CHAPITRE PREMIER
. Agriculture proprement dite.
Agri^iwn:. L’agriccltthe a eu jadis chez les anciens Sardes un développement qui" pourrait nous paraître incroyable, si nous n’avions à ce sujet le témoignage unanime dos auteurs anciens les plus accrédités. Ils nous apprennent . que cette île partageait avec la Sicile l'avantage d'être •
. nommée le grenier de la répul^ique romaine ; mais ,
’ d’après ces mêmes auteurs, il est constant. que la SardàigUP était alors bien plus peuplée quelle ne l’est àpré- • . sept. On peut donc supposer que cette immense quantité
• . de blé que. les Romains tirèrent de la Sardaigne était Je
* résultat du travail d’un nombre considérable de cultivaleurs, et par conséquent le produit d’une nombreuse population et d’une grande étendue de terrains cultivés. ,
Son t-ial ancien. « Toutefois, on ne peut croire que les Sardes actuels aient moins de connaissances en agriculture que n’en avaient leurs pères sous les Romains , ni que leurs instruments i actuels soient plus imparfaits éneore que ceüx de ce temps.
Si donc iL existe une 'différence potable dans la quantité
• * des récoltes , elle doit principalement être attribuée à la
' grande disproportion qui existe eptre les populations des deux époquos , et non à la différence du mode de culture ou des instruments aratoires qu’on pourrait supposer plus défectueux aujourd'hui qu’autrefois. , ,
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* CUAP. I. AGKICUI.TliKB.
Gependant, il s’en faut que, (le nos jours, l'agriculture Son état actuel soit en Sardaigne auniveau de ce qu'elle est dans les autres • *
états de l’Europe. On doit même convenir que , propor- .
lion gardée, c'est peut-être la chose quiry soit le plus arriérée; mais peut-il en être autrement dans un pays où le •’ cultivateur est oblige de lutter continuellement contre la * .
misèrè et de supporter, des charges énormes comparativement à ce qu’il récolte; où les débouchés et les moyens de communications ont été jusqu'à présent difficiles' et mémo à peu près nuis} dans un pays enfin où tant de propriétés sont précaires ou conventionnelles , et où les baux n’ont qu'une durée fort courte ?” ‘
Les agriculteurs sont partout, on lésait, exposés à des AgncdhA». vicissitudes sans nombre ; mais en Sardaigne d’autres calamités produites par les circonstances et les institutions locales ont jusqu’à présent pesé sur eux. Qu’on se figure un payan dénué de tout, empruntant pour ensemencer, 1 ** * \ labourant un terrain qu’il loue pour une seule saison, et souvent éloigné de plusieurs heures de chemin de son ha- •* * ■. ’
bitation; se trouvant fort heureux quand, la dîme .et les •* ‘ * autres redevances me Kit enlèvent pas , à l’instant même de *
la moisson, la moitié ou plus de sa récolte; enfip, exposé chaque jour à des corvées sans nombre : tel fut jusqu’ici l’agriculteur en Sardaigne. • , . > * •* ’*•
On y trouve aussi quelques hommes qui, sortis de la classe commuée par leur Industrie ou par celle de leurs aïeux, labourent leur propre champ él vivent dans (me honnête aisance, sous leur propre toit; mais cette classe, de laboureurs est bien moins nombreuse qu’ailleurs. En . général, elle n’existe presque pas dans le pays platj consacré exclusivement à la culture des grains et de la vigne , et où les terres sont peu subdivisées ! c’est pourquoi les hommes de cette classe sont bien pins misérables que ceujc t . qui habitentlés pays un peu mantueux, où plus de yariélé
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dans les cultures, Une distribution de propriétés moins „ inégale, et la facilité défaire de petits enclos particuliers, doivent donner une plus grande aisance aux cultivateurs.
Aussi les habitants de la plaine sontwls regardés dans le pays comme des’gens lourds , stupides et abrutis , tandis . que les autres , plus indépendants sous tous les rapports , ne manquent ni d'intelligence ni de capacité. De plus, ces derniers sont, à l’exception de quelques habits de parure, presque tous vêtus d'étoffes qu'ils ont fabriquées dans leur ménage. Les premiers, au contraire, sont uniquement agricultéurs ; n’ayant presque point de laine, ni le loisir de la mettre en oeuvre, ils sont forcés de se pourvoir chez le marchand, et sont placés ainsi continuellement entre la nécessité dé se vêtir et l’insuffisance de leurs moyens pour y satisfaire. 1 • ■* ’ . . ■ r
Les laboureurs propriétaires ne sont pas nombreux ; ÿs paient le droit de fief , la dime et les autres charges-, en •général , ils n’ont qu’une fortune très médiocre, chssetdésagrî. La masse des agriculteurs se divise, em deux : les uns travaillent moyennant un salaire fixe, et alors ils rentrent dans la classe des domestiques i les autres font avec le pro- • priélaireun bail qui ne dure ordinairemenLqu’un an. A l’expiration de ce terme, il est annolé ou renouvelé suivant les convepànces réciproques des deux parties. Mais t «quelle sorte de irtarché' peut çoholure un misérable qui , -, • pour se. procurer les avances indispensables, est forcé de
•• commencer par contracter envers le propriétaire une dette - toujours trop forte , et dont il lui est souvent très difficile
de se libérer aVec. le prix du travail de l'année efitière?
. • En qVidques endroits , le laboureur donne au proprié-
taire la moitié dû produit; il s’oblige à fournir sort travail, scs bœufs, ses instruments; et le propriétaire lq se- . «menee, le terrain et le lj)gis. Quoiqu'un pareil contrat , paraisse , de tous ceux qui se font dans Iflè- te plus favo-
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rable aux cultivateurs , ceux-ci ont encore bien de la peine à vivre ils changent très fréquemment de métairie , mais ce n’est ordinairement que pour passer d’un état misé-; râblé à nn autre qui ne l’«st pas moins. • ‘ .
Les propriétaires qui font labourer leurs terres par des hommes, à gages (1) tirent un bien mince profit de çet arrangement s’ils h’babilent sur leurs propriétés, ou s’il», , n’y tiennent pas une personne de confiance qui, à cause1 des qualités requises pour.nn tel emploi , est très difficile à trouver. Quand le cultivateur n’a que peu ou point d’intérêt dans le produit, l’œil du maître peut seul donner ' l’activité nécessaire au travail. Les dépenses réellement . indispensables pour l'entretien des gens et du bétail, pour • celui des instruments, des maisons, etc.^ n’étant nullem’en t compensées par le travail de ces hommes indifférents ‘ ‘ à la quotité du produit, puisqu'ils sont toujours égale- , ment payés, il en résulte de la perte pour le propriétaire.
Cne autre circonstance très nuisible à la prospérité de n&uti a l’agricultùre en Sardaigne est le manque total ou presque lieU‘ total d’habitations sur les terres cultivées.. Il en résulte podr lui la perte de temps considérable qu’il emploie à aller du village au champ, trajet que le laboureur est obligé de faire plusieurs fois chaque jour,, et qui souvent lui prend des heures entières; D’un autre côté , on conçoit que s’il parcourt ce chemin, à pied, il épuise ses
(i) J’entends par gens à gages, non seulement tes laboureurs à salaire fue, mais aussi ceo* que Ici*. GeraeIK , li». lit , cli. Ç, p. 1 4çi , comprend sous la dénomination de società nutggiore t minore. Dans ccS deux cas, quoique le propriétaire repiette au laboureur, outre unecertaipe somme en argent, le-pfodurt d’une quantité déterminée de semence, ce produit doit être regardé comme salaire du laboureur, çt non comme partage de-société, d'autant plus que lé lapourèiir n’apporte rien pt ne fournit que son travail.
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forces, et $ç trouve moins propre au travail, tandis que , s’il veut se ménager, il est obligé d'entretenir nu cheval. Di»ùiop Je En Sardaigne , les terres étaient féodales on non féodales. Les premières étaient celles qui se trouvaient cnr • , clavées dans des territoires soumis à un Seigneur; n’im-
• porte son titre. Dans tous les fiefs, la propriété directe appartenait au seigneur; mais il n’en était pas ainsi de la
• propriété partielle ou utile (1). Souvent celle-ci n’était pas
' . à lui, ayant passé à une commune, ou bien à un particu-
• lier qui la reçut du seigneur par donation, parvente ou par tout autre contrat; mais dans ce cas, le seigneur ne pouvait en aucune façon être frustré du droit dç fief? c’était
t une sorte d’exercice de sa suzeraineté directe, qui variait selon la différence des investitures. * • • .«
; * Les terres non féodales se divisent en plusieurs elasseé :
jK ' , • 1“. celles qui appartiennent à des particulier?, et qui, étant
entièrement libres, sont possédées sans aucune charge par' .• un seul propriétaire ; 2°. celles dont la possession directe
*:f' appartient à une commune, mais qui, dans le fond, sont
r' • " allouées à des particuliers sous certaines conditiôns ;
• , 3°. celles enfin qui appartiennent directement ou indirec-
tement aux communes, qui les font exploiter pour leur . , compte. < . •
• Les terrains qui appartiennent à la couronne ont été
. * également considérés comme féodaux, et sôiimis aux
• . . mêmes règles. / . .
Voyons maintenant quelle proportion existe entre les terres qui sont cultivées et celles qui, pouvant Jetre facilement et avantageusement, se trouvent depuis un temps
• immémorial entièrement abandonnées, et attendent vai-
nement la main du laboureur. . ” *
?i) On entend par propriété utile, celle qui n’a que le seul usq-
fruit.
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CHAP. I. — CULTUtt*.
Il est impossible qu'un étranger voyage dans les campagnes de la Sardaigne sans être vivement frappé du spectacle pénible que lui offre à chaque pas une quantité immense de bruyères et de terrains? incultes, .spectacle ,
rendu plus attristant encore par le contraste de quelques champs couverts de riches récoltes , mais dont le nombre et l’étendue ne sont pas comparables à ceux de tant de friches: a peine la quatrième partie de la surface agricole de la Sardaigne est-elle cultivée. C’est ce dont j’ai pu ipe convaincre pendant mes courses dans cette île: aussi combien de fois , en parcourant le Campidano et les cantons qui lui ressemblent, et rencontrant quelques groupes de paysans épars qui traçaient des sillons isolés dans ces vastes plaines, n’ai-je pas regretté que tant de terrains fussent abandonnés !
On nomme vidazzone une portion de terrain qui est VuUumî. cultivée en céréales pendant une année. On divise à cet effet le territoire d’un village en deux ou trois parties , et tous les ans une de celles-ci est désignée pour la culture , tandis que les autres restent scrupuleusement livrées au pâturage commun. Il résulte de cetarrangemenl que les particuliers qui possèdent des terres comprises dans le rayon des vidazzoni doivent; pour se conformer à l’obligation générale imposée à tout le canton , les soumettre à la répartition fixée : c’est pourquoi, sur trois années, n’en ayant souvent qu'une, pendant laquelle ils peuvent ’ réellement profiter de leur bien , ils ne prennent nul intérêt à l'amélioration du fonds, et négligent totalement les plantations d’arbres, qui, leur devenant inutiles, n’offriraieut même aucun résultat dans des champs livrés à la pâture pendant leurs années de repos. ,. .
Ces Vidazzoni se composent en partie des terrains alloués aux particuliers qui se présentent pour les ensemencer, et qui n’ont également après la récolte aucun intérêt
à ce que les champs qu’ils ont cultivés soient en bon état, puisqu'ils n’y ont plus aucun droit, et qu’il est rare que la même pièce de terre puisse leur échoir à l’époque du nouveau partage périodique pour la culture du canton ; ce partage a ordinairement lieu par la voie du sort.
Le nom de vidazzone se donne spécialement à la partie du terrain qui est ensemencée ou en pleine végétation ; l’autre ou plutôt les autres qui sont en repos se nomment pabarili , c’est-à-dire pâturages, du mot latin pabulum.
Le principal motif des Sardes pour rester attachés à ce mode de culture paraît être la facilité qu’il leur donne de clore avec une seule haie toute la portion cpltivée , afin de la garantir des dommages que le bétail y occasionnerait, car on le laisse librement pâturer partout ailleurs. L’entrée du terrain ensemencé est fermée par une espèce de herse, qui se transporte chaque année, et qui, s’ouvrant facilement pour les gens qui sortent du clos , se referme pour tout ce qui vient du dehors. Cet endroit se nomme aidazzone , du mot aidu , dérivé du latin aditus (passage).
Tuicii'. Dans les lieux où il n’y a pas de vidazzoni , on trouve quelquefois de grands enclos qui appartiennent à des seigneurs ou même à de simples propriétaires. On les nomme tanche, du mot sarde tancare, qui veut dire clore. On les appelle aussi serrati : ce sont, dit Gcmclli , les seuls terrains en Sardaigne dont le propriétaire ail la jouissancè exclusive; mais leur nombre est encore bien faible en comparaison des vidazzoni et des autres terres communales. Il y a de ces tanches qui sont d'une étendue considérable. Dans la partie méridionale de l’île, elles sont presque toutes fermées par une haie vive (1), et dans
(i)CcWe-ci est ordinairement formée de figuier d’Inde (enclin npunba), qui, outre l’avantage de former une défense inipéoé-