‹ Voyage en Palestine et en Syrie (volume 2)Chapitre 84 sur 144 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Départ de Jérusalem. — Nous prenons congé des moines. — Dernière promenade autour de la ville. — La Jérusalem de l'Écriture. — La ville moderne. — Description de la roule de Nazareth qui passe par Nablous. — Shichem ou Sychar. — Monts Hébal et Garisim. — Nablous. — Puits de Jacob. — ; Sabouste, l'ancienne Samarie. — Djenin, l'ancienne Jezrcel. — Couvent de Saint-Jean dans le Désert. — Couvent de la Sainte-Croix. — Ancienne fertilité de la Judée. — Son aspect actuel. — Lydda. — Tombeau de saint George. — Nous revenons à Kamla — Soirée passée avec le père Tomaso.

Jérusalem , 27 août. — Après avoir vu tout ce que Jérusalem et ses environs offrent de plus remarquable, nous partîmes dans l'après-midi pour retourner à la côte. Avant notre départ, nous allâmes rendre visite aux supérieurs du couvent pour leur faire nos adieux et les remercier de l'hospitalité qu'ils nous avaient accordée, avant préalablement eu soin de

leur envoyer par le drogman une somme suffisante C. 12

pour les défrayer des dépenses que nous leur avions occasionées. Il est d'usage en pareil cas de n'exiger aucune rétribution ; chaque voyageur paie selon ses moyens. Dans les temps primitifs, lorsque Jéhovah choisit Jérusalem pour en faire sa demeure et le lieu où devait s'élever son temple, cette ville fut considérée comme la métropole de la Judée, et comme la propriété commune des enfans d'Israël. De là vient que les maisons ne se louaient pas, et que tout Juif étranger pouvait y réclamer le logement gratis par droit d'hospitalité. Aujourd'hui même il en est encore ainsi. Tous les chrétiens , quelle que soit d'ailleurs la nation à laquelle ils appartiennent, sont également bien accueillis, pourvu que leur vovage ait un motif religieux ; et si, en partant , ils n'ont pas les moyens de reconnaître l'hospitalité qu'on leur a accordée, les adieux de leur hôte n'en sont pas pour cela moins cordials et sincères. Les Pères latins nous ayant remis des lettres de recommandation pour les supérieurs des autres établissemens de la Terre- Sainte, nous primes congé d'eux, et nous nous retirâmes.

Pendant que nos domestiques s'occupaient à tout disposer pour notre départ, nous fîmes une dernière

fois le tour de la cilé sainte, en suivant la ligne des murs extérieurs. — On ne connaît rien concernant les fortifications de Jérusalem, antérieurement à la destruction totale de cette ville par les Chaldéens. Après leur retour de la captivité de Babylonne, les juifs rebâtirent Jérusalem, et l'on peut lire dans Phistoire de sa reconstruction quelle était la direction des murs, ainsi que le nom et remplacement des portes qui s'y trouvaient. Dans l'intervalle de temps qui s'écoula entre sa première destruction par Nabuchodonosor et la seconde par Titus, Jérusalem fut prise quatre fois sans être rasée ; savoir : par Shislack, roi d'Egypte, qui y commît des ravages dont elle ne se releva jamais entièrement; par Antiochus, surnommé Epiphanes; par Pompée, qui rendit les Juifs tributaires de Rome , et par Hérode, avec une armée romaine sous les ordres de Sosius. On lit dans Josèpbe qu'avant les guerres funestes des Juifs contre les Romains, Jérusalem était bâtie sur deux collines situées en face l'une de l'autre, et séparées entre elles nar une vallée. Sur la plus élevée (Sion) élait bâtie la « ville haute,» et sur l'autre, appelée Acra, était la « ville basse,» qui parait avoir été la partie la plus considérable de la cilé.

Par vallée, il faut sans doute entendre cette espèce de bas-fond où se trouve aujourd'hui le quartier des Juifs, car la hauteur relative d'une montagne audeasuâ de l'autre n'est pas tics-grande. Il existait encore une troisième colline moins haute qu'Acra, et qui était séparée de celle-ci par un large vallon qui fut comblé plus lard, afin de renfermer le Temple dans l'enceinte de la ville. Comme la population augmentait chaque jour et que la cité s'étendait hors de ses anciennes limites, Agrippa y réunit une quatrième colline qui était siluée au nord du Temple, et qu'on appelait Bezelha. De cette manière Jérusalem se trouva considérablement agrandie. A cette époque, sa circonférence totale était d'environ quatre milles et demi. Aujourd'hui il ne reste rien des murs décrits par Josèphc; mais le site de l'ancienne ville est indiqué d'une manière si précise vers les trois côtés où se trouvent les ravins qui lui servent délimites naturelles, qu'à l'exception de son étendue dans la direction du nord, il ne peut y avoir aucune difficulté à cet égard. Le seul point de controverse qui existe entre ceux qui veulent admettre la tradition et ceux qui semblent disposés à la rejeter, c'est de savoir si le mont Calvaire actuel était ou n'était

pas renfermé dans l'enceinte des murs de la ville. L'historien Josèphe dit que le mur occidental ne s'étendait au nord que jusqu'à la tour Psephina. et qu'à partir de là, il se prolongeait à l'est, en faisant un circuit. Si l'on admet donc que la tour, remplacée aujourd'hui par la citadelle gothique bâlie près de la porte de Bethléhem, formait l'angle nord-ouest de la ville, et que le mur, en se prolongeant, décrivait une légère courbe à l'est, on peut concevoir aisément comment il se faisait que le mont Calvaire se trouvait hors de la ville, sans que pour cela Jérusalem perdit rien de cette forme compacte auquel le Psalmisle fait allusion. Sa forme primitive parait avoir été celle d'un carré oblong, forme qui est encore à peu près la sienne aujourd'hui, bien que la ville ait beaucoup perdu de son étendue. Après la destruction de Jérusalem par Titus, l'empereur Adrien bâtit une nouvelle ville su* une partie de l'emplacement occupé par l'ancienne cité. 11 la nomma /Eli a Capitolina. Conslanlin-le- Grand l'augmenta considérablement et lui rendit son premier nom *. Mais depuis sa destruction par les Romains, elle n'a jamais été gouvernée par les Juifs, et

* Voyez Appendice, a° 24.

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