ARRÊT FORCÉ
En PâisoQ de cette activité commerciale, des maisons de gros s'y sont installées et donnent au village un air de prospérité de bon aloi. Mais, malgré tout, Rocca est si peu gai que, à peine arrivé, j'ai hâte de partir, pour cette excellente raison surtout que j'y perds mon temps.
Cependant, la fatalité s'en mêlant, j'y demeure contre mon gré. Par crainte de rencontrer en route des obstacles à la marche d'un chariot, — précipices, absence de chemins, monts escarpés — je voudrais transporter mes collections à dos de mules. Le commandant des forces de Rocca se met à ma disposition et me propose de faire venir des appareils spéciaux pour charger mes animaux Dans ce but, il envoie des exprès aux avant-postes de Godihué, mais le temps passe sans que reviennent les estafettes et sans que nous parviennent les appareils.
Je me meurs d'ennui dans ce village.
J'y rencontre, c'est vrai, un ingénieur français au service de l'Argentine, ainsi que divers officiers qui usent avec moi d'une affabilité parfaite, m'invitent souvent à leur mess et me font les honneurs de la garnison; mais je regrette le temps précieux que je gaspille en propos oiseux dans les jii^berges, }es est;aiftinets du village, amenant ^n
Patagonie Tinepte, Tinutile existence, il me semble, de Tofficiep de province dans une garnison de troisième ordre.
J'enrage, attendant avec fièvre des nouvelles de Godihué ; ne tenant plus en place, dans un besoin fou de mouvement, je pars avec mon nouveau gaucho Bonifacio; il revient du Sud et je l'ai engagé pour m'accompagner. Quant à Juan, il reste à Rocca pour soigner les animaux.
Je me dirige vers le confluent du Limay et du Neuquen. J'explore les rives des deux cours d'eau ; plusieurs fois par jour, je télégraphie au commandant des troupes de Godihué pour avoir des nouvelles de mes appareils de charge ; mais, pour aggraver moiji irritation, ce dernier me répond qu'à la suite de pluies abondantes, les sentiers, dans les Cordillères, sont devenus impraticables et qu'il faut attendre un peu.
C'en est trop. Nous voici déjà au 25 Juillet, et, en passe, si cela continue, de vivre une année à Rocca. Douce perspective, vraiment! Aussi ma résolution est-elle prise : coûte que coûte, je repartirai avec mon chariot, dussions-nous, s'il le faut, aux endroits difficiles, passer toute la charge de la voiture à dos d'hommes!
Je reviens donc à Rocca. Je renvoie à Buenos-