CHAPITRE VII
LA TRAVERSÉE d'dN FLEUVE DE MILLE MÈTRES. -- JOAN TOMBE MA- LADE. — l'inondation de NOTRE CAMPEMENT. — LA MARCHE VERS LE SUD. — UN ORAGE SUR LES HAUTS PLATEAUX. — LA GÉNÉROSITÉ
d'un PATAGON.
ENFIN, je quitte Rocca (2 Septembre) ; Juan et Bonifacio m'accompagnent, Juan un peu souffrant malheureusement, mais j'espère que le grand air le remettra ; Bonifacio conduit le chariot, tandis que mon braye Juan et moi nous dirigeons la troupe de chevaux et de mules.
La veille, j'avais expédié un de mes gauchos reconnaître le point où il nous serait le plus facile de traverser le Rio Negro ; c'est là que nous camperons cette nuit et que nous organiserons tout pour la traversée du fleuve.
Le Rio Negro, à cette époque de Tannée, déborde immensément; ses eaux roulent en torrent, charriant des débris de toutes sortes, des arbres qu'il déracine dans sa course, jusqu'à des toits de ranchos, et, à l'endroit où nous parve-
nons, sa largeur mesure plus d'un kilomètre.
Aussi n'est-ce pas sans appréhension que je songe à la traversée que nous devons faire demain : nous nous en remettons à la grâce de Dieu...
3 Septembre. — Nous avons complètement déchargé notre chariot. Notre bateau en caoutchouc est armé et mis à l'eau ; nous l'amarrons solidement à un saule et nous commençons à empiler les caisses dans notre embarcation, en renouvelant, pour le transport du chariot, le système des deux barriques servant de flotteurs. Gela fait, nous rassemblons tous nos animaux et les poussons en masse vers la berge, la yegua madrina en tète; après quelques minutes d'hésitation, bien compréhensible devant l'étendue d'eau qu'elle a à traverser, celle-ci, aussitôt suivie de toute la troupe, entre résolument dans le fleuve, se dirigeant vers l'autre rive.
Nous suivions avec anxiété les évolutions de nos bêtes ; car le Rio Negro est agité : à sa surface courent de petites vagues traîtresses ; l'eau peut pénétrer dans les oreilles de nos pauvres animaux, leur couper la respiration, les noyer, sans compter que nous sommes en hiver, que le froid peut les saisir et nous n'avons rien à notre disposition pour les soigner. Un cheval et deux mules se lais-