VUE SUR LA MER MORTE
Noug passâmes la nuit dans un camp sitaé dans une vallée tortueuse, sur les bords d'un petit ruisseau nommé Zerka Mayn» à environ deux lieoes ouest d'tiesban.
20 novembre. — Nous sommes partis un peu après le lever du soleil» et suivaot la vallée qui» en cet endroit, décrit une courbe vers le nord , nous avons aperçu tout-à-coup Textrémité septenlrioualc de la mer Morte, avec son rivage occidental bordé d'un rang de montagnes d'une stérilité extraordinaire. Dans toute son étendue, notre œil ne put découvrir une seule ville, un seul village ou habitation quelconque. Son aspect offrait aujourd'hui un caractère plus sauvage et plus inhospitalier encore que lorsque je l'avais vue, la dernière fois, des plaines de Jéricho; ce qu'il faut attribuer en partie à l'état nuageux de Tatmosphère, qui jetait une obscurité plus grande sur ses eaux stagnantes, et en partie au terrible état d'irritation où nous nous trouvions par suite des difficultés avec lesquelles nous luttions depuis si long-temps. Nous pénétrâmes ensuite dans. le district montagneux appelé el« Belka, qui est une prolongation du Djebel-es- Sheikh, et forme la limite orientale du Ghor ou
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▼allée da Jourdain. 11 est renommé comme jadis pour ses ejLcellens pâturages^.
Après denx heures de marche» nous nous arrétAmes à un village de tentes ( Tusony dont nous primes un des habitans pour nous^uider k travers le labyrinthe de défilés qui conduisent à Szalt, et qui ne sont connus que des habitans du pays. A midi» nous continuâmes notre route au nord-est, et après avoir traversé plusieurs wadys qui s'ouvraient vers la mer Morte, nous nous arrélàmes de nouveau, après une route de trois heures» à un camp arabe appelé Ragolomein» nos guides refusant de continuer à marcher pendant le jour, et pensant qu'il était plus sûr de voyager sous la protection d'une nuit épaisse. Ce camp consistait en dix ou douze tentes placées en cercle; au centre étaient les moutons qu'on y avait ramenés pour la nuit. Nos chevaux furent attachés au milieu d'eux. Comme il faisait froid, les moutons s'entassèrent dans notre tente» nous foulant aux pieds pendant toute la nuit, ce qui nous mit dans
*Basan éUit eétèbre dans l'ISeriliife pour Ns bibUans gigantesques, let montagnes, ses pàtorages, ses tronpeain et
ses chênes. C'éUitle plus fertile oomme il était le plus peaplé de tous caïUoQS du CaDaao au-delà dn loordalB.
MONTAGNBS DU BBLEA
rimpowibiiiié absolue de fermer l'csil; oeg animau ont d'ftlUeiirs la désagréable propriété de eommuni* quer à tout ce qu'ils approchent une espèce de vermine dont le nom et les qualités ne sont que trop coimus de tous les voyageurs en Orient et^ surtout dans le désert.
Si novembre. — Nous avons été réveillés ce matin, peu de temps après minuit, par Taboiement dea ebîens de garde. Quelques voleurs avaient évidem* ment exercé leur industrie dans le camp; mais Tobsenrité de la nuit Ikvorisa leur évasion. Un de nos chevaux manquait. La corde avec laquelle il était attaebé A unpien planté enterre avait été coupée, aûn de le laisser sortir tranquillement des tentes, ce qu'il fit ; mais il parait que les voleurs abandonnèrent leur prise, car nous le trouvâmes paissant dans le voisinage. Cet incident nous obligea à différer notre départ jusqu'au jour.
Nous francblmea vne petite montagne qui at
trouvait au nord du camp^ et nous descendîmes dans
nne vallée isolée , dont les flancs étaient converls
d'herbe et parés d'arbres de différer tes espèces, ae
qui formait un agréable contraste avec les plaines
brûlées que nous avions traversées depoia dix on n. 17
MONTAGNES DU BELKA
douze jours. Nous nous félicitions de la perspective d'on Toyage agréable, en plein jour, jusqu'À Szall, et de l'espoir d'arriver au terme prochain de nos feinea, quand nous aperçûmes trois Arabes qui se cachaient parmi les arbres, sur le penchant de la GoUîne, à notre gauche, à peu prés à dix toises au*^ dessus de la route. Ils étaient armés de mousquets, et leur contenance n'avait rien de rassurant. Je m'attendais à tout moment à entendre la décharge de leurs armes; mais ils reconnurent sans doute que notre guide appartenait à la tribu formidable des Beni-Szakhr, et nous pûmes passer sans être inquiétés, k une demi-lieue plus loin, nous renoontràmea deux autres Arabes postés de même au milieu de quelques rochers, dans le but évident de tendre des embûches aux voyageurs. Après avoir échangé avec eux les salutations accoutumées, qu'ils nous rendirent de la plus mauvaise grâce, nous continuâmes notre route. Nos craintes furent alors portées au plus haut degré, car nous n'étions nullement flattés de cette nouvelle manière de passer par les verges. Nos guides s'alarmèrent aussi et nous forcèrent à marcher de toute la vitesse dont nos pauvres chevaux fatigués étaient susceptibles.
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Ëû arrivant à l'extrémité septentrionale du ravin qui débouchait sur no pelil boit de chèoes nains, Yahia, pensant probablement que, si nous devions être volés^ il valait mieux que ce fût lui qui profitAI de nos dépouilles , s'arrêta tont-à-coup et se mit à nous fouiller de nouveau et à chercher le peu d'ar-* gent que noua pouvions avoir sur nous. Le pauvre Constantin fui encore une fois dépouillé jusqu'à son dernier vêtement, et on trouva quelques pièces d'or cachées dans sa ceinture. Â cette découverte, Yahia et son camarade le Bédouin se regardèrent comme dûment autorisés à poursuivre leurs recherches aussi sur nos personnes; ce qui eut lieu effectivement* Gomme , durant cette opération , un pistolet était dirigé sur ma poitrine, je me soumis de bonne grâce à cette indignité; mais je craignais beaucoup pour mon ami Chesnejr^ qui ne souffrait qu'avec peine ce nouvel affront, d'autant plus que nous avions positivement déclaré que Constantin était porteur de tout ce que nous possédions.
En sortant de la forêt , nous vîmes soudain la ville de Szalt> perchée sur une colline de forme conique» au centre d'une vallée entourée de montagnes. Nous étions tombés dans l'abattement, en voyant le
ARRIVÉE A SZALT
péu d'argent qui nous restait pour assurer notre retoor an nulieu de nos amii ; mais nous reprîmes nn peu de eonrage à notre approche de la première Tille habitée que nous rencontrions depuis que nous nous étions confiés aux Benî-Szakhr. Trois cents familles musulmanes et environ cent chrétiennes s'y Hvrenl à Tagrionlttire et, ce qni est extrêmement rare, y vivent dans une union et une égalité parfaites: chaque religion a son sheikh nommé par ses membres respectifs qui sont tout-â-fait indépendans du. pacha. Nous connaissions cette circonstance avant notre arrivée dans cette ville. En conséquence^ en y entrant» je chargeai Constantin de raconter au premier chrétien que nous rencontrerions la scène inféme ^qui« avait eu lieu sur la route. Nous réu»> simes, à quelques égards, au-delà de nos espérances, car il fut décidé par les mahométans et les chrétiens réunis que nous et nos guides comparaîtrions devant leurs sheiks. Nous nous rendîmes au medhafé, et, notre rédt oxH, Yahia fot obligé de rendre Fargent qu'il avait si illégalement acquis. 11 me jura vengeance pour l'avoir dénoncé, et j'avoue qu'il y avait eu de l'imprudence à en agir ainsi ^ mais il était également dangereux de se confier plus long-