CHAPITRE XII
NOOS CONTINUONS LA MARCHE VERS LE SUD. — LA VALLÉE DU TECA. — UN PANORAMA GRANDIOSE. — LE CAMPEMKNT DE SAKAMATA. —
LE WOUELLEYAI.
LE 26 Novembre. — Nous repartons en suivant la vallée du Gualkaïna. Gela va bien pour commencer. J'aperçois un renard, je le tire et le tue. Quelques minutes après, mon chariot verse. Je vois un second renard, je le tue également. Mon chariot verse encore, et Garcia est projeté violemment à terre et blessé à la jambe. Je finis par croire que tuer un renard porte la guigne, — on devient superstitieux chez les Peaux-Rouges. — Aussi, je remets mon fusil en bandoulière et continue ma route sans tirer un coup de feu.
Nous arrivons enfin à un endroit appelé Teca.
Là, dans un espace de quelques centaines de mètres, deux commerçants sont installés vis-à-vis Tun de Tautre et se disputent la clientèle des Indiens de la contrée. Ces industriels se regardent
en chiens de faïence et je ne serais pas étonné qu'un jour ou l'autre Tun des deux disparût mystérieusement.
C'est terrible, la concurrence... surtout dans le désert !
Nous sommes obligés de nous arrêter quelques jours en cet endroit pour réparer notre chariot et pour soigner Garcia qui dans l'accident a eu la jambe luxée. Nous montons notre tente entre les deux maisons de commerce dont je viens de parler.
La vallée du Teca offre un coup d'œil admirable. Située au pied des premiers contreforts des Cordillères, elle est entourée de hautes sierras où des bandes innombrables de guanacos ont élu domicile. Du haut d'un plateau sur lequel m'a poussé le hasard de la promenade, je découvre un panorama merveilleux et peut-être unique au monde. Dans le lointain se dessinent les pics altiers des Andes dont les crêtes blanches marquent d'une ligne tortueuse l'horizon d'un bleu pâle. A mes pieds, des lamas bondissent en hennissant et se jettent effarés dans un courant torrentueux plein de rocailles et d'éoueils.
Sur les versants des montagnes croissent des arbres splendides dont les teintes crues se déta-