‹ Voyage en Palestine et en SyrieChapitre 42 sur 68 · UN 11BPA9 DR NUIT · texte numérisé non relu

UN 11BPA9 DR NUIT

tâmes à un eamp arabe, oû nonseûniès la satisfaction de D0U8 chauffer à un bon feu de broussailles qu'on avait ramassées dans le voisinage. La réflexion de la lumière sur les traits basanés et les yeux élincelans des Bédouins, enveloppés dans leurs manteaux et groupés autour du feu, faisait l'effet le plus pitloresqne qu'on puisse imaginer, et aurait pn nous fournir le sujet d'un joli croquis, si leur préjugé, bien connu sur ce point, ne nous eût empédiés de faire Pcssai de dos talens. Nous déjcùnâmes avec du ftita : c'est une pâte £ûte de forine sans levain et d'eau que l'on fait cuire dans les cendres de fumier de chameau, et à laquelle on mêle un peu de beurre. Nous trouvâmes ce mets excessivement fade, mais nous étions trop affamés pour le refuser.

13 novembre^ — Au point du jour, le Kalaat*ez- Zerka, une des stations du fiadj de Syrie (la sixième depuis Damas), se montra soudain à notre vue, occupant une position élevée sur la droite, et bientôt après nous découvrîmes le Nahr->ez-Zerka, le Jabbock de l'Ecriture. Ses eaux se réunissent d'abord au sud du Djebel Uaourau^ là, il entre dans le Djebel

Belka, et après avoir serpenté à travers les wadjs, h. 15

m PAYS DBS AMMOiriTBS.

dans la direetion de l'ouest» il se jette enfio dans

le Sheriat-el-Kebir (le Jourdain). A L'endroit où nous rapencftoies» ce n'était qu'un triste ruisseau encaissé dans des roseaux, mais ses eaux sont limpides et de bon goûU

Au midi du Zcrka commence le pajs anciennement babité par le peuple appelé Ammonites» pays, à cette époque» aussi remarquable par ses riches productions que par le nombre et ia force des villes qui «eoufrafent sa snrfoee. Aujourd'hui, c'est un yaste désert» qui a, depuis long-temps» cessé d'être habité par l'homme en état de civilisation *. Nous rencontrâmes un troupeau gardé par un jeune homme» «rmé dhine courte lance en place de la paisible bou-

* Taadit que les JuUi^ eonomis bérédilah'es des AmmonUct» «ont encore aoioard^bal on peuple dMinot de tout les eutrett «quoique dtopené ptnoi les nations, Il ne reste plot la flM>iodre

trace des Ammonites; il n*y en a point qui soit connu sous ce nom, et aocane tribu ne prétend descendre d'eux. Le mot d' Aomian, qui désigne le site de leor anoienne capitale, n'est nslté qoe cbei les tribus arabes, et tout le reste ne repose que sur les eonjecinres de quelques yojageors bien rares dans ees contrées éloignées. « Le nom des enfans d'Ammon sera etTacé de la mémoire des peuples, p (Eiécb. zxv, 10.)

AERlVi^B A AMMAN. SSST

lette que portent les bergers dans des |>ays plus tranquilles. Nous proposâmes de lui acheter un de ses moutons, mais il rejeta toutes les offres que nous lui

pûmes faire. Les Beni-Szakhr, élonnés de ce refus qu'ils regardaient comme mal fondé s'emparèrent d'un de ces animaux, qu'ils choisirent eux-mêmes; puis, jetant l'argent par terre, ils ^'emportèrent à quelque dislance où il fui lué> dépouillé et censé rôti tout entier; mais comme on ne pouvait se proeurer aucun autre combustible dans le voisinage, il fut simplement chaufié sur un feu de fumier de chameau, et dans cet état de semi-crudité et de malpropreté, il fut dépecé à l'aide d'un sabre et distribué à chacun de nous. Vers midi, nous arrivâmes en vue des ruines de la ville d'Amman.

Ammon» capitale des Ammonites, qui porte encore aujourd'hui à peu près le même nom (Amman), est une des villes les plus anciennes, dont l'histoire des Juifo fosse mention. Ëlle s'appelait également Rabath et Osterath, et plus tard Philadelphia, du nom de Ptolomée Philadelphe qui l'avait rebâtie. Les principales ruines s'étendent le long des bords d'une petite rivière appelée Mo^et (eau) Amman, qui traverse une vallée bordée de chaque côté

AMMAN

d'arides niootagnes de silex*. Cette rivière prend sa source dans un élang, à quelques centaines de pas de Pextrémité sod-ovesl de larille, et, après

avoir disparu plusieurs fois sous terre, se jette dans la rivière de Zerka»

Notre attention fut d'abord attirée Ters un grand thèâire crévsé dans le flanc de la montagne orientaie, et s'ouvrant du côté de la rivière. Son diamètre est de cent vingt-huit pieds , sans compter la pio^ fondeur du théâtre même qui est de quatre-vingt^ hoit pieds en tons sens» ce qui 4e rend le plus grand édifice de ce genre qui soit connu en Sjrrie. On y compte quarante-deox rangs de gradins en pierre» de quatorze pouces de haut sur vingt de large, divisés en trois parties par deux galeries découvertes. La première division , qui est la plus rapprocliée de la scène, a douze degrés avec cinq escaliers (eunei). La seconde en compte quinze aussi avec cinq escaliers. U j a dans les ailes des passages souterrains ouvrant sur les galeries de communication. Au faite et au milieu du grand couloir existe une pièce carrée»

* Le plan des ruloei d'Ammsn se trouve i la fin de ce volome.

AMMAN

avec des niches de chaque cùlé. Devaul le ihéàUe el entre ce dernier et la rivière, sont les ruines d'une belle colonnade^ huit colonnes soul encore debout. Ëlles ont quinze pieds de haut, avec des chapiteaux corinthiens et des entablemens intacts. On y voit les fûts de huit autres colonnes. Il y en avait probablement cinquante en tout quand l'édifice était entier . Au-dessus, et au sud-esl du théâtre , sont quelques autres ruines que, grâce â Fimpatience de nos laides, nous ne pâmes examiner avec toute 1* attention qu'elles demandaient. Il est difficile d'assigner le ^enre d'édifice dont elles iaisaieot partie dans Torigine.

Au-dessous du grand théâtre, mais plus au sud , U y en a un plus petit. La forme extérieure de cet édiUce est carrée ; Tintérieure, où sont les gradins qui s'élèvent du sol jusqu'au faite, est semi-circulaire et entourée d'un haut mur. 11 était autrefois couvert en dedans ; mais le tiiit. s'est écroulé, et ses débris l'encombrent de telle manière qu'il est difGcile do déterminer quelle a pu être sa destination : c'était peutélre un Odeum consacré aux combats de musique. . En traversant la rivière,qui parait avoir été resserrée en cet endroit par un pont d'une seule arche, et

AMllAlf

eo suivant sa rive gauche, nous vînmes à un bàliment isolé, en forme de demi-hexagone, dont la façade^ qui est vers Pouest, est comme suspendue sur l'eau. Au centre, il j a une helie arcade, qui se termine en niche par te haut et qui parait avoir eu des aitos. 11 y avait aussi autrefois un rang de colonnes formant une espèce de eorridor, et, selon toute apparence, ce hAtiment était un Stoa ou promenade publique.

A environ cioquanle pas plus loin sont les restes d'un grand temple complèlement dégradé , el loul près de là un étang d'eau vive. Cet étang et la rivière qu^il alimente sont abondamment peuplés de truites, qui semblent y vivre dans un repos que rien ne trouble. Les sources sont rares dans la plaine élevée du Belka, circonstance qui donne une grande importance à la position d'Amman , qui cependant n'esl plus guère visitée par les tribus nomades que pour ses eaux.

Parmi les antiquités en raines se trouve une

grande église , peul-êlre le siège d'un évéché sous les empereurs grecs ^, et qui par bi suite sera deve>-

* Pour les églises^ couvens» évéchés, elc» qui eitolaieot dans cette province à l'époque ci-dessus, oonsoUei les « Àefa Bpsantina. n

AHMAM.

nue uue mosqaée , car elle a un clocher semblable à eeax du Haourao, qae j'ai déjà décrits. EHe est en partie bâtie de matériaux proYeoaot d'édifices plos anciens.

Au sommet d'une colline, à l'ouest»^ le cbAteau d^Amman, bâtiment d'une grande étendue, entouré de murs épais , dont la plus grande partie subsiste encore en entier. Ils consistent en gros blocs de pierre posés les uns sur les autres sans aucun ciment«. L'intérieur, qui est un carré long, est rempli de décombres. Ou y voit aussi plusieurs citernes. Au sud, il y a un bâtiment carré bien conserTé, bâti de grands blocs de pierre semblables à ceu^ du mur, sans aucun ornement. On j pénétre par uneporte basse. Près de ce dernier édiûce sont les ruines d'un grand temple. On y voit des fûts des colonnes de trois pieds et demi de diamètre avec des chapiteaux qui gisent renversés par terre»

L'espace qui se trouve cuire la rivière et les montagnes, à Touest, est entièrement couvert de ruines de maisons particulières, qui ne servent plus aujour- • d'hui que d'abris pour des chameaux et des moutons; il n'y reste pas un seul habitaut. Ainsi se trouve réalisée la prophétie concernant cette cité

AMMAN

frappée de malédiction*. Dans un espace fermé an

milieu des ruines, je remarquai uo peu de fîeule de

chameau fri^che, ce qui dénotait que la place avait

élu récemmeol visitée par des étrangers^ pcul-èlre

pour se procurer de Tean» ce qui n'échappa pas

non plus aux regards d'Hatib et de ses hommes,

et sembla leur donner quelque inquiétude. Les

Arabes savent toujours, par l'inspection des excré-

mens du chameau» depuis combien de temps il a

passé par un endroit» en remontant même jusqu'à

cinq ou six jours.

Burckhardt f, à qui j'avoue franchement que je

suis redevable de mes premiers renseignemens sur

les Bédouins, renseignemens qui, par la suite, se sont

trouvés, en plusieurs circonstances, confirmés par

mes propres observations , raconte quelques faits •

* «tl*aban)ionneni Babbatb pour é(re la demeure des chameaux ot la retraite des bestiaux J'étendrai ma

main sor vous, e( je vous livrerai en pruic aux nations

Je vous effacerai du nombre des peuples, el je vous exlorminerai de dessus la lerre je vous réduirai en poudre. » (E/tcli. ; XXY, 2, 5, 7.) (( Uabbalb deviendra par sa ruine un monceau de pierres. » (Jér. xi.ix, 2.) « Leur terre sera uoe désolation perpéloelle.)» (Sopli. 9.) f Yoyei Noie ÀdditiouDelle E.

AMMAH. 233

curieax sar la sagacité des Arabes à suivre la trace des pas (athr) , talent qu'ils semblent posséder en comman avec les Indiens libres de l' Amérique^ sauf cette différence que^ dans les forêts du nouveau monde, l'empreinte se fait sur l'herbe , tandis qu'en Arabie elle a lieu sur le sable. L'Arabe qui s'est livré avec xèlé k cette étude, car. c'est une science qui ne s'acquiert que par une longue habilude, peut géoéralement assurer par l'inspection de la trace, 1^ si le pas appai lient à sa propre tribu ou à quelque autre dn voisinage , et savoir par conséquent , si c'est un ami ou uu ennemi qui a passé ; 2" par le plus ou moins de profondeur de l'empreinte , il sait si l'homme était chargé ou non ; S*" par la force ou la faiblesse de la trace, s'il a passé le jour même ou uu ou deux jours auparavant ; et 4* suivant le plus ou moins de régularité d'intervalle eotre les pas, le Bédouiu juge si l'homme était fiitigué ou non, et peut calculer par là s'il réussira à l'altcindre.

Cette faculté de distinguer les pas s'applique à ceux des bétes, c'esl-à-dire des chevaux et des chameaux aussi bien qu'aux pas des hommes et, dans la pratique, les mêmes observations conduisent aux mêmes résultats. La sagacité des Arabes, sous ce

i34 AMMAN.

rapport, est lout-A-fait étonnaote , et elle leur est parliculièremeol ulile dans la poursuite des fugitifs ou dans la recherche des troupeaux. Un grand nombre de crimes cachés sont mis au jour par cette science , et le coupable peut rarement espérer d'éviter la découverte de ses sourdes menées, son passage étant gravé sur la route en caractères que chacun de ses voisins est en élat de lire.

Revenant presqu*en face du grand théâtre , sur la rive occidentale de la rivière, nous vtmes les restes d'an temple dont il n'existe plus que le mur intérieur, qui a un entablement avec plusieurs niches et est orné de sculptures. Devant le bâtiment, on voit les fftls de plusieurs colonnes , qui ont trois pieds de diamètre, il parait être d'une date antérieure â celle des autres édifices d'Amman , et d'un style bien supérieur. Pendant que j'essayais de déchiffrer une inscription presipie efEicée*, Hatib , qui m'observait depuis quelque temps, s'approcha de moi, me saisit

* Les bàtimens exposés à ratmosphére en ce lieu sont tom en ruines, étanl faits d une pierre calcaire peu dure; de sorte que, même eu y prolongeant son séjour, on aurait peu d'espérance d'y découvrir des inscriptions qoi pussent jeter quelque lumière sur rbiiloire de ceUe tille.

AMMAN. 295

le bras d*UDe main, el élevant Taulre vers le ciel, pour indiquer qu'il n'y avait là d'autre lémoin que Dieu et nous , il me pria de lui dire si j'avais découvert un trésor, me jurant que» dans ce cas, ce serait un secret solennel entre nous. 11 |iaralt qu'il ne fut pas satisfait de ma réponse; car il fit voir son mécontentement et son impatience de toutes sortes de manières, et il finit par donner le signal du départi Nous couchâmes au camp de Es-Souk, le plus considérable que nous eussions encore vu.

* «C'est une opinion générale parmi le peuple que les Interiptions indiqaeol des trésors eacbés» el qu'en les lisant, on les copiant on acquiert la connaissance de la place où ilîi se troovent. l'ai soavent réfolé celte oplnioD avec succès en leur demaDdanl simplement pourquoi, s'ils aimaient à cacher leur argent ions terre, ils seraient asses Impradens pour informer un étranger de Vendroit où ils l'ont enfoui f Celle opinion cependant est trop profondément enracinée dans l'esprit de la plus grande partie des hommes de ce pays pour céder à un argument. » (Burcliiiardl.)

CHAPlTfiE XXIV.

GooUoaalion de noira rooto an sud. — FronUèrw du déiert. Arrifée tu camp éê ooire ensorle. — Chaiiieaai arabes.

— Femmes bédouinei.— Leurs Irails, coslumes el occupalions. — Yie des Bédouins. — Ses diarmes et ses ennnfs.— Ylsito aui ruines do Om-el-RentHi. — Notre escorte nous aliandonne. — Hadeba on Medalia. — Hcsbsn on HeshlNNi.

— Mont Nebo. — La mer Morte. — Monlagoes du Beika.

— Arrivée à Sialt.

iknanemhre. — Après avoir quitté le camp ce matin et avoir marché peDdanl plusieurs heures à travers une plaine déserte, dans la direction du sud-est, nous avons atteint, vers midi, un autre camp oû nous avons fait balte pour déjeûner. Cbesney, pendant ce temps, traversait le pays vers l'est pour voir à trois^quarts de lieue de distance quelques raines nommées Djezia ; tout ce qu'il y

S38 feontiArbs du désbet.

trouva fût un grand hirhit ou réservoir , mesurant cent vingt pas de long sur quatre-vingt-dix de large. En ce lieu, nous nous sommes écartés un peu de notre route pour chercher de l'eau. Nous en avons trouvé dans une vallée retirée appelée Rayindé» où est une citerne creusée dans le roc , avec une simple ouverture pour y descendre les seaux. Comme elle se trouve dans un bas-fond, elle réunit toutes les eaux pluviales qui tombent sur les montagnes environnantes. Elle parait très-fréquentée, car de nombreux sentiers y conduisent de tous les côtés : néanmoins, l'eau en était trouble et avait un arriére-goût désagréable qui ressemblait à celui de beurre ranee; mais on m'assura qu'elle n'était pas malsaine. On attendait impatiemment que les pluies d'hiyer vinssent la remplir.

Nous continuâmes notre route pendant deux ou trois heures vers l'est» et arrivâmes finalement au camp de notre chef, sîlué dans une vallée pierreuse et sans eau, appelée £1 Hamman. Le pays que' nous venions de traverser élail légèrement ondulé, anus un seul arbre ou arbrisseau et sans aucune trace de culture, quoique les cendres et le fumier d'anciens camps précédons indiquassent clairement les visites

CUANT DU CHAMELIER.

que les tribus nomades lui fout pendant Télé, à cause des pâturages qu'on y tronve^*.

En approchant du camp, nous rencontrâmes un troupeau de chameaux appartenant à ses habitans et qui regagnait les lentes où il devait passer la nuit» ^ les chameliers chaDtant pour presser le pas de ces animaux à la démarche lente cl solennelle. L'elfet de ce chant des chameliers, entendu à dette heure tranquille où le soleil disparaissait à Thorizon et la nuit se disposait à envelopper la plaine de ses sombres voiles, était singulièrement touchant et impressif; et quoique je ne pnsse en saisir les paroles, Pair qui frappa mon oreille était empreint d'une profonde mélancolie; il me remplit l'ame de tristesse, sentiment qui, à chaque moment, prenait pins de force, car chaque pas que nous faisions

^ « Dans le mois de mai, tout le Haouran se couvre d'essaims d'Arabes erraos qai vienueiii du désert dans an double but, savoir : ponr troover de l'eau et des pâturages pendaol rété» el pour filtre leur provision de blé poor I* hiver. Ibn'en partent qu*aprés le mois de septembre. S'ils sont en pais avee le paeba, lit campent géDéralement au nilieo des villages, prés des sources ou des pulls ; s'ils sont en guerre, ils se tiennent dans le district an sud de fiosin, vers Om-el*Djemal el Djedlieios, s'élendant Jusqu'à Zerka. » (Burckhardl.)

240 TB1IT1S8 DBS BENl-SZAKUR.

nous rapprochait du désert et nous éloignait davantage du monde habité

Tant que dure le jour^ un silence de mort règne dans un camp arahe ; mais, au coucher du soleil, tout reprend de la vie. A cette heure de réveil, les feux s'allument partout , et au-dessus de chaque tente on voit s'élever une mince colonne de fumée semblable à celle qui sort de la cheminée d'une cabane. De tous côtés se fait entendre la voix perçante des femmes donnant des ordres touchant le repas qui va commencer, ou chantant pour calmer leurs nourrissons ; tandis que le chien de garde passe derrière la tente de son maître, et que, comme s*il se rendait compte du soin qui lui est confié» il s'y livre à un aboiement continuel. Cette scène journalière de mouvement et de vie était encore plus animée aujourd'hui que de coutume, par le retour des maitres dans le sein de leur famille, après plusieurs mois d'absence. En arrivant au milieu de leurs tentes qui sont placées sur une double ligne, et

* « \>9M l'Hedjax et en Egypte , J'ai entenda' les parolei

saiyanles qui semblaient ^tre 1c refrafn fayori de celle cbeii-

son (co\}o dp'? cbamelipr*) : m Nul ne peul faire des voyages, si ce n est le chameau adulte et vigourcnx. » (Burckhardt.)

TI1ITB8 DBS BBHI-0EAKHE. Ml

forment une espèce de large me, chacon se dirigea

vers la sienoe, fichant sa lance en terre, devant la porte. Cberaey et mol fûmes conduits à celle dn sheikb. Le bonheur se peignait sur toutes les physionomies, excepté sar les nôtres. Le tableaa «pie nous avions sous les yeux rappela à noire souvenir nos foyers, nos familles et nos amis dont noos étions éloignés de plusieurs milliers de milles, car nous venions justement de pénétrer dans le grand désert qui s'étend entre la Syrie et l'Arabie. Quoique nous n'eussions pas de raison pour soupçonner la bonne foi des geos à qui nous avioos couûé notre vie, à

mesure que nous STancions dans notre royage nous

nous sentions de plus en plus convaincus qu'il n'avait pas été entrepris pour nous seuls. En calculant le temps, nous avions acquis une connaissance assez • précise du pays qui bordait notre route, et par le moyen de notre petite bpussole nous savions la position des lieux où il existait des ruines ; cependant, quand nous désirions nous écarter de notre chemin pour les visiter, nos guides perfides nous trompaient en nous assurant qu'elles se trouvaient dans une autre direction. Toutes les remontrances que nous

pûmes leur fidre, par l'entremise de Gonstantiii» n. 16

2i2 CHAMEAUX DU BÉ8BET.

furent inutiles; un chef arabe était peu à même d'apprécier notre passion de voir des pierres et de copier des inscriptions. Ce désappointement fut trés- «ensîble à mon ami Chesney -, car, \u rintrépidilé ilont il est doué, ses recherches, s'il avait pu jouir d'une entière 4iberté, auraient été d'une grande valeur pour les amateurs d'archéologie.

15 novembre, — La tribu des Beni-Szakhr se charge du soin d'élever des chameaux pour le service des caravanes de pèlerins : ils en ont un nombre trèsconsidérable. Quoique plus petits que les chameaux anatoliens, turkomans ou kurdes, ils sont cependant plus propres à supporter la chaleur et la soif. Ceux que nous vîmes étaient pour la plupart d'une couleur gris-clair ou rougeàlre, avec très-peu de poil sur le cou. Tous les chameaux bédouins sont marqués avec un fer rouge à Tépaule gauche ou au cou, afin qu'on puisse les reconnaître s'ils s'égarent, ou si on les vole. On les mène paître dans le jour, et on les ramène à la nuit tombante au camp, où ils se couchent, sans être attachés, dans l'espace qui sépare les tentes. Le prix d'un chameau de deux ans, ayant acquis toute sa croissance , est de trois on quatre cents piastres, et celui d'un dromadaire d'un

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