LA CITÉ MODERNE
et forme de ce côté les limites nord. L'enceinte de la ville n'a pas aujourd'hui plus de deux milles et demi de circonférence. On y entre par cinq portes. Celle de l'ouest est appelée la porte de Jaffa ou de Bethléhem, parce que c'est de là que part la route qui conduit à ces deux endroits. Celle qui est au nord conduit à Damas; on l'appelle en conséquence Bab-es-Sham, ou la porte de Damas. La troisième ouvre du côté du ravin à l'est; on la nomme la porte Saint-Etienne : elle est en face du mont des Oliviers. Dans le milieu environ du mur se trouve la porte Sainte ou porte Dorée , qui conduit à la mosquée d'Omar r elle est aujourd'hui murée, parce qu'un préjugé superstitieux répandu chez les musulmans leur fait croire que c'est par cette porte qu'entreront les ennemis qui doivent effectuer leur ruine. Celte croyance doit vraisemblablement son origine à la tradition qui veut que ce soit par cette porte, ou, pour mieux dire, par celle qui se trouvait là, que Notre Seigneur fit son entrée triomphale dans Jérusalem. Du côté méridional, il existe deux portes, l'une que l'on nomme la porte de Sion ou porte du prophète David ; l'autre, plus petite, par où peuvent seulement passer les piétons, appelée autrefois la porte du Fumier.
Vers Yasr*i tout étant prêt pour notre départ, nous montâmes à cheval, et sortant par la porte de Jaffa, nous dîmes un dernier adieu à la ville Sainte. Les voyageurs qui se rendent à Nazareth, mais plus particulièrement les pèlerins, prennent ordinairement la route directe qui passe à Nablous et traverse la plaine d'Esdraélon. Le premier objet intéressant qu'on trouve sur cette route est Béer, située à trois heures et demie de Jérusalem. On croit que c'est l'ancienne Micmas de l'Écriture (i, Sam. I, 5, 14.) Son nom moderne lui vient d'un mol arabe qui signifie «puits ». 11 y en a effectivement un tout près de là, au bas de la montagne sur laquelle la ville est située. C'est là que se retira Jotham fuyant la vengeance de son frère Abimélec (Jug. ix, 21). On suppose également que c'est l'endroit même où les parens de Jésus, revenant de faire la Pâque, s'aperçurent que leur enfant, « alors âgé de douze ans, » était resté à Jérusalem, et retournant sur leurs pas, ils « le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et leur proposant des ques-
* Division tle temps qui, dans les pajsmahomélans, correspond à trois heures de l'après-midi.
S1CHEM OU SYCHAR. 185
tions. » A quelque distance de Béer, on trouve deux routes qui se croisent : celle de droite conduit à Nablous. A huit heures de Jérusalem, on voit les ruines d'un caravansérail (khan Leban), ainsi appelé à cause du village de ce nom, situé « dans une vallée délicieuse. » Maundrell, qui le désigne ainsi, dit : « Ou le khan ou le village occupe le site de l'ancienne Lebna dont il est fait mention dans les Juges, xi, 19.» Quelque part dans les environs (l'endroit précis est inconnu — « Ne cherchez pas Bethel, Belhel sera réduite à rien » ) était Bethel, ou la maison de Dieu, nom qui lui fut donné par le patriarche Jacob, après sa mémorable vision rapportée dans la Genèse xxxm, 12, 19. A trente-quatre milles de Jérusalem, dans la direction du nord, se trouve Nablous (corruption de Neapolis ou ville Neuve), la Shichem de l'ancien Testament et la Sychar du nouveau, l'une des plus anciennes cités de la Palestine, et jadis capitale de la Samarie. Elle est agréablement située dans une vallée étroite, entre le mont Hébal et le mont Garisim, ayant le premier au nord et le second au midi. Ces deux montagnes sont de même hauteur et ont environ six cents pieds d'élévation. Ni l'une ni l'autre n'est cultivée ; mais celle de Garisim est la
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plus agréable des deux. « Ce fut là, dit un voyageur moderne, qu'eut lieu la touchante cérémonie prescrite par Moïse, exécutée par Josué, mais qui n'a plus été répétée depuis lors. Six des tribus se tenant debout près du mont Garisim bénirent le peuple, tandis que les six autres, placées sur le mont Hébal, le maudirent. Josué lut toutes les paroles de la lof, et les Lévites répétèrent à haute voix les bénédictions et les malédictions, auxquelles le peuple dit : Amen * ! 11 eût été difficile de choisir un lieu plus convenable pour une pareille cérémonie. Les deux montagnes sont à une distance telle l'une de l'autre, que les enfans d'Israël pouvaient se tenir dans l'espace compris entre elles , et qu'il était facile à la foule assemblée, pendant un jour calme, d'entendre la voix de l'un et de l'autre côté. Ce dut être un spectacle vraiment imposant. Qu'on se figure eu effet l'arche d'alliance placée au centre et entourée des anciens, des officiers et des juges, ayant le vénérable Josué à leur tète ; chaque tribu avec sa bannière particulière placée dans Tordre que Dieu lui avait assigné, et qu'elle devait occuper pour la
* Josué, vin, 33, 34. — Deut. xxvii, 1 l.
SAMARITAINS DE NÀBLOUS. 187
dernière fois; tout le peuple d'Israël s'élendant à perle de vue comme une immense et épaisse phalange. 11 ne faut pas non plus oublier que chaque individu de celte vaste multitude avait tout récemment été témoin de plusieurs miracles éclatans, opérés en leur faveur — la chute des murs de Jéricho et la séparation des eaux du Jourdain ; — aussi, lorsque hommes, femmes, enfans et é! rangers, se rappelant ces souvenirs, répétèrent d'une voix unanime : <f Amen ! » ce cri dut retentir avec une imposante sublimité sur ces montagnes, et s'élever majestueusement vers le ciel. Ce serait une belle scène pour le; pinceau de Martin. » — « On trouve encore à INablous un petit nombre de Samaritains qui adorent Dieu sur cette montagne, et qui sont restés fidèles à la foi de leurs pères. Us observent religieusement les préceptes de la loi qu'ils reconnaissent, et attendenl l'arrivée d'un Messie. Selon leur version du Penlateuque, version adoptée par Kennicot, c'est sur le mont Garisim et non sur le mont Hébal que Josué éleva l'autel sacré: ils se rendent à certaines époques de l'année au lieu où ils supposent qu'était le Temple, afin d'y accomplir différens actes de dévotion. Leur synagogue est simple, mais propre, et entre
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autres livres anciens, ils possèdent une copie du Penlaleuque, pour laquelle ils ont une vénération toute particulière : ils affirme ni qu'elle fut écrite de la main même du petit-fils d'Aaron. Ils croient qu'il y a un grand nombre de Samaritains établis en Angleterre et dans plusieurs autres contrées de l'Europe. On trouve aussi quelques familles juives qui demeurent dans une petite cour , près du bazar *. « La ville moderne de Nablous se compose de deux longues rues qui occupent le milieu de la vallée : ces rues sont traversées de plusieurs autres petites qui les coupent, pour la plupart, à angles droits. On prétend qu'elle renferme une [ opulalion nombreuse, et qu'elle est dans une situation florissante. Les environs sont très-bien cultivés. Les habitans sont gouvernés par des magistrats qu'Us élisent eux-mêmes, mais dont la nomination doit être confirmée par le pacba de Damas, dans la juridiction territoriale duquel la ville est située. On n'y trouve aucune antiquité; mais on montre enrôle aux voyageurs les sépulcres où furent déposés les restes du patriarche Joseph, du grand-
* Hardy 's Notices ol the Holr-Land.