‹ Voyage en Palestine et en Syrie (volume 2)Chapitre 83 sur 144 · BETHLÉHEM · texte numérisé non relu

BETHLÉHEM

pays pour donner à manger aux besliaux et particulièrement aux bœufs de labour. En face de celle crècbe est l'autel des Mages.

En retournant à la chapelle des Saints-lnnocens dont j'ai déjà parlé, et presque en face de cette chapelle, on trouve une chambre funéraire où sont deux autels. Celui de gauche couvre les tombes de Paola, dame Romaine, et d'Eutachia sa fille, qui, après avoir vécu trois années à Bethléhem, y moururent en odeur de sainteté. Le monastère actuel, ainsi qu'un couvent de religieuses, mais qui aujourd'hui a reçu une autre destination, sont les témoignages que cette dame a laissés de sa magnificence. Elle fonda aussi un hospice pour les étrangers. Ces diverses preuves de sa piété se trouvent rapportées dans Saint - Jérôme. Dans le ive siècle, ce grand écrivain de l'Eglise, s'élant rendu en pèlerinage à Bethléhem. fut tellement frappé de la distinction particulière que Noire-Seigneur avait accordée à cette ville, que, bien qu'elle ne fût plus alors qu'un pauvre village sans ressources *, il s'y fixa et y demeura jusqu'au jour de sa morl,

* « Toi, Belhléheiu Ephratba, quoique lu sois pelile cuire toutes les villes de Jnda. » iGén. x,19; xv, 9; xvn, 0 ; ji, Sam. vu, 12.}

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ayant alors alleint le grand âge de qualre-vingtonze ans. Son tombeau est dans un renfoncement tout près de là. La cellule qu'il occupait se trouve à gauche. C'est dans celte cellule que, retiré du monde, il s'appliqua pendant cinquante ans à l'étude des saintes Ecritures, jusqu'alors écrites en hébreu et en chaldéen. Le résultat de ses savantes méditations fut cette traduction de la Bible en latin, communément appelée la Vulgale. Près de son tombeau on montre également celui de saint Eusèbe, qui l'aida dans ses travaux.

De là nous remontâmes l'escalier pour aller visiter la grande église , appelée Santa Maria di Bethlehem. Sa forme est celle d'une croix latine. La nef est partagée en ailes par quarante colonnes de marbre d'ordre corinthien, placées sur deux lignes de chaque côté. Ces colonnes , dont les fûts sont d'une seule pièce, ont deux pieds et demi de diamètre et dixhuit de hauteur, y compris le chapiteau. La distance entre chaque rang de colonnes est d'environ trente pieds, et celle des entrecolonnemens, de sept. Le toit qu'elles étaient destinées à supporter semble avoir été en partie détruit, ou n'avoir jamais été achevé; car il est en bois, ainsi que l'architrave et l'entablement. J'incline cependant pour la dernière

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de ces suppositions, car il est commencé sur un plan trop dispendieux pour les faibles ressources du pays. Le pavé était originairement en marbres précieux, et les murs, à la hauteur de la toiture, étaient intérieurement ornés de belles mosaïques. Les marbres ont été enlevés et transportés dans la grande mosquée de Jérusalem ; les mosaïques se sont dégradées faute d'entretien, ou ont été en partie détruites par les infidèles. La nef est séparée des trois autres branches de la croix par un mur, dans le milieu duquel on a percé une porte; de sorte que l'unité de l'édifice est détruite. Aujourd'hui celte église n'a plus aucune destination religieuse. Un voyageur du seizième siècle rapporte qu'à son arrivée à Belhléhem , il trouva cette partie du monastère occupée par le scheik du village : c'était sans doute pour se mettre à l'abri des violences de ses sujets rebelles qu'il avait choisi ce vaste logement pour lui et son harem. Dans d'autres circonstances, les habitans y ont trouvé un asile sur contre la tyrannie de leurs chefs. Et vraiment le couvent , protégé comme il l'est par ses murailles épaisses , peut résister à toute attaque qui ne serait pas soutenue par de l 'artillerie. Le chœur, situé à l'orient, ainsi que les deux branches de Côté, se terminent en fer à cheval <>t sont

voûtés à leur extrémité. On n'y voit rien de remarquable. De chaque côté du maitre-autel est un escalier qui conduit à la chapelle de la Nativité que je viens de décrire.

Bethléhem, 24 août. — Nous avons employé cette après-midi à faire une excursion aux trois immenses réservoirs connus sous le nom de Piscines de Salomon. Ils sont situés à l'extrémité sud d'une vallée étroite et isolée, qui se trouve à une heure environ au midi de Bethléhem. En sortant du couvent, nous trouvâmes à la porte une foule de Bethléhémites qui nous assaillirent à la lettre de leurs marchandises, consistant en chapelets, eu crucifix et en ouvrages de nacre représentant des sujets religieux. La plupart des habilans sont catholiques. Ils paraissent être une race hardie et robuste, et peu disposés à se soumettre servilement aux Turcs ou aux Arabes. On prétend qu'ils sont d'un caractère inquiet et remuant. Lorsqu'on leur impose de nouvelles taxes ou qu'ils croient avoir quelque sujet de plainte, mahomélans et chrétiens s'unissent contre leurs oppresseurs, et malheur alors à leurs ennemis.

Un demi-mille environ avant d'arriver aux Piscines, nous traversâmes une vallée étroite et rocailleuse? enfermée de chaque côté par des montagnes

escarpées. Un charmant ruisseau serpente dans le milieu et arrose dans son cours quelques vergers et plusieurs plantations. C'est le lieu que l'on indique comme étant les Deliciœ Salomonœ, autrement « le jardin fermé » où Salomon se retirait ordinairement. « Je me suis fait des jardins et des clos où j'ai planté toutes sortes d'arbres fruitiers : je me suis fait faire des réservoirs d'eau pour arroser les plans des jeunes arbres, etc. » (Ecclés. h, 5, 6.)

Les piscines ou réservoirs que l'on attribue à Salomon , 01s et successeur de David (et leur air d'antiquité confirme en quelque sorte la vérité de celle assertion), sont au nombre de trois. Ces citernes, qui ont la forme d'un carré oblong, sont en partie creusées dans le roc vif et en partie construites en maçonnerie ; le tout est revêtu d'une couche épaisse de plaire. Elles sont placées sur un terrain incliné, de manière que l'eau du bassin supérieur tombe dans celui au-dessous, et l'eau du second bassin dans le troisième. Le réservoir à l'ouest est le plus rapproché de la source du ruisseau qui fournil l'eau ; sa longueur est d'environ quatre cent quatre- vingts pieds. Le second a environ six cents pieds de longueur, cl le troisième à peu près six cent soixante ; tous trois ont approximativement une largeur d'environ deux cent

soixante-dix pieds et peuvent contenir une grande quantité d'eau qu'un petit acquéduc conduit à Jérusalem. Cet aqueduc est bâti sur fondement de pierre. L'eau passe dans des tuyaux de terre cuite, d'environ dix pouces de diamètre, qui sont enfermés entre deux pierres creusées intérieurement pour les recevoir; ces pierres sont recouvertes d'autres pierres non taillées, mais parfaitement liées entre elles avec du ciment. Du côté de la montagne, autour de laquelle il tourne, cet aqueduc est tellement enfoncé sous terre, que, dans plusieurs endroits, on ne l'aperçoit pas.

La fontaine qui fournit en partie l'eau des réservoirs est éloignée de ceux-ci d'environ cent quarante pas. On arrive à sa source par un escalier qui conduit à une chambre voûtée longue de quarante-cinq pieds et large de vingt-quatre; tout à côté est une autre pièce un peu plus petite : toutes deux sont fermées par de magnifiques arches en pierre, qui paraissent d'une haute antiquité. L'eau sort de trois ou quatre sources différentes, et se rend dans une espèce de bassin d'où elle passe dans les réservoirs par un large conduit souterrain. On croit que c'est la fontaine Signatus « ou fontaine Scellée, » à laquelle Salomon compare sa fiancée. (Voir Salom.Cant.iv, 12.)

A quelques centaines de pas de là, au nord du ré-

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servoir supérieur, on trouve un vaste kan fortifié, ou earavenserail, dont les fenêtres ouvrent sur une cour intérieure. A en juger par son étendue et la solidité de sa construction, il a été évidemment bâti à une époque où le pays situé au midi de Jérusalem était plus fréquenté qu'il ne l'est aujourd'hui; car aucune de ses chambres ne nous parut avoir été habitée depuis long-temps. Aujourd'hui la seule ville importante de la Judée que l'on rencontre dans celte direction est Hébron, autrefois Arba et Herjath-Arba, située à environ vingt-sept milles sud-ouest de Jérusalem, et l'une des plus anciennes villes du monde- Après s'être séparé de Lot, Abraham vint demeurer dans la plaine de Mambré, près d'Hébron, et acheta un champ avec la caverne qui y était, afin d'y avoir son sépulcre. Outre Abraham et Sara, son fils Isaac, son petit-fils Jacob, avec leurs femmes Rébecca et Léah, ainsi que son arrière-petit-fils, y furent également enterrés. L'impératrice Hélène fit élever sur leurs tombeaux une magnifique église; mais depuis long-temps les Turcs en ont fait une mosquée, et personne autre qu'un mahométan ne peut y entrer. Le faux Ali- Bey, qui le visita en 1807. a donné une description détaillée de son intérieur. Les salles qui contiennent les sépulcres sont couvertes de ricbes lapis;

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l'entrée est protégée par des grilles en fer, et par des portes en bois plaquées d'argent, avec des verroux et des serrures de même métal. Plus de cent personnes sont employées au service du temple. Hébron se nomme aujourd'hui El-Khalil «la Bien- Aimée,» nom sous lequel Abraham est connu en Orient. Elle compte environ cinq mille habitans, et a dans sa dépendance quinze ou seize petits villages, dans l'intervalle desquels plusieurs tribus d'Arabes nomades vivent paisiblement sous des tentes.

Vingt milles au sud d'Hébron était Béersheba,«le Puits du Serment, ou le Puits des Sept, » parce que ce fut là qu'Abraham contracta alliance avec Àbimélech, roi de Gerar, auquel il donna sept jeunes agneaux en témoignage du pacte qu'ils avaient juré. (Gén. xxi, 28.) Du temps de Jérôme et d'Eusèbe, les Romains y entretenaient une garnison. Les limites de la Terre-Sainte sont souvent indiquées dans l'Ecriture par ces mots : « de Dan à Béersheba; » la première de ces villes marquait la frontière septentrionale, la seconde la frontière méridionale de la Judée du côté de Tldumée ou d'Idom *.

* « L'Idumée, à laquelle on a donné plus lard le nom d'Arabie Pélrée, à cause de la nature pierreuse de son sol. fui le

176 NOUS RETOURNONS A BETIILÉIIEM.

Nous aurions bien désiré d'aller au moins jusqu'à Hébron; mais les Belhléhémites qui formaient notre escorte étant en mésintelligence avec les habitans de cette ville, ce voyage nous parut dangereux : nous retournâmes donc au couvent de Betbléhem.

Comme il est rare que les étrangers s'arrêtent ici plus de deux ou trois jours, on ne leur donne pas de cellules séparées , ainsi qu'on le fait dans les autres couvens. Le soir, le réfectoire est converti en dortoir; à cet effet, l'on place des matelas sur les divans adossés le long des murs : ce fut ainsi que nous passâmes la nuit.

berceau du genre humain. C'est là que les arts et les sciences furent d'abord cultivés; là que de grandes entreprises commerciales furent tentées avec succès, avant même que les marchands de Tyr et de Sidon songeassent à devenir autre chose que de pauvres pêcheurs; là que le vrai Dieu fut adoré, et que ses œuvres furent célébrées dans un langage qui n'a pas encore été égalé, alors que les Juifs gémissaient dans l'esclavage, et que l'idolâtrie et l'ignorance régnaient partout ailleurs. Mais une malédiction terrible a été prononcée contre cette terre autrefois si favorisée; du plus haut point de prospérité humaine, elle a été condamnée à tomber dans l'état de la plus abjecte misère, état d'abaissement dont elle ne se relèvera jamais. » Laborde, Tanslalor's préface.

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