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nos bagages et nous dérober ce qu'ils trouveraient à portée de leur main ; ils n'étaient pas décidés à nous livrer un combat. Il est permis de croire que ces bandits étaient alléchés par nos prétendus trésors. — Plût à Dieu que nous eussions réellement découvert les richesses fabuleuses que recelaient, au dire des Persans, les ruines du palais de Djemchid I Nps finances s'épuisaient, et, bien loin de les renouveler, nos fouilles y avaient fait une large brèche ; aussi aurions-nous été en droit de dire que c'étaient nos ouvriers, et non pas
nous^ qui ramassaient dans les décombres de Persépolis, sinon de Tor, du moinsr de l'argent.
Heureusement, ces petits événements n'étaient pas de nature à nous causer de sérieuses inquiétudes ; nous n'en poorMu«* vions pas nos travaux avec moins d'ardeur. Sur le plateau que nous avions déjà exploré en grande partie il ne nous restait plus qu'un seul palais à examiner. Il est d'une étendue pins considérable que les derniers décrits, et il a, par le nombre et la beauté de ses sculptures, une importance supérieure. Sa superficie se mesure par quatre-vingt-onze mètres du nord au sud, et par soixante-seize mètres de l'est à l'ouest.
A en juger par ce qu'on retrouve des divers éléments qui composaient ce palais, il résumait, ou plutôt réunissais dans
son ensemble, tontes les beautés que nous avons successivement remarquées dans chacun des autres monuments de Persépolis; aussi peut-on dire que celui-ci était l'un des plus grandioses et des plus beaux parmi ceux qui restent de cette magnifique résidence des rois de Perse. Nous l'avons trouvé mutilé« et les terres entraînées des sommets de la montagne au pied de laquelle il se trouve, l'ont envahi et
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siQ soqt amoDCôlé^s à plus d'uu mètre de ban leur. Né^nmoio^ ses bas^reliefs se 9ont 9s$6z bien conservés dans leurs partie supérieures, et nous le^ avons complétés au moyeu de fouilles faites à la base.
Ce (nQnumeul sj0 composait de deux partiea distinctes, une grapde aialle carrée, en avant; dit eôté du nord, un large portiqi^ Pour donner plus de grandeur à ce portique, on avait placé, de chaque côté, un taureau colossal. Ces deux taureaux avançaient (jte près des deux tiers de leur longueur, c'est-à*dire de près de quatre mètres, sur le premio* rang des colonnes qui supportaient le fronton ^ Celte saillie avait l'avaR* tage de détacher et ée laisser apercevoir presque tout eniières ces grandes sculptures qui ajoutaient ainsi à la Tefiet de la {aoade qu'ornaient en outre seize grandes colon* nés à chapiteaux formés par de doubles corps de taureaux.
De ce portique on pénétrait à l'intérieur par deux poiies à large baie. On y avait également accès par trois autres faces, sur chacune desquelles étaient deux autres portes. Il y en avait ainsi huit en tout. Ce sont leurs jambages qui, avec les blocs évidés en forme de niches et placés dans le mène alignement, indiquent seuls la place et la disposition de Tédî^ fice ; ce sont encore ces jambages qui attestent airjourd'bui la richesse et indiquent le caractère de rornementatiott de ee monument. Tous , ?ans exception , sont couverts de basreliefs où ToQ retrouve le lion, le griffon, le taureau, et cet autre monstre sans nom, vaincus par un personnage allégo^ rique que nous avons déjà vu, comme un dieu lare, au seuil de tous ces palais. Le roi est représenté là dans toute sa majesté. Pour rendre son effigie plus imposante, on a environné son trône d'un plus grand nombre de gardes et de
tributaires. Aucun des autres édifices de Persépolis ne peut rivaliser avec celui-ci pour la beauté de ses tableaux sculptés. Ne serait-ce pas daus cette belle salle , en face de ces ponipeuses images d'un roi de Perse, de Xercès peutrétre, qu'Alexandre se laissa entraîner par le délire de l'ivresse jusqu'à incendier et détruire tout ce que Tart de ces temps antiques avait créé de magnificence pour la demeure du vainqueur de la Grèce?
Le vaste espace compris entre les quatre murs de cette salle et Tabsence de toute trace indicatrice de divisions faites par des murs de refend , nous ont conduits à penser qu'il avait dû y avoir des colonnes. En effet , à deux mètres de profondeur, nous en trouvâmes les bases, et nous acquîmes la certitude qu'il y avait eu cent colonnes sur dix de front dans les deux sens. Elles étaient cannelées et se terminaient par des corps d'animaux.
Les quatre portes qui s'ouvrent sur les faces est et ouest sont consacrées à la représentation de ce personnage à figure humaine, doué d'une puissance surnaturelle, qui combat un taureau, un lion, un griffon et un autre animal participant de ces deux derniers. Deux de ces sujets ont été décrits précédemment ; celui où figure le griffon n'a été qu'entrevu. Dans ce duel symbolique, le monstre a une tète d'aigle avec une espèce de crête qui couvre le cou et s'étend jusque sur le sommet de la téie où elle forme comme un long bouquet de plumes par lequel son adversaire le saisit. Ce cou emplumé se relie , sur les épaules , à de grandes ailes qui couvrent le corps. Cet animal fantastique réunit en lui les deux natures du quadrupède et de l'oiseau. La première est indéterminée et participe de deux espèces différentes ; ainsi la
tête de ce monstre est surmontée d'oreilles semblables à celles du cheval; puis, ses ailes d'oiseau laissent paraître d'énormes patles armées de puissantes griffes, dont Tune repousse vigoureusement son ennemi , et Tautre serre fortement son bras. Cette partie du corps , où se reconnaît la nature du lion, se prolonge vers les pattes de derrière. Là) le genre ornitique reparaît dans les serres d'aigle, attachées aux cuisses du lion , et dans la queue d'oiseau qui remplace celle du quadrupède* Cette sculpture est, comme on voit, très-étrange. Rien de bizarre comme cet assemblage de parties du corps empruntées à plusieurs animaux. Aussi faut-il voir dans ces images, toutes de convention, quelque chose de symbolique, de mystique, qui explique la tranquillité de ces scènes où tous les efforts du vaincu semblent impuissants à émouvoir le vainqueur.
Nous avons déjà rencontré , sans le décrire , le bas--relief qui représente le même duel , dans lequel figure un lion qui se défend sous l'étreinte irrésistible et le poignard de l'homme-dieu. Non-seulement le type naturel du lion a été fidèlement retracé , mais encore le sculpteur a déployé dans l'exécution de cette figure un talent véritable. Compris simplement et avec grandeur dans son ensemble, ce lion est rendu avec une vérité, une entente de la nature vraiment admirable. Son attitude est d'ailleurs la même que celle de tous ces animaux, et le lion vaincu est aussi calme que son antagoniste.
Les portes principales sont celles qui ouvrent sur le portique, et les bas-reliefs qui en ornent les embrasures surpassent les autres en étendue et en richesse de composition; les deux portes de la quatrième face , vis-à-vis des précédentes, ont des bas - reliefs analogues, par le sujet, à ceux
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déis portes principales. On pourrait à lotîtes quatre lebr donner le nom de portes royales ; en effet, les unes et les autres de ces sculptures représentent le roi sur son trône, mais avec des vAriantes qui distinguent la face du sud de la face du nord ; aîfisi , sur les premières , le souverain a ses sujets de toutes races à ses pieds, tandis que les secoildes le représentent environné de ses familiers et de ses gardes. Cette dernière idée a fourni, sans contredit, Tun de^à plus curieux et des pins beaux morceaux de la sculpture antique; ce bas-relief est divisé horizontalement en six champs séparés les uns des autres par des bandes de rosaces qui , dahs les deux sens de la hauteur et de la largeur, forment des ciadres contenant tes diverses parties de ce grand tableau. Dans tes cinq cadres inférieurs, sont rangés des gardes armés de lances, de carquois ou de boucliers , semblables à ceux que nous avons déjà vus répétés si souvent : il y en a dix à chaque rang. Au - dessus de ces cinquante gardes , qui semblent veiller à la sûreté du roi dans son palais, est un tableau qui le représente sur son trône, plificé sot)^ un dais, danis le costume que nous lui connaissons , et tenant sa canne avec sa fleur; le trône ou takht (mot persan qui désigne le siège royal, d'où dérive le nom moderne donné à ces mohuinènts), le trône, dis-je, consiste dans Un siège dont la forme e^t celle d*une chaise avec un dossier, un peu élevée, car les pieds du roi ne pourraient toucher à terre et posent sur un tabouret. Ce trône est un des objets les plus intéressants que Ton retrouve sUr les bas-reliefs de Takht-i-Djemchid ; et, tout en tenant compte de ce qu'aVait d'exceptionnel le trôhe du Roi des rois^ on n'en a pas moins, par la grâce de ses formes, la preuve d'un goût et d'Un art déjà très^développés à cette
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époque reculée de la civilisation humaine. Ce siège a de plus une analogie frappante avec ceux des bas -reliefs de Ninive(IO): ce rapprochement a une importance archéologique, et Ton pourrait en induire que les Perses ont été, en quelquesuns de leurs usages, les imitateurs des Assyriens; peut-être même ne s'éloignerait-on pas de la vérité en pensant que les Mèdes ou Perses , ayant mis Ninive à sac , en ont emporté le trône pour leurs propres souverains.
Derrière le monarque, dont la taille dépasse de beaucoup celle des autres personnages, un serviteur agite* un chassemouches au-dessus de la tête royale; après lui vient un offi^cier dont le costume indique un archer ; il semble porter les armes du roi : dans sa main droite il tient une petite hache ou masse d^armes, et, sur son épaule gauche, il supporte un arc au moyen^'une tige fourchue à laquelle on ne peut attribuer d'autre Usage que celui de servir de point d'appui au bras, afin d'assurer le tir. Devant le souverain se préiente un personnage également en tiinique courte et avec une canne; il lève la main droite et paratt adresser la parole au roi. En dehors, et de chaque côté du dais sous lequel est le trône, sont deux autres figures : Tune représente un garde , l'autre un serviteur qui porte un vase. Le dais royal est fignré par deux montants qui soutiennent un baldaquin à coins retombant aux angles et terminé par une frange en filet, avec une bordure de glands; au-dessus de cette frange sont trois petites bandes de Rosaces. Dans les intervalles qui les séparent sotit deux petils champs superposés au tni-. lieu desquels plane le mihvy sous la forme simplifiée de l'anneau attaché seulement à des ailes et à une queue d'oiseau. De ehaque côté du mihr sobt cinq animaux symbolique^ ;
dans le champ supérieur, Tanimal représenté ainsi dix fois est un taureau; au-dessus , c'est un lion.
Sur les quatre bas-reliefs qui complètent Tornementation des portes de ce palais, il en est deux dont le sujet est identique. Ainsi la partie supérieure est consacrée à la représentation du roi assis sous un dais ; quant à la partie inférieure, elle représente des individus soutenant le trône et figurant les divers peuples ou tribus entre lesquels Tempire de Perse était alors fractionné. Cette idée est rendue au moven de trois rangs de figures superposées, parmi lesquelles se distinguent, soit par leur costume, soit par le caractère de leur visage, des Assyriens, des Mèdes, des Scythes ou des Nègres. En observant avec soin les types variés de ces personnages, autant du moins que la mutilation de la sculpture le permet, on resle convaincu que le sculpteur a «voulu représenter non-seulement les nations ou tribus, parties intégrantes de Tempire de Perse, mais encore celles qui, vaincues par les conquérants de la dynastie acbéménide, sont devenues acci* dentellement leurs tributaires.
Dans la partie septentrionale du plateau qui sert d'assiette commune à tous ces monuments, on voit encore un grand nombre de fragments dégrossis, préparés pour la taille du ciseau, ou même simplement coupés dans les blocs inhérents au sol même. Ils sont sans intérêt, mais ils prouvent que la dernière main n'avait pas été mise à ces immenses travaux, quand le pillage et Tincendie sont venus en interrompre le cours.
l'ai décrit les divers édifices qui composent l'admirable ensemble connu en Perse sous le nom de Takhi-i-Djernchid. J'ai dit que, dans cette demeure des rois de Perse, les appartements secrets se reconnaissaient encore à côté des salles
d'apparat où ces princes étalaient la pompe de lenr royauté fastueuse. Les fondateurs de cet immense palais n'avaient pas pensé seulement au séjour qu'ils auraient à y faire durant leur vie ; ils avaient encore songé à s'y préparer une sépulture digne de leur grandeur et en harmonie avec les lieux qu'ils avaient habités. Cette idée d'élever des monuments funéraires somptueux et durables est commune à presque tous les peuples ; mais en aucun pays, elle n'a été réalisée dans des conditions semblabes u celles des tombes royales de Persépolis. Généralement les sépultures sont éloignées ou du moins placées en dehors de l'enceinte des lieux qu'habitaient les vivants. C'est ainsi que les pyramides ou les cavernes sépulcrales de l'Egypte furent élevées au milieu des plaines sablonneuses d'Alexandrie, ou creusées dans les montagnes solitaires de la chaîne libyque. Les hypogées des princes achéménideSy au contraire, faisaient en quelque sorte partie de leurs demeures, et mêlaient la sévère ordonniince de ksur ornementation funèbre à la richesse et à Téclat de ces palais où la puissance des souverains de Perse avait déployé tant d'art et de luxe.
Deux tombes semblables avaient été disposées sur la pente de la montagne qui forme l'enceinte du palais à l'est. Elles étaient creusées dans la roche vive, aucune pièce rapportée ne figurait dans leur façade ornée de lignés architecturales et de bas-reliefs : c'était le rocher même qui avait été taillé et avait fourni , sans déplacement aucun , tous les matériaux népes* saires à l'édification et à l'orneaientation de ces monuments.
Selon l'usage antique, et d'après la coutunae. particulière aux Perses, il est probable que si ces sépulcres n'étaient .pas précisément inaccessiblesi ils n'étaient cependant pas mis
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d'«oe fnaoière ostengibte eo cominunioation avec les palais. Aucaa esealier n'y ooaduisail, et quoiqu'on aperçât çè el la les traces d*an sentier qui avait été pratiqué dans le roo, il fallait, poar atteindre ces tombes» escalader les rochers an moyen de leurs aspérités et de leurs angles naturels. On arrivait ainsi à une plate-forme, en partie formée par le rocher taillé, en partie disposée artificiellement sur cinq murs en retraite fortnant soubassetafient» et construits avec des bloos équarris et posés les uns sur les autres sans ciment. A Textrémité de celte terrasse était le tombeau auquel elle servait pour ainsi dire de socle.
Le rocher, je Tai dit, avait été habilement taillé et raé nagé. Il présentait l'aspect d'une construction arcbitectarahe <l|iii participait du genre adopté généralement pour les palais de Pereépolis. La façade ofire à la base un portique simulé par quatre colonnes engagées ; leurs chapiteaux sont formés de deux oorps adossés de taureaux dont les firotila cornus supportent une corniche à denticules. Ao<Hlessii8 règne une frise dans laquelle sont scniplés dix4iuit lions, rangés par neuf de chaque côté, en ordre inverse et séparés par une espèce de (leut* de totus qui est au centre. Au-dessus dé cet entablement» la façade se rétrécit, et, dans un cadre compris entre deux parties saillantes du rocher^ se trouve un grand bas-^relief dont le sujet parait essenlieltoment t^ligîeux. A la partie Supérieure est le rnUtr^ qui semble présider à un acte du culte du feu» aeemopli par un personnage dans lequCA j'ai cru rectôhnàttre le roi. Ce personnage est debout, monté sur trois degrés. Il tient nn àt*c de la m&in gauche, et il étend la drbite, en signe de serment ou d*aderation, vers un autel sut lequel est reptl^
V<»tA6E EN PtMt. Vtiè
seBlée la fljBuntnd sacrée. Cèltè seèbe arable avoir potir motif la con^ratiott de Ib fM igniisole ^r fé souveîrain dont la dépouille mortelle a été déposée dans ce ca^^u.
Gétte pnsiiiière partie à^ btts-tiBlief ei9t placée Mit* nM espèce dé table Of^née d'une irangée d*OTeà, et terminée, aux deu& bouts , par le double corps de ce monstre btzarre dbnt j'ai ou déjà occasion de paHer, et qui réunit la nature db lion ft celle de Taigle. Qn&tor^e figuras , sur deux rangs, de physionomies et dé costumes différents , setnblent sripporter cette espèce d'estrade. D'autres figurée sont placées de dith que côté ; parmi elles , il y en a dont le geste et Tatlitude semblent indiquer qu'elles pleurent. Telle est la disposition intérieure de ce caveau funéraire où se retrouve , on le voit, le systètnè d'Ornémeniàliôn eôtntnbn à toulâ les palais de Takht-i^t)ftmchi4.
Mes recherches dans leS hypogées de Persëpiolis furent troublées pôr un incident qui mérite d'être raconté. TaperOue , gravissant le sentier qui y conduisait, d^n% ihdividuis dont le costume me parut de Idin différent dé tëlui des Persans : c'étaient deux vieillards de petite taille, mais robustes et à rœil vif. Au lieu du bonnet de peau d'agnbaù pointu, its avaient là tête couverte d'un large lurbtan h bouts pendants sur l'épaule. Leur barbe, nu lieu d'être aôi^èusenieni teinte d'un beau noir, selon rnSëge des Pet*sans, était telle qne ins années l'avaient rendue, tout à fait blanche Ils échangèrent entre eux quelques mots dànë une langue que je n'avais pas encore entendue dàn^ ces contrées; puis ils m'adressèrent fai parole éto persan. Aux questions que je leur fia, ils répondirent qu'ils étaient des marchands de Yezd, où ils se rendaient apvès nvdir acctmipii un long voyage qn'ils venaient
de faire dans le nord de la Perse; ils ajoutèrent que, comme presque tous les habitants de Yezd , ils étaient de religion guèbre ; qu'ignicoles , comme Djemchid » le grand roi qui avait élevé les palais de Persépolis, ils n'avaient pas voulu passer auprès de ces ruines sans venir y faire une pieuse visite. — A peine avaient-ils achevé, qu'ils se mirent à ramasser du menu bois et des herbes sèches , en formèrent ade espèce de petit bûcher sur le bord de Tescarpement du rocher où nous nous trouvions, et l'allumèrent en murmurant des prières dans la même langue que je les avais entendus parler à leur arrivée; ce devait être du zend, la langue de Zoroasire et du Zendavesta , celle dont les caractères étaient gravés sur les murs de Persépolis.
Pendant que ces deux Guèbres priaient devant leur feu , je levai les yeux sur le bas-relief supérieur de la façade du caveau funéraire devant lequel nous étions. La scène qu'il représentait était exactement semblable. Ce culte avait donc encore^ après plus de deux mille ans, des adeptes dont la foi s'était conservée malgré les persécutions des sectateurs de Mahomet et d'Ali. Longtemps après le départ des deux Guèbres, le petit bûcher brûlait encore , et sa fumée légère montait, en colonne bleuâtre, vers le ciel. Je me sentis sous l'influence d'une impression religieuse, en me retrouvant seul à côté de ces cendres invoquées qui avaient reçu l'hommage de deux vieillards prosternés devant elles; la fumée du sacrifice s'élevait lentement au-dessus des rochers sauvages qui dominaient la plaine silencieuse, couverte de ruines au milieu desquelles étaient encore les débris des antiques autels du feu.
L'intérieur du tombeau était d'une simplicité qui contras-
tait avec le dehors , et , semblable à celui des tombes de Nakch-i-Rousràm. Od y pénétrait par une porte placée entre les deux colonnes du centre de la façade : cette porte ne s'ouvrait pas dans toute sa hauteur; seulement^ il y avait, à sa pa'^tie inférieure, un passage qui était probablement muré après Tintroduction du dépôt sacré confié à ce caveau sépulcral. La chambre souterraine du tombeau se divise en deux compartiments qui, bien que distincts par leurs voôtes d'inégale hauteur et qui s'entrecoupent , n'en constituent pas moins cependant, à vrai dire, un caveau unique; au centre est un sarcophage taillé et creusé dans le roc, ainsi que toutes les autres parties de ce monument.
En suivant la pente de la montagne, dans la direction du sud , on rencontre un autre sentier et même quelques marches encore apparentes sur le rocher; ces degrés mènent à une seconde tombe, qui se trouve un peu plus éloignée du palais que Tautre, et qui est située un peu plus haut sur le flanc de la montagne; extérieurement, elle est semblable à la première, et en dedans il y a six sépulcres.
Au pied du mur qui soutient la grande terrasse de Takht-i" Djemchidy du côté du sud , on voit un grand nombre de débris ayant appartenu à des fûts ou à des bases et à des chapiteaux de colonnes. On y découvre un canal construit pour les eaux et un puits ou réservoir desséché. Dans un ravin qui tourne au nord -est du côté du plateau du palais, on trouve , isolée et sans liaison aucune avec d'autres constructions , une porte semblable à celles que j*ai décrites. Les jambages portent deux bas-reliefs mutilés et méconnaissables. Autour de ces ruines , et dans toutes les directions, la montagne conserve les traces des travaux immenses et pénibles
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qu'il a falltt y exécuter pour eo extraire les maiériaiix qui QDl été employés à la construclioo de tou^ ces mQouqieiits. Par les fûts de colonnes ou les chapiteaux que Ton y trouve ébauchés, on a la preuve que ces diverses pièces d'arebi^eo» ture étaient optenées à un degré IrèSj^avancé d'exécutioi^ dftps les carrières d'où on les extrayait^ avant de les trsMo^isporter sur remplacement désigné.
Un jour, étonné de voir la rquta couverte 4e c^vaJîer»^ je fus prévenu par des goulâms , qui avaient le verbo liant et les manières hardies , que le gouverneur de la province d^ Fars allait venir visUer les ruines. C'était un Chàb-2adéh,; un frère du roi, Ferrhàd-Mirza, qui avait été réceiqiaent nowwé à la résidence de Chiraz. Il voulait ^ en passapt , viaîtor* les lieux habités autrefois par les princes s^ pirédéc^ssQiM*9 de vingt siècles»
J'avais vu le Cbâh-Zadêh à Tébér^ « j avais méaie ^ chargé par l'ambassadeur de lui remettre quelques présents; j'allai au-devant de lui , et nous eûmes bientôt rei^ouveié connaissance. Je lui fis les honneurs de ces ruines^ en lui donnant TexpUcation de chaque chose. Le prince me p^irut aussi lettré que peut Tétre un Persan. Il n'ignorait auçq^e dee particularités fabuleuses du règqe de Djemchid, tel qu'il otf raconté par les historiens ou plutôt par les conteur^ p^irsAW. Il donnait à la plupart dos bas-reliefs vme explication qu'en sa qualité de bon musuln^n, il entremêlait de réprobations à l'adresse de la religion guèbre dont il disait qu'on retrouvait là les traces diaboliques.
Ferrhàd-Mirza s'intéressa à nos travaux, parcoiu*ut avec attention nos portefeuilles, et nous exprima son content^*ment Irès-approbatif en répétant : Khoûb, khaïU-khoûb^ c'est
VOVâGB EN PERSK. MT
befto , e'est biM t très-bwu I Nou» lui offirimes quilctwa raP fratchissemeots y et il remonta i cheval en nous invitant gracieusement à aller la voir ji Chiraz. Il redescendit le grand escalier, et pendapt longtemps nous pùnMS sqivre des yeux sa nombreuse escorte ebevauebant sana ordre dans la plaine.
Dans la même journée nous eùmea une autre diatraction ; c*ét^ un mariage cbez les nomades qoî eampaiett près de Qoos^ Ils avaient plaDté leurs tentes cUins un retour de la montagne et sur la limite des ruines antiques. Cette solennité de famille répahdail alors la joie sur ces tentes noires, et les Iliàts se livraient è la gaieté la plus ex.pansive. En notre qualité de chréliena, le partage de leurs plaisirs noua était interdit, mais le son cadencé et monotone de leurs lambouriiis arrivait jusqu'à nous. Nous les entendions depuis deux joufs, sans que la nuit même y vint apporter la moindre ialerruption. Cette musique incessante était raocompagnement obligé des préliminaires de la cérémonie dool Theure était arrivée^ Nous vîmes passer la mariée que Ton oonduisaity en pompe, au village prochain pour prendre le bain. Le cortège passant au milieu des ruines, produisait un effet tout à fhit originaU au travers des colonnes et des sculptures de toute espèce. La marié marchait en télé; il frappait touj|ours de la même ftiçen sur son tambouriui et semblait vouloir exprimer sa satisfae» tion par Ténergie et la vivacité de ses mouvements. Eterrière lui^ son père, aoefllant dans une flûte faite d'un bout de reseau, en tirait des sons discordants à faire fuir. Après eux, la fiancée complètement voilée, montée sur un àne pompeusement couvert d*oripeaux en guenilles, marchait entre sa mère et celle de aoo futur. Aatour d'elles sautaient et tû«r<*
DaieDt, eD agitant leurs voiles^ plusieurs femmes qui devaieut assister à la toilette de uoce.
Ces Iliâts étaient ceux qui dous approvisionuaient eu beurre, poules, œufs, pain, etc, etc ; nous étions avec eux dans les meilleurs termes, et nous n'avions qu'à nous en louer. Je tenais à leur être agréable; aussi, profitant de Foccasion, j'avais, le matin même, envoyé un cadeau à la nouvelle épouse; j'avais ajouté à la corbeille du mari, un voile de crêpe rouge semé de paillettes d'or. Ressoulbek, qai fit la commission, me dit qu'il n'était sorte de folies que la mariée n'eât faites, en recevant mon pichkèch; et, quoiqu'il fût offert par un guiaour^ elle s'en était enveloppée de suite la tête, en manifestant toute sa joie par la fureur et la précipitation de sa danse.
Quelques mots sur la construction des monuments de Persépolis compléteront l'examen détaillé des élégantes et riches sculptures qui en couvrent les murs. Le même système a été suivi pour l'édification de tous ces palais. De grandes assises, d'une pierre très-dure, parfaitement appareillées, en forment les parties principales, telles que portes, fenêtres ou niches. Les massifs intermédiaires, assis sur une base solide et restée en place, étaient sans doute construits avec des matériaux plus petits, plus facilement destructibles, en pisé ou en briques. C'est du moins ce qu'on peut induire de la disparition totale de ces massifs. C'est à la solidité des blocs dont se composent les ouvertures que l'on doit de retrouver les innombrables bas-reliefs qui font aujourd'hui l'admiration des voyageurs. L'heureux mélange de la sculpture et de l'architecture est un des traits caractéristiques de ces monuments. Ainsi, on les a mariés si habilement que l'on ne sau-
rait les disjoindre, et que pour séparer Tune de Pautre, il faudrait les mutiler toutes deux. On serait presque endroit de dire qu'à Persépolis, Parchitecture ne sert que de support, de cadre, en quelque sorte, à la sculpture qui, à son tour, s'est plu à orner et embellir sa rivale. On y voit partout la main du sculpteur. Les murs épais des portiques ou les rampes des escaliers, comme les jambages des portes, lui ont fourni de grandes assises de pierre d'un beau poli, sur lesquelles il a pu exécuter les colosses des portiques ou ces élégantes figures qui peupleront encore, pendant des siècles, ces solitudes où Tantiquaire ira évoquer les grandes ombres des Perses de Xercès, et rendre hommage aux combattants que la fortune trahit à Ârbelles.
Deux idées semblent avoir présidé à l'exécution de tous ces reliefs: celle de la force, de la puissance, qui étonnent et commandent le respect, représentée par les colosses qui gardent les entrées de ces palais; puis, celle de l'élégance, de la pompe et de la majesté royale, qu'on retrouve dans tous ces tableaux où figurent le roi, ses officiers ou ses sujets de toutes castes, de toutes nations. Ces deux idées ont été également bien rendues: la première, par les proportions gigantesques et les formes vigoureuses des taureaux sculptés presque en ronde-bosse ; la seconde, par la suavité et la délicatesse d'exécution de tous les personnages qui , dans des proportions pins petites, décorent les intérieurs de tous ces palais ou les perrons par lesquels on y arrive.
Quelle que soit l'échelle sur laquelle ces sculptures ont été exécutées, on ne saurait dire qu'elles dénotent un art perfectionné et une science plastique avancée. Le ciseau, en effet, ne s'y montre pas savant : il a , au contraire, toute la