‹ Voyage en Palestine et en Syrie (volume 2)Chapitre 65 sur 144 · MONT DU MAUVAIS CONSEIL · texte numérisé non relu

MONT DU MAUVAIS CONSEIL

Au midi, et précisément en face du mont Sion5 e9t un tertre que couvrent quelques ruines. Selon notre guide, ce sont celles de la maison de campagne de Caïphe. On nomme cet endroit le mont du Mauvais Conseil, parce que ce fut là que « les prêtres» les scribes et les Pharisiens tinrent conseil contre Jésus pour le faire mourir. » ( St. Luc, xvn, 2.) C'est une espèce de tertre raboteux, peu élevé et plat, qui termine la montagne située au sud-ouest de Jérusalem, mais qui ne forme pas toutefois une colline distincte.

En suivant le cours du ravin, dans la direction de l'ouest , nous arrivâmes bientôt à d'anciens sépulcres creusés dans le roc. Ce sont vraisemblablement ceux de la « cité de David, » dont il est fait mention dans Néhém. in, 16. On y remarque quelques inscriptions en hébreu et en grec, ainsi que plusieurs portraits de saints, aujourd'hui presque entièrement effacés.

Cette vallée est fameuse par le culte idolâtre et inhumain qu'on y rendait à Moloch , divinité abominable à laquelle les parens sacrifiaient fréquemment leurs enfans, en les faisant passer par le feu. (iv Rois, xxin, 10; ii Chron., xxvm, 3.) Afin d'é-

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touffer les cris déchirans de ces malheureux eufans ainsi sacrifiés, on jouait d'un instrument de musique, appelé Tuph en hébreu; d'où vient que le lieu où les victimes étaient brûlées fut nommé Tophet. Après leur retour de la captivité, les Juifs eurent ce lieu en horreur, à cause des abominations qui s'y étaient commises; et suivant l'exemple de Josias (ivRois, xxin, 10), ils en firent le réceptacle de toutes sortes d'immondices, et y jetèrent les carcasses des animaux et les cadavres des malfaiteurs. Pour prévenir la peste que ces matières ainsi amoncelées auraient pu occasioner , si on les eût laissées se corrompre d'elles-mêmes , on les faisait consumer par des feux qu'on entretenait constamment allumés dans la vallée; de là lui vient le nom de Gehenna*.

Sur une langue étroite de terre, à mi-côte de la montagne, s'élevaient les restes d'un long bâtiment carré, creusé en partie dans le roc et couvert aulre-

* Teew*. Par une métaphore facile, les Juifs, qui ne concevaient aucun supplice plus cruel que le feu, donnèrent ce nom au feu de l'enfer, à cette partie d'AJV ou Monde invisible, où ils supposaient que les démons ainsi que les âmes des médians brûlaient éternellement dans le feu.

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fois d'une voûte eu maçonnerie, mais qui est aujourd'hui sans toilure et comblé de pierres. Ce bâtiment se trouve dansée qu'on appelie l'Hakeldama on « le champ du sang » (Act. i. 49), ainsi appelé parce que c'est celui que les principaux d'entre les prêtres achetèrent du potier, avec l'argent que leur rendit Judas repentant, comme s'il l'eût regardé comme le prix du sang innocent. Il était destiné par eux à kt sépulture des étrangers. C'est probablement là le bâtiment dont parle Maundrel , comme servant de charnier aux Arméniens, et où l'on jetait les cadavres par des trous pratiqués daus la voûte. Mais il paraît qu'il n'a plus aujourd'hui la même destination, car il est entièrement abandonné. C'est de là qu'on tira la terre qui fut transportée à Campo Santo, à Pise, sur des navires, parce qu'on lui supposait la vertu que la chaux a de consumer les corps en vingt-quatre heures*. On nommait aussi cet endroit le champ des foulonniers, parce que les gens de

* Au temps des Hébreux, la poussière même de la Terre d'Israël passait pour posséder une telle vertu de sainteté, que, quand ils revenaient de quelque pays étranger, ils s'arrêtaient sur ses limites, afin de secouer la poussière de leur chaussure, de crainte que celle-ci n'en souillât la sainteté.

cet état y faisaient sécher leurs draps. — Selon la tradition, c'est sur le sommet d'une montagne, à l'ouest , que le disciple apostat qui trahit le Sauveur se donna une mort violente. ( Saint Math. xxvii, 5. )

Au point précis où la vallée d'Ennon et celle du village deSiloan se rencontrent, nous arrivâmes à un puits appelé le « puits de Néhémie. » On prétend que c'est l'endroit où ce restaurateur d'Israël, après la captivité de Babylone, recouvra le feu sacré de l'autel. (2Mach. i, 1.)

De là nous gravîmes les flancs escarpés du mont Sion et nous rentrâmes dans la ville par la porte de ce nom. La terre est retenue par des murs peu élevés; elle avait été fraîchement remuée par la charrue. Le sol paraît être un mélange de gravier , de chaux et d'argile , assez semblable à la terre qu'on trouve dans les fondations d'anciennes villes. Ainsi s'est vérifiée cette prophétie concernant Sion : « C'est pour cela même que vous serez cause que Sion sera labourée comme un champ; que Jérusalem sera réduite en un monceau de pierres, et la montagne du temple on une immense forêt. » (Mich. m, 12.) Quelques oliviers sauvages croissent çà et là sur ses lianes.

La vallée de Millo s'étend de la racine de ce mont jusqu'au pied de la montagne du Temple, et quoiqu'elle ait été comblée par David et Salomon, on peut encore aujourd'hui en reconnaître la situation.

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