CHAPITRE XXXIX
Trésors. — Attaque nocturne. — Suite de la description des momim^ts. Onèhros. ^ Visite d'un Ghah-Zàdèh. — Mafiage d'tUAts.
Pour les fouilles que nous avious à exécuter, nous employions des hommes du village le plus voisin , sitné dans la plaine, et qui s'appelle Kanara. Ils y mettaient assez de bonne volonté, mais leurs outils étaient peu propres à ce genre de travail. — Dans un pays où le soleil féconde facilement une terre qui n'est jamais épuisée , Thomme se donne peu de mal pour la préparer. Il n'a que faire d'outils puissants et lourds pour la remuer. — Aussi nos travailleurs, munis de petites pioches courtes et légères^ faisaient-ils peu de besogne. Ils étaient , comme tous les Persans, trop intelligents pour ne pas prendre intérêt à nos découvertes et pour ne pas nous aider dans Tex traction des belles sculptures dont ils n'avaient jamais connu que les parties demeurées au-dessus du sol ; mais, tout en comprenant et partageant, jusqu'à un certain point, notre curiosité, ils ne pouvaient croire que l'amour de l'art fût notre seul mobile, et tous ils étaient convaicos que nous cherchions
des trésors. — Il y a en Perse , et généralement dans tout rOrieni y un préjugé bien établi : c'est que tous les monuments de Tantiquité, et principalement ceux qui sont revêtus d'inscriptions, indiquent des trésors cachés. Comme les Persans ont vu des Européens copier ces inscriptions, en chercher le sens, et souvent faire des fouilles sur remplacement des ruines, ils en ont conclu qu'ils ne venaient de si loin visiter ces débris que pour y chercher des richesses enfouies. Il arriva un jour jusqu'à moi un singulier bruit que nos ou» vriers avaient accrédité dans le pays. On disait que nous trouvions tous les jours de Tor, de l'argent et des bijoux ; on allait même jusqu'à prétendre que nous avions découvert un vase contenant seize battemanSj ou vingt-quatre kilogrammes d'or monnayé, et que nous en avions envoyé une partie au Chah, comme cadeau et redevance pour tout ce que nous espérions trouver encore. J'avais beau leur représenter l'absurdité de leurs propos, et leur démontrer que, de notre part, ces trouvailles n'étaient pas possibles, puisque c'étaient eux seuls qui faisaient les fouilles; ils ne voulaient pas en démordre. Les plus incrédules prétendaient, pour expliquer le fait, que nous faisions amener les excavations jusqu'à la profondeur à laquelle nous savions que gisait le trésor, et que la nuit nous venions Ty prendre. Il n'y avait rien à répliquer à des gens chez qui un préjugé semblable était tellement enradoé , qu'ils trouvaient toujours un moyen de tourner les objections; mais c'était un jeu à nous faire assassiner, et peut-être n'est-ce pas à une autre cause qu'il faut attribuer deux attaques nocturnes qui furent tentées contre notre petit camp.
J'ai dit que nous avions deux soldats d'un régiment en
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garnison à Chiraz, et que le gouverneur de cette ville nous avait fort obligeamment accordés pour nous garder la nuit. Ces deux hommes, qui étaient véritablement de trèsbraves gens, faisaient leur service pendant que nous et nos domestiques nous dormions. Ils veillaient, chacun à leur tour, auprès d'un feu placé à côlé de notre tente, et autour duquel ils avaient disposé une espèce de barricade avec des caisses et des morceaux de bois pour éviter une surprise. Ils cachaient aussi parce moyen la clarté du feu qui, dans Tobscurilé, aurait pu servir de point de mire. Tout cela était assez bien entendu, et prouvait qu'ils n'étaient pas dans une sécurité complète. Quand ils procédaient le soir à leur installation nocturne, ils complétaient leurs moyens de défense par un stratagème ridicule, mais dans l'efficacité duquel ils avaient confiance: ils mettaient des bonqets et des manteaux sur des piquets, tout autour du feu, pour faire croire à la présence de plusieurs carciouls ou factionnaires. — Ce moyen ressemble à celui qu'on emploie chez nous pour faire peur aux moineaux. — Nos soldats lui attribuaient la même vertu vis-à-vis des voleurs.
Malgré ces précautions, deux fois, pendant notre séjour au milieu de ces ruines, notre sommeil fut troublé par des alertes. Des maraudeurs avaient paru dans l'ombre et riposté au coup de fusil tiré par notre sentinelle. En un instant tout le monde était sur pied ; mais où aller ? de quel côté poursuivre les voleurs ? La montagne leur offrait un refuge, où Ton ne pouvait les atteindre dans l'ombre. Nous ne vîmes rien. Presque nus, glacés, il fallut rentrer sous nos tentes sans avoir rien aperçu. Les maraudeurs avaient compté sur le sommeil de tous nos gens ; ils espéraient se glisser jusqu'à