‹ Voyage en Palestine et en SyrieChapitre 43 sur 68 · BBPA8 BB8 BÉ00DUI8. M · texte numérisé non relu

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oodeujc cents de plug. Pendant la laiflon de la saillie, qui est le printemps, les mâles, de doux et iooffensife qu'ils sont tout le reste de l'année, deviennent extrêmement mutins. La femelle porte douze mois et ne fait qu'un petit par portée. On sévre les jeunes au commencement de la seconde année. On sait que le chameau atteint l'Age de quarante ans; mais passé vingt-cinq ou trente, son activité commence à baisser et il n'est plus propre à supporter de grandes fatigues. On ne tond pas le poil des chameaux comme la laine des moutons» mais on l'arrache ▼ers le temps de la mue naturelle de l'animal , qui en donne rarement plus de deux livres. Ou en tisse des étoffes pour Tétemens.

Chez les Bédouins, le déjeùuer a lieu ordinairement Tcrs les dix heures; on soupe on l'on dîne an coucher du soleil. 11 y a peu de variété dans leurs plats, qui se composent généralement de farine et de beurre. On ne sert de viande que dans les occa- - sions extraordinaires , comme quand on traite un étranger, etc. Pourvu qu'un Arabe ait suffisamment de quoi manger, il s'inquiète pen de la qualité des mets, car il ne connaît pas ce que nous appelons les plaisirs de la table. Les femmes mangent, dans le

M eomn» ins mànomMB.

ffMftorrm» les testes du repu des hommes. Dans

l'intervalle de ces repas , ceux-ci ne font que lomer leur pipe» échanger iiodqaes paroles^ dormir, bâiller, puis redormir. Pendant qu'ils coulent, de cette manière nondialante, leurs heures de loisir (J'entends parler ici da Bédouin sons la tente), les femmes se livrent souvent à des travaux manuels et pénibles.

Le costume de ces dernières se compose d'une robe très^ample en coton de couleur foncée, bleue» bmne ou noirç, attachée avec une ceinture de cuir ; sur la téte, elles portent un mouchoir appelé thauber on mekroune : celui des jeunes est rouge, et celui des vieilles est noir. Toutes les femmes ont les lèvres tatouées et teintes en bleu; ce genre de tatouage se nomme ^slotini. Leurs poignets sont ornés de bracelets de verre de différentes couleurs, et elles portent des anneaux d'argent aux oreilles et quelquefois au nez. L'hiver comme Pété, elles marchent nu-pieds. teint des Bédouins que j'ai vus, hommes et femmes, est très-basané; cependant, à leur naissance et pendant quelque temps encore» leuis enûms sont blancs, mais d'un blane livide.

17 novembre, La balle d'bier ne nous surprit

Diyilizea by GoOglc

cnmr chucbb a uns. t4S

pas; mais, ce matin 9 notre inqniétnde augmenta beaucoup, quand Uatib nous déclara qu'il ne monterait pas à cheyal sans que noua lui donnasaiona une nouvelle somme d'argent. Ghesney était ai dégoûté de la cupidité du chef bédouin et de aon manque de foi, qu'il résolut de saisir la première oeeaaioQ fiiTorable pour éebapper à sa captiTité* H employa plusieurs argumeus pour m'engager à me joindre A lui, tandis qoe, de mon e6té,}e mettaÎB A contribution toutes les ressources de mon éloquence pour la détourner d'une tentatiye que je savais être impraticable. L'occasion qu'il cherchait se présenta dès l'après-midi. Tandis que chacun dormait dans la tente, excepté moi, il monta sur son cheval, qui était attaché, et partit immédiatement, n'ayant d'autre guide pour le diriger que sa fidèle petite boussole.

Une demi-heure s'était À peine écoulée, quand Hatib se réveilla. Regardant autour de lui et n'apercevant point Chesney, il me demanda d'un ton colère où était mon compagnon. J*affectai de n'en rien savoir. Sur ces entrefiûtes, il se leva, sortit de la tente, et se jetant sur sa cayale, qui était sellée et prête à être montée, comme elles le sont toujours, il ordonna k deux hommef de le suivre, et galoppa dans

246 GBHBB DB TIB DBS BÉDOOIKS.

direction qu'il savait trop bien que mon ami devait

avoir prise. Elant bien monté, il n'eut pas de peine . à le rattraper* Néanmoins, Chesnej ne se rendit pas immédiatement i mais, avec son pistolel à deux coups, il tint ses trois ennemis en échec pendant quelque temps. Les deux hommes avaient bien leur lance, mais point d'arme à feu. Le chef avait avec lui un petit mousquet, et voyant que ses sommations, que mon aminé comprenait pas, étaient sans effet, il le coucha en joue. Alors, Chesncy capitula; et après avoir essuyé un déluge d'imprécations et enduré le langage beaucoup plus intelligible des poings, il fut ramené à la tente.

iS novembre, — Nous réitérâmes nos instances pour partir, et elles furent accueillies par une nouvelle demande d'argent. Dès-lors, l'ennui nous gagna de plus en plus. L'attrait de la nouveauté était passé, et nous ressentions tonte l'uniformité de la vie de Bédouin, sans jouir de ses émotions passagères. Quelquefois nous montions sur la cime des collines voisines; ce n'était, de tous côtés, qu'une vue triste et monotone. On ne nous permettait pas même le plaisii* de monter nos chevaux; de sorte que nous lions réduits à envier le sort des chameaux, qui.

SES AORteBNS BT SES EMIIUIS. 247.

chaque matin, sortaîeDt pour aller pattre, quoique uous sussions qu'ils devaient revenir le soir *• Uatib était coDTaineu que nous ayioDS encore de l'argent sur nous ; mais nous voler dans sa propre tente eût été une atteinte à l'hospitalité, chose inoulé an désert. Conséquemmeot , sous prétexte de nous, montrer les ruines de Om-el-Reszazs , que Chesney avait si grande envie de voir f , il nous attira au dehors, afin de commettre plus focilement une action bien indigne, à notre avis, de la bonne foi si vantée des Arabes.

* <( Le genre de vie des Bédouins peut avoir quelques charmes, même pour des hoiumes civilisés. Leurs manières simples et franches oal un aUrail irrésistible pour les élranf«ii, et leur société en TOjage est toi^ouis agréable. Cependant, après qoelqne séjour dans lanrs tentes, le charme de la BOQveaoté cesse. L*ab8eiiee totale d'occupation et la monolonie de la scène efftcent promptemeni les premières ImpressioBS et tendent la vie de Bédonin tnsopportable à quiconque est d'nn caractère actif. J*ai passé parmi ces peuples qnelqom vns dm pins lieareQx jours de ma vie ; mais j*y en ai coolé aussi de bien longs et de bien fMtidIettx, regardant avec impatience la marche do soleil, dont le disque pénétrait dans la tente depuis son lever jusqu'à son coucher; car je savais que le soir quelques chansons et des danses viendraient me débarrasser de mes compagnons joueurs de dames. » (Burclchardt, vol. i, p. 355.)

f Vojrez Appendice» aP 24.

OM-BL-lBiEASI

Après le déjeùii6r,tlB0iis engagea à doqs préparer

à partir, invitation à laquelle nous obéîmes avec la pins grande joie. La route passe par-dessos quelques dunes arides, et pendant cette marche nous eûmes occasion de Toir des troupeaux de gazelles» mais elles étaient trop sauvages pour se laisser approcher. Les Arabes les mangent quand ils peuvent réussir à les tuer. Je ramassai un piquant de porc*épic que je montrai à nos bompies > mais comme il n'excita point leur curiosité» feu conclus que cet animal n'était pas rare dans ces contrées. Quoiqu'il n'y ait pas de bois» les serpens y paraissent ahondans; de tous côtés nous vîmes les peaux dont ils s'étaient dépouillés pendant l'été*

Après quatre heures de marche environ, nous atteignîmes Om-ei-Reszasz ( la mère du plomb ). ^ous lûmes grandement désappointés à la rue de ces mines 9 qui consistaient seulement en maisons particulières» sans un seul édifice remarquable qui nous dédommageât de la peine que nous nous étions donnée pour y arriTer. Elles couTrent un espace d'enron deux milles, enclos d'un mur peu élevé. iNous y levâmes plusieurs compagnies de perdrix» qui étaient si grasses qu'à peine enlevées elles s'abattaient de

L'KSCOATE mous ABÀKDOICIIB. ^9

noQTeaa* Lei Arabes les aUrapent à la course* Au

Dord de ces mines, se troure une grosse tour.

Quand nous rejoignîmes l'escorte, (foi était composée de Hatib et de quatre hommes 9 celoi-ci nous signifia sa résolution de ne pas nous accompagner plus loin ; mais il ajouta que» pour nous ramener à Damas, il nous cooiierait à un de ses hommes. Quelque surprenante, quelque inattendue que nous parût cette déclarution , ce ne fui pourtant pas encore là le dénoûment de ion infilme perfidie. Avant de nous quitter, il fit un dernier effort pour obtenir une nouvelle somme* 11 savait bien que le peu d'argent qui nous restait était ' entre les mains de Constantin, et par conséquent il n'essajra point d'attenter à nos personnes. Mais il n'eut pas le mémo respect pour notre guide, il trouva dans sa ceinture les piastres qui nous restaient ; sur quoi, Constantin se jeta à genoux et se mit à lui caresser la barbe, suivant la coutume orientale. Je lui adressai, en grec, une sévère réprimande de ce qu*il s'humiliait à ce point pour une simple question d'argent. Le chef s'en aperçut et se moqua de mon expression de mécontentement quil ne pouvait eompiendre* Sans autre cérémonie que de nous souhaiter le « Ma-^s-

250 L'BSCOATB NOUS ABANDOMNE.

selAmi» ( la paix soit avec tous ) , il nous quitu, en prenant la direction de son camp, et nous l'eûmes bienlOl perdu de yue.

Hatib, dans son choix de notre guide, était, malheureuse oienl pour nous, tombé sur l'homme le plus méchant de tonte sa troupe, Yahia, un des hrigands qui avaient arrélé Chesney lors de sa tenlalive de fuite. 11 nous conduisit à un camp arabe de cinq ou six tentes, planté dans le fond d'une vallée écartée, à peu de distance de Om-cl-Reszasz. U nous avertit que nous y passerions la nuit, peut-être, hélasi là dernière de notre vie , car, à en juger par ses regards Sinistres, il paraissait déterminé A nous assassiner, et le lieu était admirablement hien choisi pour jeter un voile sur son crime. En entrant dans la tente, il embrassa V Arabe qui lui tendit les deux joues, manière habituelle de saluer parmi eux, puis»^ l'ayant prié de sortir, il lui parla à voix basse. Ce début n'était pas fait pour diminuer nos appréhensions, et ce qui suivit immédiatement ne fut pas plus rassurant. Mon œil ayant rencontré le sien, car je surveillai constamment tous ses mouvemens, il tira son sabre du fourreau et inûta le geste de couper la téte A un homme, en désignant en même temps, avec

UIIB HUIT D*1NQUIÉTIIDB. 251

un soarire satanique 5 le pauvre Ghesney qui était assis à cùié de moi.

Dans le premier moment, nous étions décidés à ne pas manger, par la crainte qu'on ne nous empoisonnât. Mais la ùâm et la conviction qu'un tel crime était étranger aux mœurs des Bédouins , nous firent abandonner une résolution à laquelle, dans tous les cas, nous n'aurions pu tenir long- temps. Nous passâmes 9 comme on peut le croire, une soirée extrêmement pénible. Toutes nos pensées, tous nos discours roulèrent sur nos familles, ce qui nous conduisit à comparer nos positions respectives. Ghesney proposa de nous échapper pendant la nuit mémo. Je lui répliquai que cette tentative serait, selon moi, aussi inutile que la précédente, et ne servirait qu'à augmenter l'embarras de notre position. En même temps je le laissai libre de faire ce qu'il jugerait convenable pour sa sûreté personnelle, et le conjurai d'agir eo conséquence , espérant qu'il me permettrait de mon côté, d'employer, pour me sauver, les moyens que je jugerais les meilleurs.

19 novembre. — Nous avfons arrêté de faire le guet alternativement pendant la nuit, mais nous nous endormîmes malgré nos pénibles presseutimens.

251 MADÎBA OU MBDABÂ.

En quittant nos tentes ce matin, nens avons

dirigé notre course vers le nord, à travers un pays montQenx, fertile , mais abandonné. A midi, nous fîmes balte à un endroit appelée Deleila. A trois heures, après une ronte de deux lieues à travers une plaine couverte d'herbe, nous arrivâmes à Madeba, le Medaba do l'Ëcriture*. On y trouve une grande citerne de quatre cent vingt pieds &ur trois cents et de quarante-cinq de profondeur; elle est entourée d'un mur épais, bien construit et pourrait encore rendre de grands services si on enlevait les décombres qui l*obstruent; mais, comme Burckhardt le remarque avec justesse, une pareille entreprise dépasse de beaucoup les idées des Arabes nomades. Les ruines de ce lieu ont à peu prés une demi-lieue de circonférence et se trouvent principalement sur la cime d'une colline de forme ronde et dans la plaine à ses pieds, où elles s'étendent dans la direction de l'ouest. 11 n'y reste pas un

* Medaba Ait prfie m las Moabitef par les AmoMmifei. ( Nomb., XXI» 30. ] MofM la reprit à ces derniers et la donna à la tribu de Ruben. Mais ensiïlie elle revint aux Ammonites,

et c'est sous ses murs que ce peuple, commandé par son roi Hanon, fut, ainsi qae les Syriens, défait par David et Joab (Parai., xix.)

HBSIAir ou HMBIOll.

«eul édifice deboot, quoiqu'on y voie, au eondunl»

quelques fragmeiis d*un temple bâti de gros blocs de pierre el suivant toute apparence d'une baute antiquité.

De cette place, nous suivîmes le sentier est qui se dirige vers Amman ; après quoi» nous montâmes sur une plaine découverte, qui s'étend à l'ouest et qui est bornée par les montagnes de Heshbon. Ici, notre guide Yabia enfonça sa lance dans la terre et menaça de nous abandonner si nous ne promettions pas de lui donner une récompense en arrivant â Damas. Quoique la manière d'exiger cette promesse fût on ne peut plus offensante, après les sacrifices que nous avions déjà faits pour la protection que sa tribu nous avait promise, j'estimai cependant que l'existence de quatre personnes était d'un trop baut intérêt pour qu'on la perdit de vue, et je consentis, sans hésiter, â sa proposition. Ma parole parut le satisfidre, et nous continuâmes notre route vers Uesban où nous arrivâmes ^prés une marche d'environ deux heures» depuis Mar deba. Uesban ou Heshbon était la capitale du royaume de Sihon, qui lut donné â la tribu de Ruben. On y voit encore les ruines d'une ville con-

854 > MONT NBIIO*

sidérable : elles couvrent les flancs d'une montagne isolée, mais à peine j reste-t-il un seul édifice

debout, /l ' ' , *

La Tue, du ^sommet de la montagne, est trèaétendue; elle embrasse les ruines d'an graad nombre de villes à peu de distance les unes des autres, et dont quelques unes portent des noms qui ont une grande ressemblance avec ceux qui

sont mentionnes dans les Ecritures, savoir : Mj^oun, à trois quarts de lieue au sud-est» probablement Baal Meon ; El Aal «lehaullieu» (Eleale?) sur une colline à six lieues au nord-est; El Teym, à une lieue àrouest de Madeba, peut-être Tancienne Kerjalh-Atm. Au sud-ouest, s'élève un pic nu appelé Djebel- Attarous, le Nebo de l'Écriture, qui fait partie de la chaîne de l'Abarim ; ce fut du sommet de cette montagne que le grand chef et législateur des Hébreux, après avoir erré pendant quarante ans dans le désert, découvrit pour la première fois la terre promise ; et qu'A la vue 4'un pays où ii ne lui était pas donné d'entrer^ il rendit son ame à son créateur. Pas un œil mortel ne fut témoin de sa morl, pas un être humain ne 8ut l'endroit où fut déposé le vénérable prophète. (Vojez le Deut., xxxiv, 5-6.)

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