‹ Voyage en Palestine et en SyrieChapitre 63 sur 68 · FONTAINE DE Z0I6A · texte numérisé non relu

FONTAINE DE Z0I6A

former une idée avantageuse de ce qu'il devait être (fiiand. il était embeUi par Tart et oiué de temples, de statues et de toutes les richesses que Tarchitectnre prodiguait à cette époque. Je laisse au lecteur à compléter, dans son imagination» le tableau de cet ancieo séjour de la volupté.

En reyenani à Ânlioche, je pénétrai dans les montagnes qui sont kVesi de la route, pour visiter une autre grande fontaine appelée Zoïba dont les eaux prennent leur source dans un endroit trés-élevé de la montagne. En descendant dans la plaine, elles passent sur d'énormes rocs qui semblent avoir été détachés par quelque grande convulsion de la nature, formant des cascades d*une rare beauté, et de temps en temps des bains naturels pour les nymphes et les naïades dont l'imagination se plaît à peupler ces lieux. À tout prendre, c'eât un séjour délicieux et très-fréquenlé par les habitans; car, par son isolement et par les sauvages beautés du paysage, il convient parfaitement à l'esprit calme et contemplatif d'une population orientale.

7 avril, — Ce matin, je suis parti pour Suedieh, située dans une plaine, à cinq lieues et demie au sudouest d'Anliocbc, et à une lieue de la mer. La route

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(pli y cooduit (ravcrse un pays légèrement ondulé et coupé çà et là par des ruisseaux qui tombent des montagnes an nord et se dirigent yers l'Oronte. Le plus considérable de ces torrens est celui qu'on appelle Kara-Sott; il est à peu prés à minshemin d'Antiochc à la côle. Sucdieh est un grand village, ou plutôt une suite de hameaux et de maisons éparses, réunis sous le même nom, et habités par des fellahs chrétiens et quelques familles anzeyrjfs^ on Q*y trouve point de musulmans. Leurs chaumières sont isolées les unes des autres, au milieu d'enclos plantés de mûriers blancs pour la culture de la soie.' Je descendis chez iiadj Youssouf Saba, le principal chrétien du lieu» pour qui j'avais des lettres de re-coiumandation, entre autres de M. Barker^ consul anglais à Alexandrie.

Dans le temps où M. Barker occupait le mémo poste à Alep, il avait > dans ce village, une maisc . de campagne où il venait avec sa famille passer I s mois d'été pour jr jouir des brises de mer. Mal{; é son passage en Egypte, il la conserve toujours, avec rinlenlioo, quand il quittera sa place, de continuer les embellissemens qu'il y a commencés et'peut-étre d'y Unir ses jours. Le climat de Sucdieh est regardé

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comme tièMio, el ?n la fertilité natiiielle da sol, n

proximité de la mer et d'autres avantages locaux, je ne sois pas surpris du choix que M. Barker en a fiût* Je trouvai la maison dans uo triste état de dégradalion» et les i^atca^baodes de fleurs étouffées sous les mauvaises herbes. C'était la suite uaturelle de l'absence du maître ; mais la pépinière où Ton élève de jeunes arbres fruitiers impertés de France et d'Angleterre, réclamant des soins moins minutieux, est dans mi état plus satisfiùsanl. Sur le flanc de là montagne, au nord-ouest de la maison, est un plant de vigne considérable, qui contient au moins quatrevingts espèces différentes des raisins les plus estimés

l'Europe. Le sol et la position sont admirablement choisis pour leur culture, et je regrette beaucoup de ne pouvoir me trouver ici à l'époque des vendanges^ pour voir le résultat d'une entreprise aussi louable. Avec un certain nombre de propriétaires comme M. Barker, et qui seraient guidés par les mêmes vue» philanthropiques que lui, car il est généralement eMimé dans le pays, la Syrie prendrait un tout autre aspect que celui qu'elle présente aujourd'hui.

8 €mU. — Visite aux ruiiibs db séleucib.— Désirant visiter les ruines de Tancienne Seleucia ad

SliLBUClB

(lare je me suu rendu ce matia aa village de

Kepsc, qui est éloigné d'enYiron trois quarts de lieue de Suedieli» et qui oocupe rempUoement de rancieiine ville. Nous reconnûmes que nous en approchions à la vue d'un grand nombre de grottes sépulcrales creusées dans le roc qui borde la roule, et qui sont occupées aujourd'hui par des bergers et

leuri troupeaux. Quelques unes étaient voûtées,

comme celles que j^avais vues à Delphi ; d'autres, plus grandes, avaient des chambres qui donnaient les unes dans les autres. Nous péoétrâmes dans Ten-^ ceinte de Faneienne ville par la porte qui se trouve sur le côté sud-est, et qui était probablement celle qui conduisait à Antiocbe* ËUe est protégée par des tours rondes, aujourd'hui en ruines. Le premier objet qui attira notre attention fut un canal artificiel creusé dans le roc, par lequel la ville communiquait avec la mer. 11 a environ quinze pieds de large; la première partie , qui a deux cent soixante pas de long et quarante de haut, est creusée sous le pied de la montâgne; le reste» qui peut avoir huit cent

* Elle fot aani nommée Pieria de st sttoatioa aa f «d da»

mont Piériiis qui est une branclMi du mont Amanut.

vingt pas de loDg, est taillé dans le roc yif, à une profondeur qui varie de quinze à vingt pieds; sa surface est découverte, et il finit à la mer. Le long du rivage^ sont plusieurs canaux pour conduire l*eau des parties les plus élevées aux terrains qui se trouvent au midi du canal. Dans la plaine, à Taogle sudouest de la ville, était un bassin, muré tout autour, pour recevoir les vaisseaux : il communiquait avec la mer par un canal étroit, mais il est à présent à sec. Au nord de ce canal, sur unierrain légèrement éle- Yé, on voit une tour qui protège le port. Au sud de l'entrée , il y avait une autre tour bàtle sur un roc. Prés de celle-ci, une jetée de dix-huit pas de large s'avance dans la mer à une distance d'environ soixante-sept pas sur une largeur de dix-huit. Elle est construite de trés^andes pierres, dont quelques unes ont vingt pieds de long sur six de large : elles étaient liées ensemble par des crochets de fer, dont on voit encore les marques. Un peu au nord de celte jetée, il s'en trouve une autre de cent vingt pas de long sur quinze de large.

La ville fut bâtie par Séleucus-Nicator, immédiatement après qu'il eut vaincu Antigène, à une époque où il n'était pas encore affermi sur son IrOnc. Des

SÉLBCCIB.

magnifiques temples et édifices dont parle Pol)be, il ne reste, pour satisfaire la curiosité du voyageur aDliquairc , que quelques tronçons de colonnés ; mais eomme j'étais assis tout seul sur un banc de pierre, an bout de la jetée, il me revint à la inémoire que ce fut dans ce port que Paul et Barnabas, ces apôtres du cbristianisnie dans TOccident, s^embarquérent pour Chypre, lorsqu'ils forent ebargés de celte sainte mission par l'église d'Antioche* Tont-à-coup ce lien acqoit à mes yenx uin inté* rét que les restes de l'art payen auraient été peu capables d'inspirer. Aussi ce fut bien à propos que' je me rappelai ce fait consolant^ car je me sentais singulièrement attristé à la vue d'une grande cité maritime, où l'écho répétait jadis les voix confuses de tant de milliers d'individus, et qui aujourd'hui* ne compte pas un seul habitant ; où le port, qui contenait autrefois des galères richement chargées, est maintenant encombré de roseaux ; et dont enfiii les quais, remplis pendant tant de siècles de marins affairés , allant et venant la journée entière , ne voyaient en ce moment sur leur pavé, dégradé par le temps, marcher d'autre créature vivante que moi. Je quillui Séleucie, et Iraversaul la plaine vers le

MOHT CA81U8.

sud, peodiDt enyiron quatre milles » je me dirigeai

yers les bouches de TOronte. J'y trouvai le sable de la plage n fio que je ne put rénster à Teoyie de me baigner, malgré l'époque peu avancée de la saison. ▲ en juger par la hanteur de la marque que les eaux ont laissée» les vents d'ouest» auxqneb la côte est exposée» doivent y souffler pendant rhiver avec une grande violence. A rembouehure du fleuve, se trouve une barie, où la plus grande profondeur de Teau n*ezGéde pas quatre pieds» et il arrive souvent que les embarcations touchent en cherchant à la passer. L'entrée est marquée par la tombe blancbîe d!un santon turc. Le Djebel-Okrab (mont Gassius) , qui est au sud du fleuve, vu de l'endroil où j'étais» fait un très-bel eflét» car il s'élève brusquement du sein de la mer jusqu'à la hauteur de cinq à six milles pieds» et se termine par un pic aigu. Sa partie inférieure est cultivée ; mais, vers le sommet» il est de couleur grise et dépouillé d'arbres» d'où lui vient le nom d'Okrab» qui signifie en arabe « chauve ». Partant de l'embouchure du fleuve » je remontai sa rive droite jusqu'à un large bassin^ qu ou me dit être l'ancien port d'Àntiochej il se trouve à environ un miUe de la mer. Tout prés de là, il y a quelques buttes et

BABYLA.

un bAtiment en pierre, appelé la douane i mais les

droits perçus à présent par le receveur De peuvent pas être bien considérables» car il n'y a pas on seul navire sur la rivière.

9 avril. — Voulant faire une excursion dans le voisinage de Suedieh^ je me suis mis en roule ce matin avec mon ami Youssouf Saba« et prenant notre direction au nord-ouest, nous sommes arrivés au bout de trois quarts d'heure A la fontaine appelée Ayn-Iiuder-Bey, dont les eaux contribuent si puissamment à la fertilité et à la richesse de Suedieh. Sa situation est extrêmement pittoresque, et la route qui y conduit inspire un haut intérêt par la variété des points de vue qui se déploient A chaque pas aux regards. A deux lieues de Sucdieb^ après avoir grm avec peine une route pierreuse, j'atteignis Babjla^ dont le nom est probablement une corruption de saint Babjlas, et qui est située sur le sommet ' d'une colline. Une demi-lieue plus loin, on trouve Betias-Molias, avec les ruines d'un couvent chrétien fort ancien : il était construit avec une magnificence extraordinaire. La situation est extrêmement belle, et la vue três*étendue« Une fontaine abondante d'excellente eau sort de dessous quelques rochers

BOEDS DE L ORONTE.

voisins et tombe en jolies cascades dans la vallée qui se trouve au bas. Nous mimes pied à terre eu cet endroit, et y passâmes la plus grande partie de la journée, jouissant d'une des plus admirables vues qu'il soit possible de concevoir. Vers le soir, nous descendîmes dans la vallée qui était à uos pieds» et nous arrivâmes â un village où se voient les ruines d'une autre grande église appelée Hannah-ed-Dabab (Saint- Jean^Chrysostôme, ou Bouche d'Or). Tout près de là, dans un ravin arrosé par un torrent, je remarquai quelques noyers, les plus grands que j'eusse jamais vus, ainsi que quelques beaux peupliers. Les paysans m'y parurent bien faits, bien portans et indépendans dans leur manière d'agir. Les femmes s'y font remarquer par l'immense quantité d'anciennes pièces de monnaie d'argent qu'elles portent dans les tresses de leurs cheveux. Le turc est la langue géné- " ralement parlée dans ces contrées.

10 avril» — Retour a antioche. — Au bout d^une heure, j'atteignis les rives de l'Oronte, prés de l'endroit où, sortant des montagnes, il entre dans la plaine, avant de se jeter définitivement dans la mer, à deux milles plus loin. Dans cette dernière période de son cours, quoiqu'il ne soit pas très-large, il pré-

Diyiliz

BORDS DE L'ORONTB

sente cependant l'aspect d'une rivière belle, profonde et rapide^ navigable pour des bàlimens d'environ cent tonneaux. Gomme il ne se trouvait point de pont à cet endroit, nous le traversâmes dans un bac dont la téte était liée par un anneau de fer à une cpide attachée aux deux rives, de sorte que nous n*eûme8 qu'à glisser le long de cette corde sans l'assislance d'uu balelier. Cependant la barque élant petite/ et nos cbevanx, malgré le soin que j'avais pris de leur bander les yeux, étant peu accoutumés à ce genre de mouvement, nous ne les pûmes passer qu'un à un» ce qui rendit l'opération à la fois ennuyeuse et dangereuse.

Arrivés à l'autre bord, nous commençâmes à remonter la rive gauche du fleuve, et au bout d'un quart d'beure nous pénétrâmes dans un défilé d'une beaulé suipicnanlc. De là,, pendant plus de deux lieues, on voit TOronte couler entre une double ligne de bautes collines, tournant et serpentant ineessammept quand le terrain sur lequel il passe présente des obstacles A son libre cours, ce qui lui permet de porter alternativement de chaque côté la puissance fécondante de ses eaux. Dans cet intervalle, la route suit nalureUemenl le caprice de la rivière. Quelque*

BORDS DE L OEONTE.

fois elle s'étend, le loDg du rivage, sur uo soi d'an ronge foncé, qui contraste agréablement ayec la -verdure des environs ; d'aulres fois quand le passage est rétréci par IcToisinage pins rapproché du flenve^ le Toyageur trouve nn petit seotier étroit qui le conduit sur des rochers éleyés et raboteux, avec des précipices effroyables à ses pieds. Parfois la rivière coule majestueusement le long de la base d'un roc perpendiculaire de plusieurs centaines de pieds d'élévation, avec de vastes ouvertures dans ses flancs, ce qui ajoute un air singulièrement sauvage à la scène. Dans ces endroits , la vallée est généralement plus large qu'ailleurs, et par conséquent on y trouve quelques petites plaques de terrain verdoyant propres À la culture : elles sont plantées de mûriers et de vigneiy du sein desquels on voit par-d par-là poindre une chaumière. Mais la nature se montre bien plus que l'art dans cette vallée pittoresque , et j'avoue que nulle part, dans le cours de mes longs voyages» je ne l'ai vue répandre ses beautés d'une main n prodigue. Il n'y a^ pour ainsi dire» pas d'expression qui puisse donner une idée exacte de l'abondante variété de feuillages qui s'offire à Pcnl de tous céiés. Outre le myrte et le laurier à la riche

MONT PIÉRIDS.

verdure qui se mêlent à la vigne sauvage, le laurier rose, l'arbonaiery k platane et le sycomore s'étendent dant tovtet tes dfreetions. Tons les charmes n'étaient pourtant pas pour l'œil seul* Les arbres fruitiers, qui y sont très-abondans» étment à cette époque en pleine floraison et exhalaient un agréable parfum sur notre passage, tandis que» pour compléter le bonheur des sens, les bas-fonds accidentels de la rivière entretenaient nn nrarmure continuel qui flattait l'oreille, et plus d'une fois, nous invita au repos. Un seul regret se mêlait à nos plaisirs; c'était que, par suite de son éloigncment de notre patrie» nous ne pouvions espérer de £ure de ce lien Tobjet de fréqiiens pèlerinages.

A deux lieues de l'entrée orientale du défilé» les montagnes sur la rire droite de la rivière s'abaissent subitement, et peu après la vue découvre de nouveau sur la pkbe de Suedieh» bornée au nord par la chaîne du Djebel- A khomar {Fieriiuy, Le Kara* Sou on « £au noire» nom qui caractérise plutôt m lit pierreux et noir que la qualité de ses eaux, qui

* Dans une Notice, inlitulé Des montagnes de la Terre, je trouve la hauteur du Piérius marquée à 1,615 mètres 844 toiles.

D'ANTIOCBS A LATAKIBH.

sont singulièrement transparentes, tombe dans le fleuve Oronte, prestfae wÀ-vis de ce site» après être descendu des montagnes. Aj droite de la route, est une belle fontaine appelée Semanié^ où les vo^a* geurs ont coutume .de £ûre balte» Nous y mimes pied à terre pour nous rafraîchir»

Dans l'après-midi» nous remontâmes à cbeval, ett suivant le seutier qui longe les collines au-dessus de rOroute, nous airlTàmes en trois beures à Antipche, ce qui faisait en tout sept beures de marcbe depuis Suedieb.^ La route que nous primes à notre retour peut avoir deux milles de plus que la route directe qui traverse la plaine» et elle est par conséquent peu fréquentée ; mais on a vu que nous avions toutes les raisons du monde d'être satisfaits de notre Toyage» et noua lûmes redevables de ee plaisir aux conseils de M. Barker et d'autres amis.

13 oorîf • — D'antiochs a latakibh. — Par suite de mes nombreuses excursions dans Anlioche et ses environs» mou origine fut bientôt connue» en dépit de mon costume, et je fîis salué à chaque pas de Pépithète injurieuse de djaour (infidèle). Connaissant l'esprit d*intolérance des babilans et l'impossibilité d'obtenir des réparations en cas d'insulte» et ne vou-

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