‹ Voyage en Palestine et en SyrieChapitre 60 sur 68 · ARS0D · texte numérisé non relu

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Haï, avec les instructions nécessaires pour les prendre; car il n'avait jamais entendu parler de cette drogue. Je lui enjoignis de résider, jusqu'à sa parfaite gnériscnif dans lea habitations les plna élevées des montagnes voisines. 11 me promit de suivre mon avis» et sous .ce rapport la foi dea Turcs dans la science des Ëurop^^ens est illimitée ; je ne doute pas que ce régime n'obtienne un succès complet*

Absous, 3 avril. — Le sheikh de ce village, qui est tributaire du pacba d'Adana» me refusa, par quelque motif inconnu, la permission de continuer ma route de ce côté. Je fus donc obligé de revenir à Antîoche par Beyian et la plaine que j'avais traversée la veille. En rcjoignant| le Beylaa-Sou, je suivis ses bords, dont rien n'égale la beauté pittoresque. Les hauteurs qui les bordent sont souvent escarpées et bien recouvertes d'arbres, à cette époque en pleine floraison. De leurs flancs, plusieurs roisseanx apportent le tribut de leurs eaux au fleuve, ou descendent en jolies cascades de rocher en rocher, se dirigeant vers la mer. Cà et là on voit quelques chaumières isolées avec dea morceaux de terre cultivés, où le blé vert commence à pointer. En arrivant à Bej^lan, je m'étabUa

DiyiliztiO by GoOglc

380 DE BEYLAN A ANTIOCUB.

pour la nuil dans la boutique d'un maréchal, que je tiouTai abandoniiée par ion propriétaire; elle servit anfri d*éeiirie à mes ehevtvx. J'y reçus la Tiâte do sheikb^ qui était un osmanti fort distingué, il s*as8it quelque temps arec mol sur le comptoir et me parla avec intérêt des différens pays que j'avais visités dans le cours de mes voyages , puis il se relira dans son harem pour prendre le repas du soir. 11 n*oublia pas cependant de m'envoyer un grand plat de pilau de sa propre cuisine, avec des dattes et des confitures. Après souper, j*eus la visite de son* fils, beau jeune homme aux manières eDgageantes, à qui je donnai un peu de poudre anglaise et des pierres à fusil, présent très^agréable dans ces coq- • trées» et le seul que Je pusse réellement fiûre pour reconnallre les civilités que son père me témoignait.

8 OIN^.— Retour a Antiocbe. — J'avais descendu le cété est de la montagne de Beylan (le mont Amanus), et j*avai8 déjà fait quelque chemin dans la plaine que traverse l'Oronte» lorsque je fus surpris par Torage, ce qm arrive souvent dans ces contrées à la fin de rhiver^ et avant que le temps se fixe, pour cinq ou six mois, à uu état de sérénité que riennintec>

DB BBYLAV A ANTIOCHB.

rompt. Heureusement» Je pas atteindre à temps un

pont ruiné sur le Kara-Sou, ou Eau Noire, torrent qui se jette dans l'Oronte. Tandis qne je m'y mettais à labri sous une des arches, la pluie tombait à torrens autour de moi» accompagnée d'épouTantables éclairs et des plus forts coups de tonnerre que j'eusse jamais entendus. Mon cheval commença à devenir excessivement rétif et, pour compléter mon embar^ ras» la rivière» qui se gonflait de plus en plus» menaçait de me chasser du seul asile que le hasard m*eùt offert sur ma route. L'orage dura peu; cependant mes peines ne finirent pas avec lui. Dans la partie marécageuse de la plaine se trouvent les ruines d'une chaussée pavée qui conduit & la ville» mais qui est aujourd'hui dans un tel délabrement qu'elle est prèsque impraticable. Toutes les fois que j'essayais de la quitter, mon cheval s'enfonçait jusqu'aux genoux dans la bourbe» et menaçait de s'engloutir avec son cavalier dans le marais^ En voyageant dans ces belles contrées» on est frappé de la. magnificence de quelques uns des khans» des aquéducs et autres ouvrages d'utilité publique qui se présentent à chaque pas» et qui dénotent un état de grande prospérité et de haute civilisation ; mais quoique ces monu-

382 SOUVENIRS HlSJOaiQUES.

mens offirent ai4ourd'làui les marques d'une uégli- ^ence qui date de loin, on n'y fini cependant aocnne des réparations nécessaires^ et on souHre leur destraction comme i^ib n'appartenaient A pefioone» et que le sol fût privé de ses Téritables propriétaiici*

L'ancienne ville d'Anlioche,dont le village moderne d'àntakiest l'hnmbie représentant, s'appelaitRiblath avant la conquête des Macédoniens; mais Séleneus Nicator, l'un des généraux d'Alexandre, l'ayant choisie pour siège de son fùtur gouyemement et l'ayaot grandement embellie, lui donna le nom d'Àntioche, en honneur de son père Antiochns. Pendant plasieun siècles, elle fut la résidence des rois syromacédoniens, et plusUrd, 8onslesRomaîns,ceUedes gouverneurs de la province. Vespasien, Titus el d'autres empereors, M accordèrent des privilèges trèséiendus* 11 y avait en Orient plusieurs autres villes éo même nom, mais l'Écritiire n'en dte que deux, savoir : Anliochia Pisidia, ville de l' Asle-Minewe, et 4wile dont il est question ici } cette dernière est souvent mentionnée dans les Actes des Apôtres, et ee ftit dans cette viUe que les disciples da Christ furent, par un ordre divin, appelés pour la premiève irfs

80UYSN1E8 UI8TOBIQUI8. 383

do nom de leur leigneor et naître Plot taid» on

la désigna sous le nom d'QEil de Téglise d'OrienU L'enpereor Jusiinien la répara en l'an et la nomma Tbéopolis, on k Tille de Dieu, parce que, dit-on, ses habitans étaient en grande partie des chrétiens attirés là sans donte par la liberté extraordinaire dont ils jouissaient dans Texercice de leur culte. Cette liberté , à ce qu'il paraît» était un reste du ju$ civitatum, ou droit de cité, que Séleucus ayait donné aux Juifr, en commun avec les Grecs, les cbré* tiens étant considérés alors comme une secte d'Israélites. Leur église fut long-temps gouTemée par des prélals illustres.

Le souvenir de ces privilèges et de l'ancienne importance ecclésiastique de la ville se présenta à mon esprit avec un redoublement de regrets, parce que ce jour était précisément la grande féte de Pâques, et je comparais avec douleur ce qu'était Antioiehe autrefois avec Pétat d'abandon où elle est maintenant réduite. Le peu de chrétiens qui y résident aujourd'hid n'ont pas même la jouissance d'un temple dans l'intérieur des murs; ils) célèbrent le service

* À. D. 39. Jusqu'alors ils aTaieot été appelés Nazaréens et Galiléens.

384 S0CVBN118 HISTORIQUES

divîn^daiis une grotte à eoTiron m demi-miUe de la TÎtle. Le raTln dans lequel cette grotte est située * était, pendant mon s^onr à Antiocfae, ma pronenade tii?OTite de ebaqoe jour , tant à cause de la circonstance que je viens de rapporter (car le matin j'étais sûr de rencontrer sur eetté roilte quelque chrétien persécuté reTenant de (aire ses dévotions) que ponr admirer les étonnans ouvrages de la nature, auxquels la main hardie de l'homme a encore ajouté. Ces remparts forent le théâtre de plus d'une lutte sanglante entre les Sarrazins et les croisés, combattant les uns et les autres pour le triomphe de leur rdigîon. Hélas 1 cette place fortet qui tenait le troisième rang parmi toutes celles des provinces romaines, maintenant étendue dans le silence et les ténèbres, ne présente plus qu'une masse de ruines informes, et gtt sans vie, mais bdle encoro après sa inort 1

* Yoyei page 867.

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