‹ Voyage en Palestine et en Syrie (volume 2)Chapitre 99 sur 144 · FOI RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

FOI RELIGIEUSE

le grand nombre de tropes et de figures qu'offrent leurs écrits (expressions figurées que l'ardente imagination des orientaux leur fournit en abondance ) rend plusieurs passages du texte obscurs et embarrassans pour toute personne qui ne connaît pas les lieux et qui n'est pas au fait des usages du pays auquel ils ont rapport. Toutefois, comme ces formes extérieures et ces usages ont subi peu de modification, un vaste champ est encore ouvert aux recherches de l'écrivain biblique qui visiterait la Terre-Sainte. Presque à chaque pas, et pour ainsi dire dans chacun des usages ordinaires de la vie, il trouverait la confirmation de ce que disent les Saintes Ecritures : il lui suffirait pour cela de comparer le texte avec ce qui serait sous ses yeux. Tout en me félicitant de ma bonne fortune qui m'a permis de visiter ces lieux, je ne puis m'empêcher d'éprouver le regret amer que mes faibles pouvoirs d'observation ne m'aient pas permis d'ajouter à la somme de connaissances qu'on possède déjà sur cet intéressant sujet. Toutefois, mon témoignage pourra peut-être aider à confirmer la vérité de ce qui a été dit sur ce sujet.

29 août. — Aussitôt après le service divin je parlis pour Jaffa. La matinée était belle ; une brise de

mer tempérait délicieusement la chaleur de l'atmosphère. J'étais seul, et je pouvais par conséquent me livrer en toute liberté aux doux souvenirs que réveillaient en moi les objets qui s'offraient à ma vue, le long de la route.

La plaine dans cet endroit est légèrement ondulée et entièrement ouverte : on n'y voit ni murs ni haies. Ça et là on apercevait quelques laboureurs occupés à leurs travaux. La charrue dont ils font usage est d'une construction très-simple ; elle est si légère qu'un homme peut aisément la porter dans ses bras ; le soc est en bois et ferré par le bout; elle n'a qu'une flèche, traversée dans le haut par un petit morceau de bois semblable à la main d'une bêche et dont le laboureur se sert pour la diriger. Avec une pareille charrue le laboureur est dans la nécessité de peser dessus de tout son poids, afin de la faire pénétrer dans le sol, sans quoi elle glisserait à la surface; les sillons sont nécessairement fort creux; mais quoique longs ils sont très-droits. À cette charrue est attelée une vache, quelquefois deux, d'autrefois un seul âne. Pour diriger ces animaux, on se sert d'un aiguillon de huit ou dix pieds de longueur, ferré par le bout d'une pointe en fer ; à l'autre bout de l'aiguillon est

attachée une petite bêche qui sert à nettoyer la charme de la terre qui l'embarrasse quelquefois. Avec une machine de cette espèce, il est facile à un seul homme de conduire tout à la fois les bœufs et de diriger la charrue.

En approchant de Jafla, on voit de chaque côté de la route d'immenses couches de melons d'eau. Comme ces fruits étaient mûrs dans ce moment, ils étaient gardés par des hommes armés qui se tenaient sous des hangars qu'on avait construit temporairement pour cela*. On les appelle ici pastèques ; ils sont fort estimés dans tout le Levant; et vraiment, il faut avoir goûté de ce fruit délicieux pour se former une juste idée de sa bonté. Indépendamment de sa saveur particulière, une tranche de melon, lorsqu'on vient de la retirer de la cave, est tout aussi rafraîchissante qu'un verre d'eau glacé, sans avoir les inconvéniens de celui-ci lorsqu'on a chaud. Ces pastèques sont une production toute particulière à ce canton, et on prétend qu'ils s'abâtardissent lorsqu'on les transplante ailleurs. On en envoie en présent dans

* « Et la fille de Sion est abandonnée comme une garde nu milieu d'un jardin de melons. » (Isaïe, i, 8.)

les différentes parties du pays, et afin d'éviter toute erreur, on a soin décrire avec la pointe d'un couteau sur une des côtes du fruit le nom de la personne à laquelle ils sont destinés.

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