‹ Voyage en Palestine et en SyrieChapitre 59 sur 68 · DÉPART D'ALEP · texte numérisé non relu

DÉPART D'ALEP

gfaode énergie morale pour rompre les chalnei

qu'elles lui imposent, et pourtant, comme dirait un de ces derniers, elles ne sont que de soie. Je ne me vante cependant pas de posséder cette vertu à un haut degré. Ce fut une soif de nouveauté et une avidité toujours croissante de contempler les merveilles de la nature et des arts» bien plutôt que la honte de ma foinéantiseï qui me firent sortir de cette léthargie.

J'achetai une couple de chevaux de race tunsomane % Tun pour moi et l'autre pour mon dômesâquoy et je louai en outre une mule pour le transport de mon bagage. Je ne dois pas omettre de rapporter la singulière manière de conclure un marché pour des chevaux dans ce pays. Le courtier dont je m'étais servi en cette occasion, après beaucoup de difficultés "tiifectées de la part du propriétaire, qui ieignait de ne pas vouloir céder les chevaux au prix que je ne voulais pas dépa'sser (environ S5 livres sterling par iéie), joignit nos deux mains ensemble, en signe d'acquiescement mutuel. Cela fait, il ramassa un peu de terre qu'il mit dans le creux de

, * Voyez Appendice, n*» 32.

D ALEP A ANTIOGUB

ma maÎD, puis la refermant avec la sieDOc, il me demanda «i» dans le cas où il arriverail «pie les obe^ Taux ne Talonent pas plus que la terre que je tenais, j'élais néanmoins décidé à garder le marché. Comme on ine les avait laissé essayer pendant quelques jours, j'y consentis ; mais je ne pus m'empécber de m'op-poser, en prineipe» à un engagement où les parties n'étaient pas également liées Tune envers l'autr.er

La matinée se présenta peu fayorablement pournotre vojage : il tombait une pluie fine, froide et pénétrante; néanmoins nos amis nous accompagnèrent à quelque distance de la ville. Nous ne vîmes rien qui méritAt d'être remarqué pendant les premiers dix ou douze milles. Plus loin, nous observâmes une cavité extraordinaire creusée dans le roc vif, qui offrait quelque ressemblance ayec le cratère d'un volcani cependant nous ne vîmes point de lave à l'entour. Elle est de forme- à peu près eircnlalre et a de cinq à six cents pas de circonférence à son orifice, d'où elle va gradaellement en diminuant jusqu'au fond. Elle ne cod lient point d'eau ; mais différentes espèces de plantes et d'arbrisseaux poussent en abondance dans le fond et dans les interstices des parois qui sont composées de lits borizoïi.-

368 d'ALBP a ARTIOCBK.

taux de rocs, yariant en épaiMear de dix A quinze pieds. Hou» jugeâmes qu'elle n'avait pas moins de cent einqaante pieds de prefondenr. Comme il plen*

yaii fort quand nous y arrivâmes» et que la descente nonspatiit.d'one exécation difficile» nous n'essayé-

mespAS de l'examiner de plus près; cependant nous en Ylmes assex pour nous oooTaincre qne c'était une production naturelle aussi ancienne que la création. Les liabitanii l'appellent a le village engiouti. »

Au bout de huit [heures, nous arrivâmes au village de.Ienniae» qni se compose de quelques misérables huttes dont les propriétaires, qui sont fellahs» noimrissent une grande quantité de bétail. Comme le temps était froid, nousbalayAmesun coin de l'une des écuries ou étables à vaches; nous y étendîmes nos couvertures , y fîmes cuire notre souper ; et nous y passâmes une bonne nuit» malgré le contraste frappant qui existait entre nôtre position actuelle et les habitudes de luxe que nous avions contractées pendant noire ïéjour à Alep.

24 mars. — Le temps s'élant éciairci ce matin, aou e vojage fut plus agréable que celui de la veille. Le pays que nous traversâmes avait aussi un aspect plus i iant, car il était moins pierreux et un peu plus

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TURCOMANS RYHANLU

peuplé que celui qui environne Âlep. La première partie de noire route panait à fravera «ne valléo de forme ovale^ d'environ vingt milles de circonféreiice» et entourée de petites coUinés. Le lol de la plaine est un beau terreau rouge; il est presque sans pierres et parait extrêmement fertile. On voit sur les hauteurs environnantes un grand nombre de villages construits en pierre, dont la plupart cependant sont en mines ; néanmoins le style de leur ar^ chitecture prouve la richesse de leurs anciens pro* priétaires. Le plus important de ces tillages est celui que Ton nomme Dana, et qui devait être autrefois une place de quelque Importance» & en Juger piar ses ruines et surtout par plusieurs grottes sépulcrales taillées dans le roc qui^ aj ant été creusé, forme des cours entourées d'appartemens.

Après avoir traversé les montagnes pierreuses et calcaires qui bordent la yallée à l'ouest, nous desT cendlmes dans le district habité exclusivement par les Turcomans Ryhanlu; il se compose d'une suite de montagnes et de vallées qui s'étendent à peu près à quarante milles dans la direction du nord-ouest ; sa largeur moyenne est d'environ quinze à vingt mflles. Les Turcomans dressent leurs tentes sur lo

deO TUtCOMAHS RYHANLU.

peucbant des collines et euUÎTent les vallées qai se tronTent à leun pieds. Les champs sont ensenieBOés de blé, d'orge et de différestes espèces de plaotes légumineuses. U n'y a pas long- temps que les Turcomans soal devenus agricDUems. On peot estimer en , gros la population d'après le nombre des tentes, qui est de denx à trois milles , chaque tente contenant depuis deux jusqu'à quuue habilans. Les Turcomans Ryhanla se subdivisent en plusieurs petites tribus, chacune ayant son cbef, dont le rang au di?an est déterminé par la force de sa tribu. Ils ne payent ancnn roiri ou impôt foncier an Grand*SeifpBenr pour les terres qu'ils occupent. Semblables aux antres nations turcomimes pins importantes,^ ils sont nomades. Vers la fin de septembre, ils commencent à paraître dans la plaine d'Antioche, où ils pren* nent leurs quartiers d'biver jusque vers le milieu d'avril, époque à laquelle les mouches de la plaine commencent à tourmenter leurs chevaux et leurs bestiaux. Alors ils se dirigent versMarasb, et restent environ un mois dans le voisinage de cette ville; puis ils gagnent les montagnes de Gurun et d'Albostan. Celles qu'ils occupent s'appellent ICeukduli, Sungulu cl karuDorouk. Us y passent les mois les plus cbaudsL

TURCOMANS RYUANLU.

de Télé ; en automne, ils traversent de nouveau les plaines d'Albostao , et regagnent AnUoche par la même route. Les Turcomans, comme tous les peu- . pies nomades» passent pour être extrêmement indolens, restant tout le long du jour dans leurs tentes, ne s'occupant qu'à fumer, à boire du café, dont ils font une grande eonsommation, et à causer. Ils ne se . donnent pas même la peine de cultiver leurs terres de leurs propres mains. Cette tâche est laissée à de pauvres fellahs, reste des pajsans des villages abandonnés» qui étaient les habitans primitife du pays* D'un autre côté, leurs femmes sont extrêmement iaduBtrieuses. Outre les soins du ménage auxquels elles se livrent, elles fabriquent les couvertures des tentes avec du poil de chêyre, et des tapis de laine qui ne le cèdent qu'à ceux des manufactures de Perse. Leurs métiers sont d'uQ<e extrême simplicité ; elles n'em*ploient pas la navette, mais passent la trame avec les mains.

En traversant ce district, nous suivîmes la route qui longe le pied des montagnes méridionales, les parties les plus basses de la plaine étant submergées par la continuité des pluies; et après sept heures de marche , nous alteignimes Khareim, place trés-forle,

KURPADU.

située sur le sommel d'une monlagoe isolée, et qui parait avoir été coDstmito dans' la moyen-^e. On ne peut en approcher que d'un c6té, par un sentierétroit. Elle est aujourd'hui complètement en ruines» . et le seul endroit qui iièito offrit un abri fai Vécurie; nous lûmes même obligés^ pour nous eu emparer, d*en ehasser quelques pauvres Bobémîens que roii appelle ici Kurpadh; ces Kurpadh sont répandus dans toute l'Anatolie et la Syrie. Nous Iftmes d'ailleurs bien punis de cet acte d'injustice par la nuit que nous y i»a8sàmes : nous n'y pûmes jouir du moindre . repos à cause des essaims de puces qui l infestaient.

25 mon. ^ Ngns descendîmes dans la plaine» et continuâmes notre route vers l'oueist; après avoir traversé, à giié, avec beaucoup de difficulté, plusieurs torrens, petits mais profonds, qui descendent des montagnes du sud, nous atteignîmes, au bout de quatre heures de marche , le Nahr-el-Aaszy» rOronte, que nous passâmes sur un pont de pierre appelé Djissr-el-Hadid , « le pont de fer, « ainsi nommé à cause des portes garnies de fer qui le ferment aux deux extrémités. Il a été rebâti récemr ment par un ingénieur français qui habite Mep. A Touest du pont, est un village de Kurdes, qui sont

AEBIVÉB A AMTIOCHE. 363

tribnUîres du mulzelHin d*Aiitiodie. De là, la route s'étend pendant plus d'une heure et demie vers le aud-ouest, sur une plaine ineulte, au bout de laquelle nous trouvâmes . la Bab-Boulos (porte de Saint- Paul) , une des portes de Tancienne yille d'Anlioche. La nouvelle viUe^ appelée Anlakiy est à un demi-mille plus loin, yers Textrémité occidentale des murs. A quatre cents toises environ avant d'arriyer à la porte dont je yiens de parler» nous remar^ quàmes les restes d'un ancien pavé, et dans la porte mémof à gauche de la ronte^ en entrant» une belle source d'eau limpide» ombragée d'arbres. Cest un site très-pittoresque et très- fréquenté par les habitans dans leurs momens de' loinr. Nous descendîmes chez Djorjos Dip» agent général européen dans cette vUle. J'avais lait sa connaissance A Alep, et il m'avait donné une lettre pour sa famille, qui me reçut avec toutes les démonstrations de bienveillance possibles* C'est chez lui que descendent ordinairement les voyageurs. Des fenêtres de la maison de M. Dip, la vue s'étend sur TOroote et sur la vallée» dans la direction de la mer. Précisément à cet endroit de la rivière, on a jeté une digue qui la traverse dans mie direction oblique, afin de faire

AHTIOCBB.

touroer ooe naoura ou roue hydraulique de trente à quaranle pieds de diamètre , qui fournit de l'eau à la Tille et partieulièrement aux baiosi établiflèemens qui y sont très-oombreux.

AimoaiB, 96'ifuirf. ^ La Tille moderne d'Anlioche n'occupe pas plus d'un cinquième de Tancienne eneeinte. Les traits les plus remarquables quidislingueni les maisons de celte yille de celles du reste de la Syrie consistent en lear peu d'élévation et en leurs toits en pente, coOTerts de tuiles minces» au lieu de terrasses plates; elles n'ont qu'un étage et sont construites de matériaux légers. Ce genre de construction doit probablement sou origine à la nécessité de se prémunir contre les secousses des tremblemens de terre si fiéquens dans ces con** trées *. On y troQTo dix à douze mosquées avec de petits minarets » presque toutes d'une architecture médiocre. 11 peut y aToir six mille habitans qui sont gouvernés par un mulzellim tributaire du pacba d'Alep.

* Cette ville a été parlicaliéreraenl ciposée à ces phénomènes deslrucleurs. Elle a été presque démolie dans les années de J. C. 340, 394, 396, 456, 526, 528 cl 568. Ce dernier Iremblemenl coftU la vie à plus de soiianto mille personnes^

AMTIOCHE.

Il reste peu de yestiges d'aDcicns édifices dans renceinle de la ville neuve i les murs el Taquéduc sont les seuls ouvrages de rantl<(nUé dignes d'élre remarqués. L'ancienne ville était située sur le sommet et la pente septentrionale de deux hautes collines, et dans la plaine qui se trouve entre elles et le fleuve de l'Oronte. Elle se composait de quatre .villes distinctes ou quai tiers, ce qui lui faisait donner quelquefois le nom de Télrapolis. La colline au sudest est élevée et très-ralde; celle qui est à l'est est plus basse, et a un petit plateau à son sommet. Les murs qui existent encore, quoique dans un grand élat de délabrement^ indiquent clairement les anciennes limites de la ville, ils forment à peu près un rectangle, et l'espace qu'ils renferment peut avoir de trois à quatre milles de tour. Des deux faces les plus longues, qui couraient nord-ouest et sud-est, Tune fermait la ville du côté de la plaine, et Tautre le long du sommet des montagnes dont j'ai déjà parlé ; les côtés les plus courts éUient en partie sur la plaine, et en partie sur le penchant delà montagne. Les murs ont environ vingt pieds de haut, et sont flanqués de distance en distance de tours carrées. La partie qui s'étend à Touest de la montagne est la plus remar-

▲NTIOGHB.

qiiable, et remonte évidemmeDt à la plus haute antuimté *. Elle est conslraite en pierres de taille bien polies, avec de belles tours à égale distance les unes des autres. Par suite de sa position sur un rocher et de son excellente construction, elle a jusqu'à présent résisté aux effets du temps et aux secousses des tremblemens de terre. 11 n'y a point de créneaux, et le sommet, qui est uni, forme un large promenoir; on y monte par des escaliers taillés dans la pierre, et ron se procure parce moyen une yoie de communication tout autour de la ville. La portion de murs qui est dans la phdne au^essous était protégée par le lit profond d'un torrent d'hiVer. Gomme ses fondations sont beaucoup moins solides, elle a été soureht détruite et réparée. Les dernières réparations, à en juger par les fragmens 4ui gisent à Tentoilr, et qui se composent de masses de pierre et de brique, sont l'oumge des Romains. Un fossé profond rend difficile l'accès du côté méridional de la montagne qui se

* « Je snis persuatlé que ce mur est yérilablement celai qui a été bâli par Séleuciis ; cependant on n'y voit pas la moindre brèche ni aucune apparence qu'il y eo ait jamais eue, et l'on peut juger par là combien ces murs doifenl avoir été beaoï.» (Pococke.)

AMTIOGHB.

trovTe à l'oœtt de la ville, quoique les mar», en cet endroit paralsseot avoir été fréquemmeat réf»aré0, étant le cAté le plus exposé aux asiautf. Vers l*angle qui fait face au sud-est^ il y a un profond min d'enTÎron ylngt-einq pieds de large, el qui est formé par deux précipices presque perpendiculaifes. 11 était fermé par un mur solide d'eoYiron soixaDte-dix pieds de haut, et dont la plus grande partie îmkLa oneore; ee mur travérsait le lit d'un ierreot, et avait au bas une arche pour Vécoulemenl des eaux. Les murs d'enceinte s'étendent jusque sur le sommet des deux monlagoes, tout inaccessibles qu'elles soiii d'^aiUeurs^ tant ka habitans avaient à eonir de se mettre dans un état de sécurité complète. K l'est du ravin sont quelques excavations et niches ereufées dans le rooher ; quelques uae» ont servi de catacombes, les autres ont été faites après l'ère chrétienne el» en y ajoutant quelques travaux de maçonnerie, on les a converties en lieux de dévotion. La porte qui conduit au ravin «e nommts Bab-Hadid (la porte de fer). En dehors de cette dernière et à l'est, est un pont de cinq arches qui traverse la vallée. Les piliers soûl formés par le roc vif, sur lequel on a jeté des arches. Outre cette porte» et Bab-

368 D*A1IT10GBB A I8KENDBB0UN.

BoqIos à Test» dont j'ai déjà parlé, il y en avait trois

«autres principales, savoir : Bab-el-Djencin (la porte des jardins), qui donnait an nord; Bab-el-Djissr, à l'angle nord-ouest de l'enceinte de la ville, qui conduisait & nn pont, et Bab-Lataki (la porte de Laodicée), à l'ouest.

27 mars, — o*antioche a iskenderoun. — Désirant accompagner jusqu'A Iskenderoun, où il allait s'embarquer, un ami avec qui j'avais voyagé depuis Alep, j'ai quitté ce matin Antioche par la Bab-el-Dji8sr,qm conduit, comme son nom l'indique, à un pont de pierre sur l'Oronte. La première partie de la route traverse une riche plaine d'alluvion qui s'étend au nord-nordest d'Anlioclie * $ an bout d'environ cinq lieues, elle pénètre dans les montagnes de Beylan, anciennement les monts Amanus, qui la séparent de la côte. Ce défilé, appelé par les anciens Pylœ Syriœ, est célèbre dans l'histoire pour avoir été le passage par où Darius conduisit sa formidable armée' des plaines de l'Assyrie à la côte de Cilicie, quelques jours avant la bataille d'Issus. De sa possession dépendent encore

• Pline dit qu'Antîocheélaii partagée p«r le fleuve ; d*o l'on peul conclure qu'il y avait, dans celte partie nord, un faubourg, dont cependant il ne reste aucune trace aujourd'hui.

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BBYtAir. 369

les commonicalions eotre la Syrie et de l'Anatolie.

Ud grand khan» appelé khan Karamout, avec un petit TÎUage du même nom tout auprès, se trouTent A l'entrée du défilé. Le premier est en mines et le se* cond presque abandonné; mais comme cette rente était antrefois infestée de yolears, le pen d^habilans qui y restent réclament encore un petit tribut (caphar) pour la protection qu'ils ont la prétention de fournir aux voyageurs. Un peu au-delà de Karamout . est un ebâteau dn nom de Bagras, situé à gauche de la route, dans une position très-pittoresque, sur la pointe d'un précipice.

A une demi-lieue de Karamout commence une route parée qui conduit de l'autre côté de la montagne à la ville de Bcjlan, située sur son versant occidental; mais le pavé est aujourd'hui dans un tel état de dégradation, et la route était d'ailleurs tellement sUlonée par les fortes pluies qui avaient tombé depuis quelque temps, qu'en plusieurs endroits nous fûmes obligés de mettre pied à terre et de conduira nos chevaux A la main. Aux deux tiers environ de la montée, nous nous arrêtâmes et fîmes volte-£ice pour jouir de la belle vue, qui s'étendait A l'est sur la

grande plaine d'Antiocbe, et au nord sur le. lac de n. ^

9Î0 fiSYIiAlf.

ce nom : de ce c6ié« elle est bornée par la cbaine in TauruB. Outre la ri?ièce d^ÀirlD qui deicetid de eet noDiai^es et qui arrose la plaioe» il s'y trouve encore une <|aaDtilé d'autres rivitoes et soureea woms importantes qui la coupent en différentes direclioDi. Lelae que l'on nonme oommunément Bahr Agoulé ou le lac Blanc abonde en poissons , parti" culiéremeDi en earpee et en mulet6« On les sale aussitôt que pris , sur la place môme , et on les transperte par teute la Sjrie» à l'usage des ebiétiens qui s'en nourrissent pendant leurs longs et sévères jeù~ nés. Ce lac peut avoir quarante milles de eireonférence. 11 verse le surplus de ses eaux dans l'Oronte.

Après avoir monté avec peine pendant deux heu« res, nous atteignîmes Bejlan, située sur les deux pcnehans d'une vallée profonde» étroite et élevée» d'où Ton jouit d'une belle vue sur la Méditerranée et sur le pays qui l'en sépare. Un courant d'eau abondant, qui se précipite des montagnes, coupe la ville par la moitié, et plusieurs aquéducs» dont quelques uns paraissent très-anciens» traversent la vallée A des dis* tances très-rapprocbées. Les maisons sont bâties en pierre avec des toiu plats en terrasse et sont placées sur le penchant de la montag.ne. Vues d'un peu loin,

BAIS D'ISKBKDBKOIRI

eDtrçméléefl qu'elles sont d'une grande yariété d'ar^

bres qui font contraste avec les masses de roc nu, elles forment un coup d'œil extrêmement agréable. Par la beanté de sa position» la pureté de l^air qu'on j respire et l'excellence de ses eaux» Bejlan est sans contredit une des plus agréables TÎUes du nord de ta Sjrie. Elle était autrefois très-fréquentée dans la belle saison par les Européens d'Alep et d'Alezandrette, quand le commerce de ces deux villes était plus florissant qu'il ne l'est aujourd'hui. Elle est encore la résidence d'un grand nombre de riches familles turques* Ces dernières y restent, non-seulement à cause des avantages dont nous Tenons de parler, et qu'elles savent si bien apprécier, mais encore pour la grande indépendance dont elles y jouissent, du moins comparativement, car elles sont gouvernées par des sheikhs qu'elles se cboisisseni parmi elles.

Le point de vue qui se déploie devant le voyageur à mesure qu'il descend le penchaut occidental du montÀmanus est d'une beauté magique. En £ioe, il a la magnifique baie d'iskenderoun, formée par le capKhanzir (Rbossus) au sud et celui d'Ayasb au nord, avec une ligne de côtes trés-étendue , c'est-à-

37i MKBNDBEOUN 6U ALEXANDIBTTB.

dire celles dci la Caramanie» rancieone CiUcle» <ioi se prolongent à une grande distance à l'ouest. La ville pittoresqoe de Bejlan et les hanteim TocheuMS qui Peâyirohneiit forment le premier plan ; pois Tient une petite plaine verdoyante qui s'étend jusqu'au rivage et qui parait parfiritement cultivée. Cétait, depuis plusieurs mois que je voyageais dans ces contrées^ la première fois que j'avais occasion de voir la mer ; son aspect j-mais plus particulièrement celui de la rade> où se trouvaient trois on quatre vaisseaux marchands A l'ancre, sur le point de mettre à la voile pour l'Europe» me rappela, malgré moi, toutes les idées attrayantes qui se rattachent ù la patrie, et ce fut avec peine que je résistai à la tentation de retourner au sein de mes amis.

£d descendant de Beylan, où nous nous arrêtâmes pendant une couple d'heures, nous traversâmes une suite de basses collines, toutes couvertes d'une riche végétation, et après trois heures démarche, nous af^ rivâmes au misérable village d'iskenderoun, situé sur une petite langue de sable, attenant au rivage. Ou côté du sud, on y parvient par une chaussée pavée qui traverse un bas-fond marécageux d'un mille â peu près d'étendue dans cette direction , et qui se

ISKBNDEROUN.

prolonge à une distance encore plus considérable à ronert et «a rad-oueft. Une grande qnantité de bo(fies paissaient parmi les roseaux, quelques uns abso^ lamentenseTelis dans Tean bourbense» lenr nei senl restant visible à la surface. Ces marais se sont for** més depuis peu; on les attribue généralement à deux petites sonvees qui sortent de dessous quelques locbers à environ un mille au midi de la ville, et qui, ne trouvant pins de passage A 'travers les canaux qu'on avait creusés dans l'origine pour conduire l'excédant de leurs eaux A la mer, se sont répandues peu A peu sur les bas-fonds et ont formé un marais pestilentieL La baie d'iskenderoun, autrefois très-fréquenlée par les vaisseaux pour l'excellence de son mouillage, le plus sûr de toute la côte de Syrie» n*est plus aujourd'hui approchée par les marins qu'avec terreur A cause de la réputation d'insalubrité de Pair qu'on y respire, quoiqu'il soit évident pour quiconque visite ce lieu qu'il suffirait d'un système judicieux de dessèchement pour la rendre de nouveau ce qu'elle était autrefois, c'est-à-dire un lieu fort sain eomparativement A son état actuels 11 est vrai que, depuis le commencemenl.de mai jus- .qu'A U; fin de septembre , les cbaleurs.y sont acca-

ISKBNDBBaim

blaotes, et les personnes qui tiennent à oonierver leur santé feront. bien d'en éfiter le séjoor; mais les inscriptions des pierres tvmnlaiies da cimetière de l'église grecque, par lesquelles on Yoit que la plupart des personnes y meurent de Tieillesse» font connaître que Tair n'y est pas nalurellemeot corrom^ pu* Les tombeaux eux-mêmes, qui sont de marbre blanc, y sont exempts de toute espèce de végétalion.

9S^mar9* — Iskenderoun, Tandenne Alexandria ad Issum, la dernière rille de la Cilicie, ou Âlexandrette, comme l'appellent les Francs, est le port naturel d' Alep , dont elle est éloignée d*onYiron quatre-vingts milles. La ville n'est plus qu'un monceau de ruines ; elle est réduite à quelques rares magasins appartenant aux marcbands d^Alep, qui y font décharger leurs cargaisons ou qui les y emmagasinent en attendant l'arrivée d'un vaissau. M. Foroetti est le seul fiicteur européen qui y réside. Le bazar se réduit à une demi-douzaine de boutiques où le voyageur peut, en passant, se faire servir une tasse de café, ou remplir son sac à tabac , mais voilà tout. Les autres habitans, qui se composent d'une douzaine de familles grecques, tirent leurs moyens d'existence du salaire qu'ils reçoivent en aidant à embarquer

ISKBNDnCfUH

l«8 oiarchandites qui arrirent d'Alep. Celles qui

Tiennent de l'étranger sont transportées à Âlep et à Bagdad» à dos de chameau. La earame miat duq

jours à atteindre la première de ces deux places, chemin qu'un voyageur peut faire facilement en trenle-six heures environ. 11 y a, dans ce moment, quatre bricks mouillés sur la lade ; trois français de Harseille et un anglais de liTcrpooL Tel est l'état pitoyable du commerce dans ce pays, qu'aucun bà* timent, à moins d'être partinuliéremeat nolisé, ne peut espérer obtenir un chargement entier dans un seul port de la côte. Us sont obligés de les yisiter tous, les uns après les autres, en remontant depuis Saint-Jean-d'Acre jusqu'à Iskenderoun, et souvent ils poussent jusqu'en Cbj'pre pour compléter leur cargaison* La factorerie anglaise* qui, à en juger par l'étendue du terrain qu'elle couvrait et ses murailles massives, devait être un édifice de quelque importance, sert aujourd'hui à loger du bétail.

dO mars* — - Pendant que je me trouvais dans cette ville, attendant l'embarquement de mon ami, j'éprouvai le désir de visiter quelques lieux intéressans des environs, et particulièrement Payas, l'ancienne Bay», qui se trouve sur le cOté opposé du golfe. La

9LÂVŒ M L'iiSVS

distance peut étie d'environ aeiie nulles; la lonle

longe la côte au pied de la montagne qui^ en cet endroit» est baignée par la uMr. Mais on me la repré* ^ senta comme très-dangereuse sans une escorte, qu'il m'était impossible de me procmer, et je me décidai en coDséqoence à prendre uo chemin plus direct à trayers le golfe; je looai à cet effet mie petite chaloupe à voile, montée par trois matelots grecs. Noos avions bon vent» et en moins de deux heures» nous entrâmes dans le petit port de Payas. La ville elle-mêoie» plus enfoncée dans les terres» est située an centre d'me plaine verdoyante d'âne assez grande étendue, au pied d'une montagne très-élevée; un torrent fougueux passe à l'est delà place et se dirige vers la mer. Je crois que» d'après l'opinion généralement reçue, la mémorable action qui décida du sort de Darius et de l'empire des Perses se passa dans ce voisinage; mais, faute d'un guide intelligent» je ne pus me familiariser avec toutes les localités qui se rattachent a ce grand événement. La ville de Payas était» il y a quelques années, riche, populeuse, et la ré» sidence du chef rebelle Kuichuck AU» qui non-seulement pilUiit les caravanes lorsqu'elles passaient par lé» mais qui leva pendant long-temps des contri-

Diyilizea by GoOglc

UN OBAGB<

butions sur tous les districts euTironnans. Elle est aujourd'hui presque déserte ; un magnifique corps de bâtiment reste seul pour témoigner de sa première importance. U se compose d*uo bazar» d'un khan, de bains, d'une mosquée et d'un château qui paraissent avoir tenu tous ensemble et avoir été bâtis â la même époque»

En revenant le soir à iskenderoun, nous fûmes surpris par un violent orage, suivi de torrens de pluie. Nous eûmes toutes les peines du monde â empêcher notre petite barque de couler bas, â cause de l'épaisseur de la nuit et de la quantité d'eau qui nous couvrait à toutonoment. Les vents les plus â craindre dans cette baie sont les brises du nord-est, et les rafales des montagnes ; mais ils ne régnent presque jamais qu*au commencement de l'hiver et du printemps.

Absous , 1*' wriL — Je suis parti ce matin d^lskenderoun avec l'intention de traverser le cap Khanzir (Rhossus) pour gagner Suedieh, et de revenir à Antiocbe par la vallée de TOronte. Après avoir suivi la céte pendant une heure, en me dirigeant vers le sud, j'atteignis le Beylan-Sou, ou rivière de Bejlan, formée de la réunion des ruisseaux

AESODS.

qai deBceadent des moiitaifnes de ce nom. Dem

heures et demie plus tard, j'arrivai à uae langue de terre élevée qui sépare la plaioe d'Uenderomi de celle d'Ârsous. Je m'arrêtai dans cet endroit pour déjeûaer au bord d'une fontaioe doot l'eau était excellente. Comme nous nous trouvions & Tépoque du carême des Greca» tout ce que mes guides avalent pu se procurer au bazar d'iskenderoun se réduisait à un peu de friture froide de poisson et quelques olives sèches. Je me remis en marche » et an bout de deux heures j'arrivai À Arsous» après avoir traversé pendant ma route plusieurs ruisseaux, dont Pnn est si rapide , qu'en se jetant dans la mer, il la couvre à «ne assez grande distance d'une écume blanche.

Le village d'Arsous, composé de vingt à trente chaumières isolées, est agréablement assis sur les deux rives d'un ruisseau considérable qui descend des montagnes à l'est. Tous les habitans sont fellahs ou cultivateurs. Je m'établis pour la nuit dans une de ces chaumières. Mon hôte était, depuis lougtemps, malade de la fièvre, ce qui le mettait hors d'état de vaquer à ses travaux\ et par conséquent les intérêts de sa jeune famille en souffraient. Je préparai quelques doses de quinine que je lui don-

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