UN SITE MERVEILLEUX
chent nettement sur des glaciers de cristal aux tons changeants. Ce rempart des Cordillères qui met une muraille gigantesque entre le Chili et TArgentine a quelque chose d'impressionnant. Je reste des heures à contempler ce paysage grandiose qui m'hypnotise. La nature apparaît là dans toute sa puissance et sa majesté.
Je suis revenu souvent au même endroit et chaque fois j'ai fait une découverte nouvelle. Jamais les Andes ne sont de la même couleur.
Tantôt elles reflètent le vert de la pampa qui s'étend à leurs pieds, tantôt c'est le ciel qui se mire dans leur glaciers. Parfois aussi une teinte vague, indécise, faite de violet et de rose, flotte sur leurs contours escarpés.
Quel malheur que je ne sois pas peintre ! J'aurais pu reproduire ce merveilleux tahleau. On m'aurait peut-être traité d'impressionniste et cependant j'aurais, avec mon pinceau, fidèlement rendu les tons que je voyais.
Quand je n'ohservais pas les Cordillères, je passais mon temps dans l'un ou l'autre des deux holiches (maisons de commerce) à converser avec les quelques Indiens de la montagne qui étaient descendus pour faire leurs achats.
Pendant mon séjour dans cette contrée un évè-
nement surgit. Un troisième commerçant (Jue les Indiens surnommèrent immédiatement « quatre yeux )) parcequ'il portait des lunettes, vint s'établir dans un ranoho à environ cinq cents mètres des deux premiers boliches. Cette invasion de commerçants dans une contrée aussi déserte ne manqua pas de me surprendre. Je revins un peu de mon étonnement en apprenant que le Teca est sur le chemin de la colonie du Ghubut à la colonie andine Biez y seis de otubre. De nombreux convois de chariots sillonnent cette route apportant de la colonie-mère une foule d'objets de première nécessité. On avouera cependant que, lorsqu'on vient de traverser les déserts patagoniques et qu'on trouve tout à coup dans un pays où il n'y a pas trente habitants trois maisons de commerce, on a lieu d'être légèrement étonné.
Enfin, le 2 Décembre, je quitte Teca. Après avoir souhaité aux pulperos (commerçants) bonne chance et réussite, je me dirige vers la vallée de Putrechoïque (panse d'autruche.) Mais notre voyage ne s'opère pas sans difficultés. Mon chariot se renverse encore dans un petit cours d'eau et cependant je n'avais tiré aucun renard. Toutes mes collections sont bouleversées. J'ai toutes les peines du monde à les rassembler.
I.Ë CiOMMERCE DANS LE DÉSEUT ij9 Fort heureusement il n'y a aucun dégât. C'est à croire qu'il y auneProvidencepour les explorateurs.
Le 4 Décembre, j'arrive à Qenua, immense plaine fertile qui s'étend du Nord-Ouest au Sud- Est. Là encore se trouve un bolicbe. Il est tenu par un Italien. Cette région comprise entré le rio Teca et le rioSenguerest la plus habitée de la Patagonîe Argen-
tine
si
d'ailleurs la contrée h vertes et grasses coir
plus riche. Les plaines sont ne des plaines normandes et.
n'étaient les autruches que l'on voit passer dans le
lointain, on se croirait aux environs de Bayeux ou d'Avranches.
A mon arrivée à Genua, je trouve un Indien Patagon qui vient de la tribu de Sakamata. Il a les épaules recouvertes d'un manteau peint, fait de peaux de guanaco cousues. Ses cheveux longs et graisseux retombent droits sur la nuque. Il porte un chiripan et est chaussé de ces fameuses bottes de poulain dont j'ai parlé plus haut. Monté sur un joli cheval bai, cet Indien a fort belle allure. Il diffère sensiblement des indigènes que j'ai vus jusqu'à maintenant. Sa figure est fine et aristocratique, ses yeux intelligents. D'une taille assez élevée, il est souple et élégant dans ses mouvements. L'Indien araucan, au contraire, est généralement petit et trapu. Il a l'air gauche; sa tête est énorme, large et les traits semblent découpés à coups de hache.
L' Araucan est laid. Le Tehuelche ou Patagon est vraiment beau, lui, de cette beauté mâle qui charme et inspire le respect. Peut-être n'a-t-il point la finesse d'esprit et surtout la roublardise de TAraucan, mais il a conservé la franchise des races primitives. Il est simple comme un homme de l'âge d'or et parle selon son cœur. Malheureusement, il ne parait pas accessible au progrès.