A TABLE
Le sable de la pampa sert de nappe ; les couverts sont avantageusement remplacés par les mains.
Chacun s'installe autour du morceau fumant que Ton vient d'apporter et bientôt on n'entend plus qu'un effroyable bruit de mâchoires. On se croirait dans une immense ménagerie à l'heure du repas des lions.
Mais en Patagonie, comme en Europe, on ne mange pas sans boire.
Là, pas de pale aie, de gin ou de stout, pas de vin ou de cidre.
De la cafia, toujours de la cafia. Et ce que les Araucans en boivent !
Inutile de dire qu'à la un du gala, hommes et femmes sont dans un état voisin de l'ébriété.
Des cris, des hurlements emplissent l'air... Puis, tout à coup, sur un signal, on perçoit un son monotone et sourd qui ressemble assez au bruit de la pluie tombant sur un toit de zinc.
C'est le râli qui résonne, le râli, l'instrument national des Araucans. Il se compose d'un simple plat en bois ou en étain sur lequel est tendue une peau de guanaco tannée et enjolivée de dessins polychromes.
Quelquefois le râli prend le nom de koultroun. C'est lorsqu'on en joue avec un seul bâtonnet. Si
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on en joue avec deuxl>âtonnets, il s'appelle wasa.
D'une façon comme de Tautre, il n'est pas plus agréable à Toreille.
Les Indiens possèdent aussi Un autre instrument dont ils sont très fiers et qui, sous le rapport de Fharmonie, n'a rien à envier au râli.
C'est la pifilka. Il est fait d'une plume de condor bouchée à une de ses extrémités et dans laquelle on siffle comme dans une clef.
Enfin, il y a encore la troutouka ou grande flûte. C'est un énorme b.'»mbou de trois à quatre mètres de long.
Un Indien porte la troutouka sur son épaule, tandis qu'un autre, appliquant ses lèvres à une embouchure taillée en biseau, tire de cette clarinette monstre des sons horribles et discordants à côté desquels le bruit énervant de la sirène est presque harmonieux. Mais les Araucans ne sont pas des mélomanes, et pourvu qu'ils fassent du bruit, ils sont content^.
Le râli continue de ronronner. Le bal va s'ouvrir.
Hommes et femmes tournent d'abord autour de la ligne des pavillons ; ils marchent tantôt sur un pied, tantôt sur l'autre. C'est bientôt une sorte de chevauchée folle.