‹ Voyage en Sardaigne (volume 2)Chapitre 130 sur 193 · CHAP. I. — TANCHE · texte numérisé non relu

CHAP. I. — TANCHE

l'antre par un mur brut (1). Le propriétaire lait ex pbiter ces terres à son gré-, c'est principalement dans les propriétés de ce genre que sont établis les haras, et que l’on commence à voir des prairies .artificielles. Le» vignes et les plantations d'oliviers et d'amandiers sont pourvla plupart closes et distribuées en tanche, tandis que les por-, lions des memes terres destinées aux céréales sont encore bien souvent soumises au régime des vidazzoni.

Quoique cette singulière obligation imposée aux pro- . priétaires, de laisser, même contre leur volonté , leurs terrains en friche et à la merci des bergers, soit déjà reconnue en Sardaigne comme très contraire à tout principe de bonne agriculture et très préjudiciable à la masse totale des habitants , il se trouve néanmoins dans l’île plusieurs personnes qui, par un attachement aveugle pour les usages anciens et absurdes , ou par esprit d’opposition aux intentions bienveillantes du gouvernement, ou enfin par des motifs d’égoisme et d'intérêt, embrassent avec chaleur la défense d’un système aussi vicieux.

. On a vu, en 1817, certains hommes, se targuant de la pureté de leurs principes, de leur excellente façon de penser, et de leur haine pour toutes les innovations, soutenir avec un incroyable acharnement des doctrines qui (selon l’expression d’un homme d’état) étaient cent fois plus dé- . raisonnables que la loi agraire , prénée par les démagogues les plus furieux. « Les derniers (dit le personnage que nous « citons) voulaient que ceux qui ne possédaient rien de-

trable, a encore celui de donner une aboudantr récolte de fruits. Ces figues servent de nourriture à la classe indigente ; elles sont aussi employées à engraisser les porcs.

(i) C’Mt ce qu’on appelle muro bnrbaro , composé de pierres sans ciment ; il faut bien se garder de le confondre aveu les mur» des noraghes, avec lesquels il n'a rien de commun.' <

« vinssent propriétaires'; en Sardaigne, au contraire, l’on , « no reutpâs de propriété. Les démagogues demandaient

' « la. division des terres, et dans cette île on exige une

«.communauté entière des biensi II faut, ajoute-t-il iro- « niquement , que l’âge d’or, jusqu’ici connu des seuls * ' « portes, soit arrivé pour cette île. »

•Fjruii* ,ic Le gouvernetnenl actuel, convaincu depuis long-temps de l’utilité de fixer les propriétés d’une manière positive • ' et durable, de permettre et d’encourager les clôtures, n’a

• . ' pas cessé de s’occuper de ces objets importants ; en effet, . deux décrets promulgués, l’un le 6 octobre 1820, et l'autre le 4 avril 1823 , donnent aux pro|>riétaires des terrains libres la faculté de les clore et de les cultiver à leur gréy et même les engagent à le faire. Pendant quelque temps, on tarda à profiter de cet avantage, soit par attachement aux usages anciens, soit par faute de moyens , soit enfin par la crainte qu’inspiraient les personnes intéressées à conserver 1’ancienrie méthode; mais depuis dix années environ les enclos sont considérablement plus noni- • brëux dans l’îlc, surtout dans quelques cantons; on doit dire cependant que cette augmentation, toute au préjudice des bergers et de la classe pauvre des campagnes, n’a pas toujours eu lieu selon l’esprit de la loi.

Aboi survenu,. Des abus très graves sont survenus et la faculté de clore de grands espaces de terrain lut donnée à de grands propriétaires qui, ayant eux seuls dans leur commune les moyens de subvenir aux frais que nécessite la formation d'une immense muraille, ont fermé et usurpé des territoires entiers, se souciant fort peu de les cultiver, mais les louant ensuite partiellement à ces mêmes bergers auxquels ils en avaient enlevé la libre jouissance ; on obstrua des routes, ou ferma des fontaines publiques, enfin on abusa d’une loi faite dans l’intérêt de l’agriculture et non dans celui du monopole. ,

.Cil AP. I. — ABUS SURVENUS.

Ce rf’esl paS que le gouvernement no soit |>as m 1er venu plusieurs fois pour réprimer ces abus , mais il n’en est pas moins vrai de dire que l’exécution de cette loi très sage et très prévoyante exige une grande surveillance de la part de l'autorité, pour quelle ne change pas, entière-, ment de nature et qu’elle ne devienne oppressive et nuU sible à la masse des campagnards. 1

Au reste, la Sardaigne paraît être arrivée à la grande iluurmiK ir. période qui décide de la lutte entre les agriculteurs et les bergers, période par laquelle ont passé toutes les nations civilisées, avec cette différence seulement que dans la plur part des autres contrées , elle a' eu lied il y a plusieurs siècles.

Je remarquerai à l’appui de mon assertion que dans la Gallura et même dans la Nurra, dont les habitants étaient naguère considérés comme étant uniquement des bergers, on aperçoit depuis quelques années une augmentation frappante dans la quantité des grains semés autour des bergeries. Ces nouvelles cultures surpasseut déjà de beaucoup les besoins de la consommation ; aussi voit-on les propriétaires de ces habitations isolées attacher aujourd’hui autant d’importance aux produits de leure champs qu’à ceux de leurs troupeaux.

C’est là sans doute un commencement de civilisation sociale pour toutes ces familles éparses et en partie nomades, qui jusqu’à présent semblaient regarder le travail des champs comme une occupation dégradante , et qui se faisaient une gloire d’une indépendance trop souvent analogue à une oisiveté complète. Découragés par la diminution du débit de leurs fromages et entraînés graduellement par des besoins nouveaux, on les verra bientôt se rapprocher de plus en plus les uns des autres pour s’aider mutuellement dans leurs nouvelles occupations agricoles.

Avec le temps, la population s’accroîtra, comme cela est

arrivé ailleurs quand les mêmes circonstances se sont rencontrées. Les crimes occasionnés par la vengeance , résultats ordinaires de la vie pastorale , et les vols de bestiaux, diminueront en proportion de l’augmentation du nombre des cultivateurs , qui sont paisibles par instinct et • par intérêt.

- Oùyntsiiiaa Parmi les mesurés qui promettent d'être profitables à «■ns l’agriculture de l’île, on doit certainement compter la

' . création de la propriété que le gouvernement se propose

d'obtenir par la distribution ou par la vente des terrains féodaux qui lui appartiennent, et de ceux qui lui seront successivement dévolus par le rachat.

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