‹ Voyage en Sardaigne (volume 2)Chapitre 143 sur 193 · CHAT. 111. — LIÈGE · texte numérisé non relu

CHAT. 111. — LIÈGE

lies de l'ile; mais, je le répèle, il faut que le gouvernement veille sur l 'époque de la récolte, et que la propriété des arbres soit garantie.

Les forets occupent une sixième partie de la surlace de la Sardaigne; elles sont presque entièrement composées de quatre espèces de chênes, mais principalement de rouvre , de chêne vert et de liège; plusieurs d’entre elles offrent à celui qui ose s'enfonce* dans leurs sombres profondeurs le spectacle en même temps imposant et pénible d’une nature vierge et'entièrement livrée à elle-même.

On y remarque tout à la fois des arbres superbes , âgés de plusieurs siècles, et d’autres mal faits et difformes, que. ta main de l’homme aurait abattus, si elle eût pu pénétrer jasque-là. Les arbres, trop nomhreux pour l’espace.très resserré qu’ils occupent, se gênent réciproquement; ils étouffent les jeunes pousses, qui, trop faibles pour s’élever d’ellds-mêmes à travers des obstacles in nom- ' brables , périssent dès leurs premières années ou du moins «•estent faibles et rabougries.

Mais si le paysan sarde «l’a rien fait pour améliorer les forêts qui l’environnent, en revanche il ne néglige rien de ce qui peut tendre à leur dévastation. Les habitants des villages voisins des forêts ayant le droit d’en tirer le bois dont ils ont besoin , et pouvant à peu près arbitrairement choisir les pièces qu’ils veulent abattre, la hache frappe bien souvent les arbres les plus beaux, parce qu’ils sont le plus à la portée de ses coups. D’ailleurs, jamais on ne pense à remplacer f’arbre qu’on a coupé:

Ainsi , chaque jour les forêts s'éloignent des villages,dans la même proportion que la quantité de? grands arbres; diminue ; chaque année on s’en aperçoit davantage; voilà pourquoi , dans un pays où le bois est aussi abondant, il est cependant très cher, surtout darts liç capitale.

A ces dégâts , on dojt encore ajouter ceux qui arrivent

Foréti.

DégiU.

Incendie».

fréquemment pendant la saison des sécheresses : presque tous les ans les incendies détruisent, dans l’espace de quelques heures, des forêts considérables. Ils sont ordinairement la suite de l’imprudence ou, pour mieux dire^ do l’insouciance de quelques pâtres de chèvres, que la loi autorise, bien mal à propos, sous certaines conditions, à mettre le feu aux broussailles , pour se procurer un peu d’herbe fraîche quand les pluies arrivent. ’ •

Comme ces feux sont très communs pendant l’été (1), on ne parvient jamais à les tenir tous dans les limites où ils devraient être restreints. L’incendie se communique aisément aux forêts, dont on le laisse trop approcher; il est rare qu'une année se passe sans que, pour une cause aussi petite que celle de faire naître un peu d’herbe, une grande étendue de bois soit entièrement dévorée.

la» choses sont arrivées à un tel point qu’elles réclament toute la sollicitude du gouvernement , sans quoi peu d'années suffiront pour enlever à la Sardaigne une richesse qui lui est propre. Plusiéurs’lois orit bien été rendues à ce sujet, mais non seulement elles n’ont pas été appliquées avec sévérité , elles s6nt encore très insuffisantes aujourd'hui : la disposition qui affecte Au profit du monte sranatico la culture du terrain incendié est elle- . même une incitation en faveur des incendiés, car bien souvent ceux-ci Ont lieu par l’appât du profit qu’on peut tirèr du fermage du terrain vierge incendié , concédé par l'administration du mont. Une loi bien plus rigoureuse est urgente, indispensable: le terrain incendié doit être interdit à la culture et au pâturage pendant dix années au «

( i ) fca même chose a lieu en Corse et en Barbarie; j’ai vit en Sardaigne d’un même coup d’oeil, durant l’été de i8u5, plusieurs de res feux, bridant comme simultanément dans douze endroits diflrredts des montagnes qui entourent Cagliara.

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