‹ Voyage en Sardaigne (volume 2)Chapitre 2 sur 193 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'obscijhité qui couvre les premières époques historiques de la Sardaigne, la diversité des récits des auteurs anciens sur ses premiers colons , enfin , il faut le dire , le peu de place que l’histoire de cette lie qccupe dans les annales des temps mieux connus , ne lui permettent pas de figurer à côté de la Sicile et de la péninsule italique, si justement célèbres. Aussi n’oserâi-je pas prétendre que la relation de mon vojage, dans un pays qui durant tant de siècles n'a joué qu’un rôle passif, puisse présenter un vif intérêt aux amateurs du beau et du grand , qui chercheraient en vain dans mon livre cette richesse de souvenirs que nous offrent ces deux terres classiques , voisines de la Sardaigne.

Mais, si l’existence de cette (le fut dans tous les temps moins brillante que celle de ces deux cpntrées ; si, dès l’époque où elle fut occupée par les Carthaginois , la Sardaigne perdit pour jamais son indépendance ; si enfin , par une conséquence naturelle de ses vicissitudes politiques , les arts et les lettres ne purent y fleurir comme en Italie et en Sicile , toutefois , la nature , prodigue de ses dons envers ces deux pays, n’a pas été plus ingrate envers elle. Ln position géographique, la température, les productions de cette île , lui auraient permis aussi de tenir une place remarquable dans les annales du monde, si une sorte de fatalité ne se fût opposée à ce qu elle prit l’essor.

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D'un autre côté , si l’on compare la Sardaigne à la Corse et aux autres îles de la Méditerranée, on sera forcé de reconnaître qu’outre sa plus grande étendue , elle tient parmi elles un rang distingué.

En efl'et, il est difficile de trouver une contrée qui, sur une surface resserrée entre des limites assez étroites, réunisse une aussi grande diversité d'objets dignes de fixer l'attention de l’observateur : elle présente successivement une extrême variété de montagnes , de terrains1, de mines et de fossiles. Le règne végétal n’offre pas une moindre diversité : les plantes de l'Europe tempérée et celles de l’Afrique septentrionale s y trouvent réunies. Enfin on y rencontre une (ouïe d’animaux de tontes les classes, dont quelques Uns se voient rarement dans les autres parties de l’Europe.

Quoique les monuments anciens qu’on trouvé en cette île soient loin d’être remarquables sons le rapport des arts, ils ont néanmoins une empreinte particulière qui n'est pas sans intérêt : une haute antiquité et les peuples auxquels ils se rattachent donnent à ce» monuments un certain prix aux yeux des hommes studieux. ,

De nombreuses et grandes difficultés entravent le zèle du voyageur qui veut parcourir cette île; le défaut de routes dans plusieurs contrées, le manque des ressources les pins communes, les périls auxquels l'exposent, dans quelques cantons, le caractère inquiet des habitants , enfin , les dangers non moins redoutables du climat pendant plusieurs mois de l'année , voilà des obstacles capables de ralentir l’ardeur des personnes qui se livrent à des recherches dans l’ilç de Sardaigne.

Entraîné d'abord en ces lieux par des études spéciales (l ).

(I) L'ornithologie.

. INTRODUCTION. ' XÜj

et puis par le désir de faire connaître une Ue italienne, réunie depuis plus d’un siècle è mon" pays uatal par des liens politises , j’y ai fait dix-neuf voyages intérieurs, qui furent interrompus chaque année à l’arrivée des chaleurs, et ne purent être repris qu’au printemps. Ayant ainsi parcouru la Sardaigne dans tous ses recoins , qui furent visités à plusieurs reprises , je me crois en droit d énoncer mon opinion sur les choses dont je parle.

J'ai mis à profit le temps que je n employais pas à ces courses pour parcourir les pays environnants , et me procurer des points do comparaison avec celui que j’ai entrepris de décrire : à cet effet, j’ai visité de nouveau toute l’Italie, et j’ai, vu la Sicile , Malte, la Corse , les îles Baléares, la Catalogne et le midi de la France baigné par la Méditerranée , dans le but spécial de coordonner mes descriptions relatives aux monuments et à la géologie de la Sardaigne avec ce que Ces différentes régions offrent en ce genre. ' .

Quant aux moeurs, aux usages, aux traditions, aux costumes, jè les ai, étudiés avec soin, et je crois y avoir découvert une foule de points dé rapprochement avec ce que nous savons sur les usages des penples anciens ; j’ai tâché de les 'décrire en évitant l’écueil d’une louange outrée qui dégoûte et induit en erreur, et d’une critique déplacée qui offense : tous mes efforts ont pour bnt de présenter les choses sous le point de vue le plus impartial et le plus exact, autant qu’il est donné è lp nature humaine d’y prétendre.

Si quelque chose , dans mon livre , déplaît à un seul habitant de la Sardaigne , je le prie de croire que ma plume n’a été guidée que par l’amour de la vérité et par un sentiment d’alfection sincère pour cette île. Je me rendrais coupable d’une ivoire ingratitude si je répondais différemment à l’accueil et à la bienveillance dont toutes les classes de la société m’ont honoré dans ce pays.

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