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Longtemps avant que la politique eût porté ses vues sur la Perse , la propagande religieuse avait fixé sur elle son attention. Les premiers qui allèrent dans ce royaume , et y tirent connaître l'Europe , furent des niissiomiaires français. A leur exemple, quelques moines portugais et italiens s'y aventurèrent. Ces diverses missions séjournèrent à !spalian,sous le règne des Sophis. Favorablement accueillis par Châh- Abhas d'aliord , puis soutenus par ses successeurs , elles y vécurent plusieurs années , protégées et même considérées. Parmi les religieux qui espt^Wîrent vainement convertir au christianisme les Persans , que le fanatisme d'un schisme nouveau exaltait plus encore que n'avait fait l'orthodoxie mahométane, figurèrent des jésuites, des capucins et des dominicains. Mais rebutés par le peu de succès qu'ils obtinrent, efïî'ayés par la conquête du farouche Mahmoud Affghàn qui s'était emparé du trône des Sopliis , ils abandonnèrent leur œuvre (ît quittèrent la Perse , vers la fin du xvn* siècle.
Plus tard, à de longs intervalles, le souvenir de ce grand pays se réveilla dans l'esprit des personnages politiques ou des savants de l'Europe. De tous les hommes d'État qui portèrent leurs yeux sur la Perse , l'empereur Napoléon fut celui qui les y fixa le plus sérieusement. 11 voulait la rattacher à un plan qu'il avait conçu , plan gigantesque comme Umi ce qu'il entreprenait. Il ne s'agissait de rien moins que de persuader au chah qu'il était de son intérêt de faire alliance avec la France et d'attaquer la Grande-Bretagne dans ses possessions I. 1
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de l'Inde. Si cette idée n'avait pas été suggérée à Teinienii si redi)Ut<} de TAngleteiTe, par le Chah lui-niéine qui avait à se défendre contre cette puissance, il faut dire que le prince qui régnait alors sur la Perse Tavait provoquée par une demande de secours adressée à Na]>oléon, dans le cours de Tannée 180.%. C(» fut vers cette époque que, désireux de connaître les ressources de ce pays, et ce qu'il avait à en attendre comme puissance militaire, rEmj)ereur y envoya M. Jaul>ert pour y prendre tous les renseignements qui pouvaient le mettre à même d'apprécier rim[)oi*tance d'une alliance avec Feth-AH-Châh. L'Empereur, })ensant que les gouvernements de Pétersbourg et de Londi'es avaient les yeux ouverts sur les moindres démarches de ses agents de ce côté, jugea prudent d'envoyer simultanément un second messager à Téhéran. Le gthiéral Romieu partit donc aussi [>our cette destination. 11 y était à peine arrivé, (fu'il périt mystérieusement sans que depuis on ait jamais su la vraie cause de sa mort. (1)
En inquiétant les possessions de la Compagnie des Indes, auxquelles la révolution française avait jyemiis d'atteindre un grand degré de prospérité par l'anéantissement de la marine de France, Napoléon espérait faire une diversion qui aiderait à l'accomplissement de ses grands projets. Les renseignements qui étaient parvenus lui ayant paru de nature à lui permettre de compter sur l'appui de la Perse, il se décida à y envoyer, en qualité de ministre plénipotentiaire, le général Gardanne dont un des ancêtres (2) avait représenté autrefois la France dans ce mém(* pays. Le général se rendit, en 1807, auprès de Feth- Ali-Châh , alors sur le t^(^n^* de Perse , avec la mission de faire ressortir à ses yeux tous les avantages qui pourraient résulter, pour lui et l'agrandissement de ses l^^tats , de l'alliance que lui offrait le souverain qui remplissait alors le monde de sa gloin» , et de l'exécution des projets dont il lui transmettait le plan. Cet ambassadeur, très-bien accueilli d'al)ord à la cour de Téhéran , ne tarda pas à y rencontrer de grandes résistances. 11 vit arriver bientAt \m antagoniste redoutable
* Voir Ips ootPs à la fin dn vobimr'.
dans la personne de sir John Malcolni, envoyé par le gouvernenienl anglais pour contrecarrer ses démarches. La lutte ne fut pas de longue durée. Soit que M. Gardanne fût moins persuasif que M. Malcolm , soit que les moyens employés par ce dernier eussent plus de valeur aux yeux des Persans que ceux moins sonores (;]) mis en iruvre par le général , il arriva que celui-ci échoua presque complètement dans sa mission. Les Anglais restiTcnt maîtres du terrain.
Ce résultat n'a rien cpii doive étoimer. La forte position que les Anglais avaient prise dans F Inde, leur voisinage de la Perse, leur marine qui pouvait inquiéter les côtes du royaume dans le golfe Persique et sVmparer, presque sans coup férir, de plusiem*s points du littoral, leur donnaient nécessairement dans les relations diplomatiques avec ce pays unt» prépondérance cf)ntre laquelle la France ne pouvait lutter avec avantage. Malgré ses victoires récentes d'Austerlitz et dléna, les Persans comprenaient très-bien qu'ils avaient toul à redouter de leurs dangereux voisins , sans avoir rm\ à espérer de la France trop éloignée iK)ur leur prêter le moindre sé»cours.
Depuis Tannée 1809, que les derniers attîichés à la mission de M. le général Gardanne avaient quitté la Perse , aucun diplomate français n*avait été dirigé vers ce pays. ïwnte ans s'étaient écoulés sans qu'aucune relation diplomatique eût été renouée entre la France et la Perse. Cependant les intérêts de la politique européenne en Orient avaient grandi pendant ce laps de temps. La longue paix dont FEuroixî avait joui avait laissa'; aux Russes et aux Anglais le loisir de gagner du terrain aux deux extrémités de l'Asie. Au nord, la Russie avait fait des progrès considérables. Lt^s détilés de la (iircassie, défendus pied à pied par ses héroïques guerriers, avaient été forcés. L'aigle russe avait pris son vol des cimes les plus élevtVs du Caucase et (Hait venue s'abattre sur les plaines de la Géorgie. — Dans l'c^st, l'Angletern» avait marché à pas de géant. KUe s'était avancée jusqu'au delà de l'Hymalaïa, d'où elle menavait le Pendjab, que la mort de Rundjet-Sing devait faire tomber dans ses mains, et rAffghanistAn oîi elle entretenait
A AVANT-PKOPOS.
des intrigues qui , en favorisant tour k tour les ambitions des divers princes de ce pays , devaient y entretenir la guerre civile à l'aide de laquelle elle espérait en devenir maîtresse , dans un espace de temps qu'elle calculait avec une sorte de précision machiavélique.
Depuis longtemps la France jouii>sait d'une grande prospériU\ Son gouvernement se raffermissait de jour en jour à l'intérieur. La vue de ses hommes d>*!tat pouvait, avec plus de liberté, s'étendre au loin. Son pavillon , honorablement promené sur toutes les mers . avait et*» successivement arboré sur tous les rivages où les intérêts du commerce appelaient de nouveaux établissements. La Perse seule était restée en dehors du cercle siu» tous l(»s points duquel la France se trouvait représentée. Cependant ce vaste pays, peu prfKlucteur, exploité presque exclusivement par les Anglais, pouvait offrir des dél)ouchés nouveaux à Tindustrii* française ; il était donc désirable de lui ouvrir les j>ortes de S4^s bazars. Mais, [>our cela, il était indispensable de reprendre avec le gouvernement d(» la I\Tse les relations au point où (^lles étaient restées: il fallait faire un traité dont les bases devaient être dignes de la France, et par lequel on assurerait les droits de ses nationaux qui viendraient s'établir et tratiquer en FVrse. En un mot, la France» avait à prendn» pied dans un pays où elle était demeurée trop longtemps en oubli.
Pour att(Mndre ce but, il était nécessaire d'envoyer au Chah un ambassadeur chargé de lui demander la faveur d'entreti^nir avec son gouvernement des relations diplomatiques nouvelles, dont le premier acte devait étrc^ de réclamer, pour les Français qui formeraient des établissements dans vson royaume, des droits égaux à ceux dont jouissaient les sujets des nations les plus favoris<'»es.
Indépendamment des raisons déterminantes que le gouvernement français trouvait dans ces questions politiques et commerciales, il en était d'autres qui tenaient à plusieurs circonstances du moment , paraissant favorables. L'une d'elles était le différend qui , à la suite . ou plutAt à cause du si«'îge d'Herat , s'était élevé entre le Chfth et le
résident aiigiais. Ce deniiei* avait cru devoir se retirer avec, sa suite à Eneroum , et toutes les relations diplomatiques étaient interrompues t*ntre la Perse et la Grande-Bretagne. Les intrigues qui avaient eu lieu en 1808 pour faire avorter toutes les entreprises du général Gardanne étaient encore présentes à lesprit. 11 était politique de chercher à n'uouer les relations dans un moment où Ton savait ne trouver à la . eoiu* du Chah qu'un seul advereaire, s'il en devait être un, M. le ministre de Russie.
Une autre circonstance déterminante avait été l'arrivée à Paris d'un des plus hauts personnages de la Perse. Hiuisein-Khàn avait été envoyé ; par Mehemet-Chàh , auprès du roi Louis-Philippe, pour lui demander quelques instructeurs destinés à faire l'éducation des troupes persanes. La confiance témoignée pai' cette démarche était un encouragement naturel à l'envoi de la mission projetée.
On conçoit, par l'objet de cette ambassade, qu'elle était tout exce|>tionnelle ou extraordinaire, pour parler le langage diplomatique. D'après cela, la composition de son personnel dcîvait l'être également. On n'avait pas de notions exactes sur la Perse. On était presque au même point que l'empereur Napoléon, en 1805, sur l'état général de ce pays. Depuis cette éi>oque, il avait subi des changements notables qui 'rendaient insuffisants, après trente-cinq années, les documents existants. On avait besoin de connaître son système gouvernemental actuel, sa population, s(*s ressources militaires, ses ails, son état moral, toutes choses qu'il importait au gouvernement français de savoir pour remplir le but qu'il se proposait.
Os connaissances acquéraient une grande importance par la position de ce royaume resté seul indé})endant au milieu du cercle toujours de plus en plus resserré que circonscrivaient autour de lui les deux grandes puissances dont les envahissements allaient toujours croissant.
11 est dans l'avenir de la Perse , où , parties des deux extrémités de l'Asie, la Russie et l'Angleterre tendent de plus en plus à se rencon-
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trer, d'être i'écliiquier sui* lequel Tune et Tautre joueront la partie dont Tenjeu doit être inévitablement la possession complète de cette partie du monde.
Les notions que ces graves questions nécessitaient étaient variées. 11 fallait, pour les approfondir, compos*»r Tambassade de personnes , dont les attributions et les connaissances ftissent sptH!iales. C'est ce à quoi on cherclia k arriver en la constituant telle qu'elle partit.
M. Ed.de Sercey fut nommé ministre plénipotenliaii'e ; on lui donna pour secrétaires MM. de La Valette, d'Archiac, derard et de Chazelles. Chacun de ces messieurs devait recueillir des documents sur une branche désignée des connaissances demandées. M. Desgranges, qui avait , pendant plusieurs années , rempli les fonctions de premier drogman à Tambassade de Franchi à Constantinople , y fut adjoint. 11 ap|)ortait le tribut de son expérience des mœurs et coutumes de rorient. Deux ofticiers avaient été ajoutés k cette liste, MM. de Beaufort, capitaine d'élat-major, etDaru, capitaine de cavalerie. Chacun d'eux , selon sa spécialité , devait faire des rapports concernant les places d(^ guerre , leurs moyens de défense, la constitution de l'armée, son armement et la cavalerie persane , qui ne laissait pas d'avoir une certaine réputation. M. le docteur Lachèze et M. Kazimirski- Biberstein fui'ent désignés , le premier comme médecin , le second en qualité d'interpi-^te i)our le persan.
Afin de compléter le i)ersonnel dont se composait la suite de M. de Sercey on y adjoignit deux autres personnes avec une mission toute pai*ticulière : MM. F. Coste, architecte, et Eugène Flandin, peintre, dont les attributions devaient s'exercer dans le cercle de leurs connaissances pratiques. C'est ainsi com|K)sée (jue cette ambassade quitta Paris (i).
Adjoints à l'ambassade qui se rendait en Fei'se , apitis avoir obtenu cette position du sufirage bienveillant de T Académie des Beaux-Arts (a), nous partîmes animés du désir de répondre à ia confiance dont nous étions honorés. Nous ne nous faisions aucune illusion sur les difficultés que nous aurions à vaincre. Les obstacles que pouvait nous présenter le voyage en lui-même n'étaient rien; mais, appelés à recommencer et à compléter des recherches archéologiques sur le sol antique iïEcbatan€,de Persépolis et de Babylone, quoique nous fussions soutenus par Tambîtion de faire mieux que nos devanciers, nous ne pouvions nous dissimuler combien notre mission était difficile.
En effet , quelle que soit , en souvenirs et en monuments des temps anciens , laj'ichesse de la mine que présente le vieux monde asiatique, ce n'en était pas moins une entreprise quelque peu hardie que de Texplorer pour y rassembler les matériaux d'un travail neuf.
Depuis tant d'années déjà que la diplomatie anglaise et les armées de la Compagnie des Indes ont ouvert les portes de TAsie centrale aux voyageurs , aux archéologues , comment oser marcher, après eux , dans les sentiers qu'ils ont battus? les Bûmes , Morier , Kinneir, Ouseletj et ACer-Por/^r n'avaient-ils pas pu dire le dernier mot siu* cette terre classique de la monarchie , de la civilisation et des arts de toute espèce ? Et si Ion met à côté de ces noms ceux plus recommandables encore, puisqu'ils ont été leurs guides, de Corneille Bruyn ^ de Niebuhr^ Pietro délia Valley Chardin ^ avec quelle défiance ne serait-il pas permis d'envisager l'apparition d'un ouvrage dont les auteurs se .sont proposé à peu près le même but que leurs devanciers?
Néanmoins , et quel que soit le respect qu'il professe pour les noms que nous avons mentionnés , l'Institut de France a cru qu'il pouvait rester quelque chose à faire pourldes voyageurs consciencieux et zélés. 11 a pensé que leurs prédécesseurs pouiTaient bien avoir incomplètement étudié certaines {larties de l'archéologie persane. Il n'y a point , en effet , de moisson si bien faite que Ton n'y trouve à glaner.
En conséquence , nous reçûmes la mission d'explorer la Perse en tous sens. Nous devions y recueillir les moindres renseignements qui présenteraient un intérêt relatif à la philologie et à l'histoire. Nous devions surtout nous attacher à l'étude des monuments et de la civilisation ancienne et moderne de ce peuple qui , sous le nom de Mède , de Parihe ou de Perse^ avait successivement parc^onru des phases qui avaient eu des influences si diverses sur ses mœurs et ses arts.
Les révolutions qui s'étaient succédé siu» ce territoire qu'on appelle aujourd'hui la Perse , ont fait subir aux monuments de ce pays , des transfomiations si remai*quables et si distinctes , (|ue chacune d'elles peut être considérée comme la date d'une ère nouvelle, comme l'époque d'une régénération.
La nation perse , coiiune toutes celles qui ont joué un grand rôle dans le monde , a été tour à tour con([uérante et conquise , victorieuse ou asservie. Les périodes d'asservissement ne sont pas celles pendant lesquelles la civilisation d'un peuple enfante et progresse. Aussi ne voit-on pas chez celui dont nous parlons , de monuments appartenant aux époc)ues d'esclavage ou de transition. Tous ceux dont on trouve des restes imposants , ou (|ui , encore debout , ont de grandes ombres sous le soleil, sont autant de jalons qui {)ermettent de remonter le cours de Thistoire héroïque et glorieuse de la Perse. C'est ainsi que, sans rien i*etrouver du temps des vainqueurs de la Macédoine , non plus que des premiers sultans musulmans et des khans de la Tartane, on y voit, resplendissantes encore au milieu des ruines dispersées à leur base , les colonnes de Persépolh, les gigantesques basreliefs dont les Sassanides ont orné les rochers du Fars y ou les magnifiques coupoles azurées des temples é\e\és , au cri d'Ali , par les souvera ins Soph is .
C'était les restes archélogi(iues appartenant aux âges reculés de
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la Perse , aussi bien que les monuments de la civilisation musulmane de ce pays, que nous avions reçu la mission d'étudier de nouveau et de réunir dans un recueil complet. Nous ne nous dissimulions aucunement le péril auquel ce long et difficile travail nous exposait, celui d'une analyse sévère et d'une comparaison avec des œuvres qui faisaient depuis longtemps loi dans la science.
Pour la partie philologique , le Danois Niebuhr avait fourni une collection de travaux estimés, à juste titre, pour leur exactitude et le jour qu'ils avaient apporté les premiers sur l'existence et la nature des textes gravés en caractères cunéiformes sur les monuments antiques de la Babyloniej de la Médie et de la Perse.
En architecture ou en sculpture , on avait les planches de deux voyageurs français , Chardin et Thévenot. Mais , il faut le dire , ces dessins , mal exécutés sur place , mal rendus par la graviu^e , ne fournissent que des documents incorrects. Ils laissaient trop à désirer pour qu'il fût possible d'établir, d'après eux, quelque chose de certain relativement à Tart perse , soit avant , soit après Alexandi*e.
A côté de ces ouvrages imparfaits était venu se placer récenmient , avec un avantage très-remarquable et Irès-mérilé , celui de sir Robert Ker-Porter. La supériorité de la publication de ses travaux était due à la vérité , à la simplicité et au talent de leur exécution. Son apparition renversa la réputation de tous les autres dont les textes peuvent être encore quelquefois consultés, mais dont les planches restaient sans valeur à côté de celles du voyageur anglais. Celui-ci devint et resta l'oracle des archéologues , principalement en ce qui concerne l'architecture et la sculpture. Son œuvre se présentait donc comme une difficulté de plus à vaincre , aux voyageurs qui entreprendraient de suivre ses traces en essayant de mieux faire.
Quant à ce qui touchait à l'époque moderne , aux mœurs et à la physionomie actuelle de la Perse , beaucoup d'écrivains de mérite avaient, avec autant d'esprit que de talent , raconté les fastes de son histoire , dépeint ses usages et retracé ses monuments et ses ails. A la tète de ces voyageurs d'élite nous mettrons Chardin , qui visita la Perse au temps de la splendeur des Sophis. Après lui , dans des temps plus rapprochés de nous, aux dernières aimées de gloire de cet empire déchu j
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les écrivains anglais , Malcohn , Ouseley^ Marier, avaient donné , sur rhistoire et les coutumes de ce pays, des relations pleines d'intérêt.
Après tant d'explorateurs qui avaient parcouru la Perse , (|ui avaient dû apporter dans leurs courses un esprit investigateur et sans doute ingénieux à découvrir autant qu'à raconter, était-il prudent aux mandataires de l'Institut de revoir les mêmes lieux , d'étudier les mêmes monuments , le même peuple , et de refaire les mêmes travaux?
Cependant , il faut le dire , tous ces écrivains n'avaient vu et étudié sur place que comme le font des voyageurs qui explorent pour leur satisfaction personnelle, dont le temps et la bourse durent être économisés. N'observant que par goût et pom* leur propre compte , n'étudiant que pour eux , ils n'ont sans doute pas ap))orté dans leurs investigations celte minutie de recherches, cette patience qui demandent beaucx)up de t^3mps , ou cette conscience qu'impose un devoir à remplir; l'archéologue lui-même ne fera que des études médiocrement fructueuses , s'il n'y apporte ces spécialités qui permettent de comprendre ou d'interpréter les moindres détails d'un temple ou d'un {)alais, d'un bas-relief ou d'une mosquée.
Nous croyons être dans le vrai , en disant qu'il n'est donné qu'aux explorateurs qui ont reçu une mission de leur gouvernement , qui sont investis de la confiance d'un corps académique , qu'il n'appartient qu'à ceux-là de satisfaire aux exigences d'un programme sévère, étendu , et devant servir de base à une œuvre dans laquelle se résument toutes celles qui ont précédé. De même , n'appartient-il qu'à un gouvernement de donner à ceux (|u'il charge d'une mission étendue , sans limite pour la durée ou pour les frais de l'entreprise, tous les moyens et tout le temps de la mener à fin. On peut dire qu'il n'y a que les gouvernements qui fassent aujourd'liui de grandes choses. Les particuliers en font d'utiles , certainement ; par leurs eftbrts réunis , ils parviennent à rendre de grands services, mais les Étals seuls peuvent tracer des plans aux grandes entreprises , les conduire à terme , et léguer à la postérité des œuvres destinées à faire faire de grands pas à la science ou aux arts.
Il faut le reconnaître, etccî sera justice de le clireici,le gouvernement de la France , à toutes les épocpies, a encouragé les missions scienti-
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ti(|ues, a fourni a des voyageurs dévoués les moyens d'entreprendre et d'achever, par des publications importantes, des travaux aussi honorables pour le pays qu'utiles pour la science. Le grand ouvrage sur l'Egypte a consacré les noms de Monge, de Denon ou du général Bonaparte qui aida de tout son pouvoir les recherches des savants (|ui escortaient ses soldats pendant les loisirs que leur laissait la victoire. Après eux , Champollion , mandataire de l'Institut et du gouvernement français , a trouvé , dans cet appui généreux , les moyens d'écrire, sur les tablettes hiérogiyphî(pies du môme pays, son nom en caractères que TEurope connaît et n'oubliera jamais.
A côté de ces onuTes remarquables , qui ont acquis à leure auteurs et à la France tant de titres à l'admiration du monde savant, nous pourrions citer les ouvrages sur la Morée , sur l'Asie Mineure ou sur l'Algérie, pour lesquels la reconnaissance des savants ne doit pas remonter plus à leurs auteurs qu'au gouvernement éclairé et libéral qui a su , avec tant d'à-propos, distribuer les fonds du budget de l'État.
Ce que le gouvernement français avait fait pour TÉgypte et pour la Grèce , il a voulu le faire pour la Perse. Il a compris que l'histoire monumentale de ce pays était le complément de celle des deux autres. Il a senti qu'il y avait une lacune à combler dans l'histoire de l'art , et que cette lacune était due à l'imperfection des connaissances relatives à l'art et à la civilisation des Perses. Ce fut dans le but de ne rien laisser à désirer sous ce rapi)ort, que les auteurs de cette publication reçurent la mission d'explorer complètement les diverses provinces de la Perse. Ils ne pouvaient borner leur séjour dans ce pays, à la durée d'une ambassade extraordinaire qui ne fit que passer. Pleins de zèle et de dévouement pour l'entreprise qui leur était confiée , ils saluèrent , à la fin de mai t840, le départ de leurs compatriotes, et restèrent seuls en Perse.' Ils ne tardèrent pas à s'enfoncer dans les régions les moins explorées. Afin de ne rien omettre, ils décrivirent, dans leurs courses toujours dirigées vers un but de découverte, un réseau de lignes obliques qui se croisaient , et qui ne permirent à aucune localité inté^ ivssante d'échapper à leurs investigations.
Les marches et contre-marches des deux voyageurs olfrircnt à leurs études dans l'Ouest et jusque sur le territoire de Bagdad , les villes
d*Hamaddn, réputée l'anlique Ecbalane, de Kingavar, qui passe pour l'ancienne Konkabar, les bas-reliefs et les inscriptions de Bi-Sutoun ^ et Kermânchâhy les fameuses grottes de Tâgh-i-Bosiân. Plus loin, passant la frontière persane , et descendant les versants occidentaux des monts Zctgros, ils s'avancèrent jusqu'à Holvân , et retracèrent les antiques monuments de Serpouly Taklit^i-Ghero et Dukan-Daoud.
Le moment n'était pas venu pour eux d'aller à Bagdad , et de visiter les déserts de la Babylonie. Ils restèrent en Perse , et , s'avançant vei*s le sud-est, ils parcoururent une région presque inconnue des voyageurs, et qui ne se trouve désignée sur aucune carte. Ils suivirent les vallées qui s'étendent au pied des montagnes du Loristân , ils passèrent à Boroudjerd et à Nehavend, célèbre par la bataille qui décida de la religion de Zoroastre vaincue par le Koràn.
Après avoir réparé, à Ispahan, leurs forces que des cbaleui^ accablantes avaient épuisées , ils descendirent vers les provinces du Sud. Persépolis devait les arrêter. Le palais de Djomchid, comme l'appellent aujourd'hui les Persans , et tout le territoire environnant leur offraient trop de monuments et de vestiges intéressants à étudier pour qu'ils ne s'y arrêtassent pas longtemps. Aussi leur tente fut-elle dressée au milieu des ruines , et, après s'être partagé le travail , tous deux à l'œuvre, ils restèrent deux grands mois exclusivement occupés à fouiller, rechercher, étudier tout ce que cette terre jonchée de débris antiques pouvait oflrir à leurs observations. Leur moisson , sur cette localité , fut la collection complète de tous les détails d'architecture , de sculpture ou d'inscriptions existant à Tak/tt-i-Djernchid , Istakhr^ Ndkch'i'Roustàm , Ndkch'i'Hedjàb et Cheik-Ali.
Encouragés par ce butin , ils continuèrent leur route vers le sud. Ils visitèrent d'abord quelques antiquités dans le voisinage de Chiraz. A Chdpour, ils s'arrêtèrent étonnés de la hardiesse et du grandiose des tableaux sculptés sur les sombres rocs qui resserrent entre eux les eaux du torrent qui a conservé le nom du héros Sassanide. Les basreliefs et les ruines éparses de la ville de Châpour leur oftrirent une fructueuse moisson. Les deux époques remarquables de l'art persan ^ celle des Archemenides (iX ctW^ dos Sassanides , éloignées l'une do l'autre , séparées par plusieurs siècles d'asservissement , se trouvaient
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ainsi interprétées sur le papier, avec les nuancées distinctives de leur caractère respectif, du génie artistique qui avait présidé à leur exécution.
D'autres éludes encore contribuèrent à augmenter le nombre des documents intéressants qui devaient faire apprécier une antiquité plutôt soupçonnée que réellement connue. Ils en trouvèrent les sujets sur les rivages du golfe Persique, à Firouzabad, à Fessa et Darâbgherd. C'est dans cette partie de leur voyage , surtout , qu'ils découvrirent des monuments qui , s'ils n'étaient pas tous entièrement inconnus , étaient retracés pour la première fois. Ces antiquités avaient bien été entrevues par quelques voyageurs , mais elles n'avaient été recueillies d'une manière utile par aucun d'eux.
De là , remontant vers le nord, et traversant successivement les territoires de Téhéran , de Tabriz et d'Ounnijah où se trouvait le rocher sculpté de Selmas , ils pénétrèrent au cœur du pays des Kurdes. Ils passèrent à Soaukboulak , et , franchissant la frontière de Perse à Banâh, ils descendirent dans les plaines du Tigre par Solimanyèh, et atteignirent Bagdad. Là de nouvelles ruines les attendaient. C'était Ctesipkon avec son palais de Nouchirvân , au l)ord du Tigre. Sur la rive éloignée de TEuphrate, c'était Babylone, et Hellàh, la ville éteinte, la capitale civilisée de la Babylonie et la ville arabe élevée , malgré les préjugés orientaux, sur les ruines et avec les débris de la cité morte.
De Babylone, le désir de voir, de connaître encore quelques-uns des mystères de l'antiquité réservés aux explorateurs studieux et ardents à la recherche , les conduisit à Mossoul , sur le territoire de Ninive. Mais le temps n'était pas encore venu de fouiller celte terre pour lui arracher son secret et son trésor. L'heure n'avait pas sonné où l'archéologue devait mettre un terme à l'accomplissement de la prophétie qui avait voué la grande pécheresse assyrienne à un oubli étemel (6).
Après deux années et demie de courses, de recherches, de fatigues et de dangers, les deux voyageurs rentrèrent en France. Chargés de butin , pliant sous le poids de cartons encore tout couverts de la poussière du désert , ils vinrent soumettre leurs travaux à l'appréciation éclairée de l'Académie des Inscriptions et de celle des Beaux-Arts.
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L'État , qui avait subvenu si libéralement aux frais de ce long voyage , avant de lui donner la suite complémentaire qui devait le rendre profitable à la science et aux arts , voulait avoir l'assentiment de ces deux Académies. Une commission examina tous les matériaux qui avaient été recueillis, et elle fit un rapport (7) dont la conclusion était le désir de voir exécuter leur publication , dans l'intérêt de b) science. M. Duchàtel, ministre de l'intérieur, crut devoir obtempérer au vœu exprimé par la commission académique; il fournit, aux frais de rÉtat , les moyens de publier tous ces travaux , et de leur donner ainsi la suite dont ils avaient été jugés dignes.
Les auteurs espèrent que leur ouvrage sera accueilli du public avecî une bienveillance égale à celle des hommes s[)éciaux qui lui ont donné leur approbation. Ils désirent que l'on y reconnaisse la preuve d'un sentiment d'orgueil national qu'ils ont cherché à satisfaire en faisant tous leurs etibrts pour que le premier rang soit et demeure assigntî à leur œuvre entreprise et terminée sous le patronage du gouvernement français.