DÉVOUEMENT DE JUAN
« Vous aussi, vous voulez me quitt6P,lui dis-je; c'est bien : je partirai seul.
— Vous m'avez mal jugé, me répondit-il ; comment pouvez-Toue croire que je souge à vous abandonner au moment où TOUS courez peut-être un danger? Jevous suivrai partout et si vous devez être tué, je le serai avant vous. >
Cette preuve de dévouement m'émeut jusqu'aux larmes.
Je prends les mains du brave
garçon et le re- o*hua t.> ,.,„, ues cAwtuos. -
meroie sincère- cassin pe highon.
ment. Mais lui, sans paraître remarquer mon trouble, continue :
« D'ailleurs qui vous dit que l'on en veut réellement à votre vie? Tout cela n'esl-il pas une
invention de Garcia ? Cet homme est très craintif et de plus il a une peur horrible des privations. Il aura inventé cette histoire pour nous quitter. Qu'il s'en aille, ce chien; moi je reste, et si nous som* mes attaqués, que diable, nous nous défendrons. Nous sommes des hommes, pas vrai ? »
Et en disant cela, il jouait nonchalamment avec son couteau.
« Merci, Juan. » ,
Et je me dirige vers ma tente, heureux et fier de cette nouvelle marque d'affection que mon fidèle gaucho me donne encore.
Je commence à sommeiller quand un grand gaillard pénètre dans mon réduit.
« J'ai appris, me dit-il, que votre guide Garcia vous a quitté. Voulez-vous m'engager? Je désire connaître le Sud. Je suis brave et ne crains pas la fatigue. }»
Je l'examine. Il semble solide comme un roc et ses yeux ont les éclairs de l'acier.
« Savez-vous, lui dis-je, qu'il n'est guère prudent de me suivre ? Les Indiens veulent m'assassiner.
— Vous assassiner ? Mais nous vous défendrons! »
Et il éleva eà l'siir un poinç formidable autour
EN HOUTE POUR SAUTEN 239
duquel étaient enroulées des bolea doras, armes terribles dans les mains de ce colosse.
« C'est, bien, dis-je, je vous emmènerai. Nous partirons au commencement de mars. Venez me retrouver à ce moment. »
19 Février. — Au matin, accompagné de mon brave Juan, je me mets en route pour la vallée de Tarroyo Apulé, que j'ai Tintention d'explorer jusqu'aux rochers de Sauten.
La première nuit nous couchons sous la tente d'un vieux métis d'Indien et de blanc appelé Paolo Calchalpera, auquel j'ai eu l'occasion de donner, lors des dernières fêtes du Huecoun-Rouka, des médicaments qui, parait-il, lui ont fait grand bien : il m'en est reconnaissant et me comble de prévenances . « Tu vas rester longtemps avec nous, me dit-il de cette voix caressante des Indiens auxquels on a su plaire.
— Impossible en ce moment, mais dans quatre jours je reviendrai ici.
— Bien sûr ?
— Je te le promets.
— C'est entendu alors. Surtout ne manque pas de revenir. J'organise bientôt un Trapumaî ^
\, Ifi Trapufnqi est i^ae grande cl)«^sse indienne.
— Je serai des vôtres.
— Je t'attendrai donc pour commencer la chasse. »
20 Février. — Je quitte la tente de Paolo escorté d'un de ses cousins, un Patagon immense qui m'indique le chemin des rochers de Sauten. Là, je suis à mon affaire. Je suis au milieu de sépultures indigènes ; il y en a de tous côtés, à droite, à gauche, devant moi. Dans une des fouilles, je découvre un objet qui attire spécialement mon attention : c'est un berceau indien en bois de bambou orné de dessins. Au lieu d'être cintré comme le berceau actuel des Peaux- Rouges et de pouvoir se charger sur le dos d'un cheval, celui-ci est droit et très léger. Il a été fait sans doute pour être porté sur l'épaule.
Au-dessus du berceau, je trouve les débris du squelette d'un enfant. Cette pièce, selon moi, doit remonter à l'époque où les Indiens, ignorant encore l'usage du cheval, cheminaient à pied de longs jours à travers la Pampa. Et je compare cette sépulture aux tombes rencontrées à Ghoiquenilahué.
Ici un enfant est enterré avec son berceau ; làbas, je trouvai avec la sépulture d'un homme,