroit où il se jette dans la Mer-Morte, le Jourdain peut avoir environ trente toises de largeur (50 yards ).
* Le docteur Shaw a calculé que le Jourdain roule journellement à la Mer-Morte 0,000,000 de tonnes d'eau, f Voyez Halley, etc.
§ Voyez Appendice, n'\ tt.
De là, suivant la rive droite du fleuve , bordée de saules et d'arbustes qui indiquent son cours en même temps qu'ils cachent presque entièrement ses ondes à la vue, nous arrivâmes, après environ une heure de marche, à l'endroit où, faisant un coude, il se dirige brusquement vers l'ouest. A ce point, il n'a guère que soixante-trois pieds de largeur (20 yards environ), et comme de chaque coté les rives descendent graduellement dans le fleuve, qui, dans cet endroit, est peu profond ( il n'a que 5 pieds d'eau ) , on présume que c'était un des « gués » ou passages ordinaires, dont il est fait mention si fréquemment dans l'Ecriture , le même peut-être qui se trouvait «vis-à-vis de Jéricho » et conduisait à Belhabara % au-delà du Jourdain , où après la tentation de Notre Seigneur, saint Jean administra l'auguste sacrement du baptême. Selon la tradition, c'est l'endroit où passèrent les Israélites, lorsqu'ils entrèrent pour la première fois dans la terre promise, et la place même où Jésus-Christ a été baptisé par saint Jean f .
* Le mot « Belhabara » signifie en hébreu « l'endroit où l'on passe au-dessus. » Je ne pense pas qu'il soit fait mention de ponts dans l'Ecriture.
f Selon les Grecs, l'endroit où Jésus-Christ fut baptisé se
Nous descendîmes de cheval, et nous nous disposâmes à prendre un second bain. Nous le fîmes avec d'autant plus d'empressement et de plaisir, que nous désirions nous débarrasser des particules salines qui adhéraient à notre peau, et s'étaient mêlées avec nos cheveux, après nous être baignés dans la Mer- Morte. Ces particules causaient des douleurs cuisantes à ceux d'entre nous qui , étant récemment restés exposés au soleil, avaient la peau tout excoriée. Je voulus traverser le fleuve; mais le lit en était si caillouteux et le courant si rapide, que j'avais de la peine à me tenir sur mes jambes. Ceux qui essayèrent de nager ( et parmi nous il y avait d'excellens nageurs ) , ne purent lutter long - tem;s contre la rapidité du courant; l'eau les entraîna, et ils ne parvinrent à se dégager qu'en s'accrochant aux brandies des saules qui bordent le fleuve. A cet endroit, l'eau du Jourdain, qui est plutôt chaude que froide, est d'un blanc de souffre ; mais elle n'a ni goût
'.rouve à quelques millc9 plus loin au sud. A l'époque de Pâques, plusieurs milliers de pèlerins, appartenant presque tous au rite grec, viennent se baigner dans le Jourdain, sous la protection du Mulzelim ou gouverneur de Jérusalem et d'une force militaire considérable
m odeur désagréable. Lorsqu'on la met dans un verre, elle perd entièrement cette couleur. — Ce fleuve paraît avoir une double rive. Les bords inférieurs ou ceux de son lit actuel s'élèvent dans ce moment (17 août) de six à huit pieds au-dessus de son niveau. Les rives supérieures sont à quelque distance (peutêtre 30 toises) des rives inférieures. L'espace qui les sépare est couvert de tamarins, de saules, d'oliviers sauvages et autres arbustes qui y croissent naturellement. Ce fourré épais, appelé « l'orgueil du Jourdain,» est aujourd'hui, commeanciennement, nous dit-on, le repaire de plusieurs espèces d'animaux sauvages qui y vivent au bord d'une eau rafraîchissante, loin de l'habitation des hommes, mais sans avoir maintenant à craindre d'en être chassés par les débordemens du Jourdain *. Ce sont, à ce que je pense, des onces, assez communes en Palestine, des loups et des chacals. Mais ces animaux ne nous inspiraient aucune crainte. Ce que nous redoutions réellement, c'était quelque attaque soudaine des
* Celle circonstance a fourni au prophète cette belle allusion : « L'ennemi viendra avec plus de fierté que le Jourdain lorsqu'il déborde; il s'avancera comme un lion contre ces villes si fortes et si belles. » ( Jér. xlix, 19.)
Arabes, pour qui ce bois n'est pas une retraite moins sûre que pour les animaux sauvages. Nous nous attendions à les voir se lever de derrière chaque buisson que nous passions. Au temps de Josué, le Jourdain était sujet à des débordemens périodiques, ce qui n'a plus lieu de nos jours, du moins annuellement. Si les rives extérieures indiquent réellement l'ancienne crue des eaux pendant la saison des pluies ou la fonte des neiges sur le mont Liban, il est difficile de s'expliquer le décroissement actuel du fleuve, à moins qu'on ne suppose qu'il s'est creusé un lit plus profond ou qu'il s'est ouvert une autre issue. Quoi qu'il en soit, c'est encore le fleuve le plus considérable de la Palestine *. Il prend naissance à quelques milles au nord-est de Panéas, plus généralement nommée Caesarea Phi-
* Quoique l'Écriture fasse souvent mention de rivières, le Jourdain est toutefois, à proprement parler, la seule rivière de la Terre-Sainte. Souvent il n'est désigné que par le nom de rivière, sans autre qualification, de même que le Nil, (Gen.xLi,l. — Ex. 1,22. — n, 5.— iv, 9. —vu, 18. — et vin, 3, 9, 11, ) et quelquefois l'Euphrate, comme on le voit dans Jér. xi, 18. — Le sujet de la narration indique, dans ces cas-là, quelle est la rivière dont parlent les écrivains sacrés.
lipi, au pied du mont Hermon, l'une des ramifications de l' Anti-Liban. Sa source apparente sort de derrière un souterrain au fond d'un précipice, dans les côtés duquel on a creusé plusieurs niches où se lisent diverses inscriptions en langue grecque. Pendant quelques heures, son cours n'est qu'un petit ruisseau insignifiant. Après avoir traversé les marais et les fondrières du lac Méron, appelé plus tard Samochonitis, et parcouru un espace d'environ quinze milles, il passe sous la ville de Julias, anciennement Belhsaïda. Là , il se déploie en une belle et large nappe d'eau et prend le nom de lac Tibérias, autrefois Génesareth; et après un cours sinueux d'environ soixante milles à travers une vallée profonde appelée El-Ghor, il se jette dans le lac Asphalite ou Mer-Morte. La totalité de son cours est à peu près de cent trente milles. Sa largeur et sa profondeur ne sont pas les mêmes partout. La première est, terme moyen, d'environ trente yards (90 pieds), et la seconde de trois yards (9 pieds ). Les Arabes le nomment Sheriat-el-Kebir.
Sur la rive gauche du fleuve est une place de débarquement aujourd'hui couverte d'arbres rabougris. C'est probablement l'endroit où fut déposée
8i jKRif.no
l'arche d'à liance orsque les Israélites traversèrent
le fleuve pour se rendre dans la terre de Chanaan. Plusieurs pèlerins de notre caravane coupèrent des branches de saule pour en faire des bâtons: d'autres emplirent d'eau du Jourdain des bouteilles qu'il» avaient apportées avec eux: quelques uns enfin garnirent leurs bissacs de cailloux ramassés dans le lit du fleuve
Des bords du Jourdain . nous retournâmes à Jéricho. 11 était trop tard pour nous rendre à Jérusalem. Il nous fallut donc passer une seconde nuit dans la tour. Comme nous n'avions pas prévu ce retard, nous nous trouvâmes à court de provisions, et il n'était guère possible de réparer ce manque de prévoyance dans le miséTable village où nous étions. Les habitanssont plutôt pasteurs qu'agriculteurs, et tout ce que nous en pûmes obtenir fut un peu de pain noir et de lait aigre.
La nuit précédente notre sommeil avait été troublé par dès cris d6 chacals, qui semblaient partir du ravin au sud de Jéricho. Ce soir donc . vers la brune, prenant nos fusils, nous sommes sortis dans l'intention de leur donner la chasse. Celui de nous qui lira le premier manqu i son coup; mais au même instant cinq à
lÉuicno sô
^i\ animaux ressemblanf a des chacals, effrayés par ki détonation, se levèrent lool-à-coop de diflei endroits et traversèrent la plaine dans la direction du Jourdain.
II est fréquemment fait mention de Jéricho dans
ritnre-Sainte.Ce lut la première \ille enlevée ans Chananéens parJosué, qui la fit raser jusqu'à terre et prononça un terrible anathème contre quiconque tenterait d"en relever les murs. On vit plus lard. sons le régne d Achab. les ell'etsde cette malédiction dans la personne d'HieJ de Bithel, qui avait voulu la rebâtir m Rois, x\. 3V. Dans le partage des terres entre les tribus. Jéricho échut à celle de Benjamin, et fui une des villes spécialement assignées aux prêtres et aux Lévites qui L'habitaient au nombre de douze mille. Elle était également célèbre par Té< des prophètes qui j t-iail établie. Au temps de Noire Seigneur, elle ae le cédait à Jérusalem que aous Le apport de l'étendue el de 1 1 magnificence desédifices. M tntoine, dans l'extravagance de sa passioa pourla
d'Egj pte, donna a celte prim esse i a -ville d îichoavec tout le territoire qui en dépendait. \ espasien . dans le cours de la guerre sanglaote qu'il lit a la
lée, détruisit ses nursel lit passer les hahitans au
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fil de l'épée. Rebâtie par Adrien eu l'an 136 de notre ère, elle éprouva bientôt de nouveaux désastres. Elle, fut réparée par les chrétiens, qui en firent le siège d'unévêché; mais dans le douzième siècle, les infidèles la saccagèrent de nouveau, et depuis lors elle ne s'est jamais relevée de ses ruines. Je ne me rappelle pas d'avoir vu dans tout le cours de mes voyages êtres humains plus misérablement logés et portant sur leurs personnes les marques d'une plus abjecte pauvreté que les tristes et pâles habitans de la moderne Jéricho.
Les environs de cette ville étaient jadis la partie la plus fertile de la Palestine. Ils abondaient en « rosiers » et en palmiers (d'où vient que , dans le Deut. xxxiv, Jéricho est quelquefois nommée la « cité des palmiers »), et produisaient en outre une grande quantité d'opobalsamum ou beaumc de Gilead, aujourd'hui encore si fort estimé dans tout l'Orient. Toutes ces richesses ont maintenant disparu du sol ; et le voyageur qui chercherait la plante bienfaisante pour laquelle cette terre était si célèbre, ainsi que la fleur vulgairement appelée «rose de Jéricho », mais dont la véritable nature a embarrassé tant d'habiles commentateurs, serait également désappointé
DÉSERT D'EN-GEDI. 87
dans 1 un et l'autre cas; car ces deux plantes sont tout-à-fail inconnues aux habitans actuels du pavs.
18 août. — Nous avions le projet de revenir à Jérusalem par le désert d'En-gedi . refuge favori des opprimés de tous les siècles, et où s'élève le célèbre couvent de Sainl-Saba; mais nous ne nous crûmes pas en force suffisante pour nous aventurer dans ces contrées désolées. Rien n'est, dit-on, plus affreusement solitaire que la situation de ce couvent, bàli dans un ravin de plusieurs centaines de pieds de profondeur, où le Kédrou s'est creusé un lit, qui, à la vérité, est à sec la plus grande partie de l'année. iNous reprîmes donc la route par laquelle nous étions venus, et nous rentrâmes au couvent latin après un peu plus de six heures, et demie de marche. La différence de temps que nous mimes en retournant a Jérusalem doit être attribuée à la difficulté de la roule, qui, à partir de la plaine de Jéricho jusqu'à la Cité Sainte, monte continuellement pondant un espace d'environ dix-neuf milles*.
En venant du midi, lorsqu'on tourne autour du village de Béthanie, la vue de Jérusalem est tout à
Un homme qui descendait de Jérusalem en Jéricho, etc. » St. Lnc, \, 30.