CHAPITRE XVII
GARCIA ME QUITTE. — UNE NOUVELLE PREUVE DU DÉVOUEMENT DE JUAN. — GRANDE CHASSE INDIGÈNE. — UNE RÉCONCILIATION.
LE 15 Février. — Je reviens à Ghoiquenilahué. Je fais mes préparatifs et nous nous mettons en route. Mais à peine avons-nous franchi le campement que nos mules effrayées disparaissent dans un galop furieux. Et elles portent les collections, les appareils photographiques. J'appréhende un désastre. Fort heureusement nous parvenons à arrêter les hètes. Rien n'est endommagé. Je respire. Après plusieurs heures de marche nous arrivons au plateau qui borde la vallée de Senguer quand j'aperçois six grandes tentes blanches qui s'élèvent dans la pampa. C'est un campement d'ingénieurs chargés de délimiter les bornes chiloargentines. Nous faisons vite connaissance. Il y a parmi eux un Français, M.Moreteau. Il memontrp quelques nouveautés littéraires de Paris. Gela me change un peu des palabres des caciques. Depuis
plus d'un an, je n'avais lu un livre français. Quel n'est point mon étonnement de trouver au milieu de ces romans divers le livre d'un jeune, d'un de mes amis, Francis de Groisset, qpie j'avais quitté viveur à Paris et que je retrouve poète, mais non moins viveur si j'en juge d'après son œuvre.
Ces sont les « Nuits de quinze ans >, nuits d'autant plus perverses que la vie d'ici est plus brutale
et plus saine et jusqu'à une heure avancée de
la nuit, nous conversons, Moreteau et moi.
C'est si bon de retrouver un compatriote... à mille lieues de France !
Au réveil, mon gaucho Garcia vient me trouver.
« Patron, me dit-il, je ne pourrai continuer le voyage avec vous.
— La raison ?
— Je tiens à ma peau et j'ai appris qu'un groupe de vingt-quatre indigènes a décidé de vous attendre sur les bords du rio Glaro (rivière Glaire) et de vous tuer avec votre escorte.
— Vous êtes sûr de ce que vous avancez ?
— Absolument sûr.
— C'est bien. »
Je lui règle son compte et m'en vais trouver Juan que je mets au courant de la situation. Juan réfléchit et hoche la tète d'un air inquiet.