‹ Voyage en Sardaigne (volume 2)Chapitre 25 sur 193 · CHAP. IV. — ARAGONAIS · texte numérisé non relu

CHAP. IV. — ARAGONAIS

quatre voiles . sous la eonduite de son fils D. Alphonse. ><* j»o*nr«. Ce prince débarqua dans le golfe de Palmas (1) , le 26 juin de la meme année, avec dix mille fantassins et quinze siphon» dr. cents chevaux. Hugues d’Arborée vint le joindre au lieu plî'Jl même de son débarquement, accompagné de plusieurs nobles et d'un grand concours de peuple;'il offrit au prince mille chariots chargés de vivres , et prêta dans ses mains serment de vasselage au roi son père. Alphonse, après n met le tiége

.... . , . devant Iglesias.

avoir dispose sa petite armee, s empressa de mettre le siège devant Iglésias , ville occupée par une garnison pi sa ne.

Les assiégés , attaqués de tout côté, opposèrent la plus Hommigc, vigoureuse résistance,, et firent, par leurs sorties, tant de sieurs seigneurs, mal à leurs ennemis que ceux-ci résolurent de changer le siège en blocus. Sur ces entrefaites plusieurs seigneurs, tels que les Malaspina , les Doria et les députés de Sassari (2) vinrent au camp de D. Alphonse pour lui faire hommage de leurs fiefs et .s’en assurer ainsi la possession.

A cette même époque un détachement de troupes aragonaises , sous les ordres de l’amiral Caroz , après 6 'être emparé du territoire d’Ogliastra, sur la côte occidentale de l’île, attaqua également Terranuova : la place fut bien défendue par les Pisans ; les Aragonais ne purent prendre qu'une tour. ‘ .

L'infant laissa des troupes et des instructions pour le CipituUtron siège d’Iglésias, qui traînait en longueur, et se dirigea a ’3^ vers Cagliari avec le reste de son armée. Les Pisans , de leur côté, envoyèrent des renforts.

Le gouverneur d'Iglésias, ayant épuisé tous les moyens de défense et manquant totalement de vivres, rendit la

(t) Près dé 111e de Sant-Antioco.

(?) La ville de Sassari se gouvernait alors en forme de république sous la protection de Gènes et des marquis Malaspina.

ROI Ivr.QlU

place le 7 janvier 1324. 'La prise de cette ville douta aux <leux partis plus de douze mille combattants , parmi lesquels plusieurs personnages de distinction. L’infante Thérèse , femme d’Alphonse , qui accompagna son époux dans cette expédition , tomba malade ainsi que lui Pt une partie de leur 'suite, mais ijs furent bientôt rétablis. L’infant ayant laissé dans la ville la princesse avec une nombreuse garnison , partit pour rejoindre et renforcer ses troupes occupées au siège de Cagliari. Après une sanglante bataille donnée sous les murs mômes de la ville, et dans laquelle les Pisans perdirent leur amiral (1), les Aragonais emportèrent le Château-Castro (2), qui fut abandonné de nuit; et peu de jours après ils furent également maîtres de la ville. D’après une convention , les Pisans conservèrent le Château-Castro et plusieurs autres lieux de la Sardaigne, mais cet arrangement fut bientôt annulé par une nouvelle ixj Piiant rupture : on se battit eneore (3). Les Pisans furent défaits

cueot la Sarclai- ,, 4 n.

goe , i3ab. et lorces d évacuer I île en 1 326.

Aij>t.onw tnc- Le roi Jacques étant mort, en 1328, son fils Alphonse 'mi. ,on P*" ’ lui succéda. Il ne se passa durant son règne rien de remarquable pour la Sardaigne , hors quelques investitures de fiefs accordées à différents seigneurs, tels que les IVlalaspina, les Doria: etc. : ces derniers se révoltèrent en 1334 et s’unirent aux Génois pour ravager plusieurs cantons de l’île , entre autres les environs de Sassari.

Priw

«le l'agliari.

(i) Mainfroi, comte de Donoratico, fils de Rainier de la Glie-. . rardesca. (Camiiaci, lib. vi, p. 189.)

(3) On donnait, ainsi que je l’ai déjà dit, le nom de Château- Castro à la partie la plus élevée de la colline sur laquelle est bâtie la ville de Cagliari, maintenant habitée par les premières classes, et nommée encore de nos jours il Castello.

(3) C’est de cette époque que date la charge de capitaine-général de guerre, qui se trouve encore en ce momént remue avec celle de vice- roi.

inart , t3J6.

CHAP. IV. — ABAGONA1S.

Alphonse mourut en 1336 et laissa pour successeur urâVxir Pierre, dit le Cérémonieux. Les troubles continuèrent ; ~ plusieurs seigneurs, principalement les Doria , unis aux '

Génois, prirent les.armes ; dans un combat qu’ils livrèrent au gouverneur-général , Guillaume de Cervellon , ce dernier perdit la vie ainsi que son fils. L’année suivante le roi d’Aragon envoya un renfort considérable de troupes sous la conduité du nouveau vice-roi Cobrera, qui fit rentrer les révoltés dans le devoir.

En 1352, Marian, juge d’Arborée, fit emprisonner son JUtoiu- Mifrère et se déclara , avec les Doria , contre le i*oi d’Aragon . 135».

Ils s’emparèrent de plusieurs villes et parvinrent même à se rendre maîtres de Cagliari', ce qui détermina le roi Pierre- à passer en Sardaigne avec une nombreuse armée ; il débarqua , le 24 juin 1354, à Porto-Conte, près d’Alghero. . -

L’arrivée du roi fit changer la face des choses. Le juge i3Vj. d’Arborée, craignant son courroux; fit sa soumission et fut imité par une grande partie des révoltés. Comme les habitants d’Alghero s’étaient ouvertement déclarés pour des Génois, ils se retirèrent presque tous à Gènes, ou sur son Colon» ont»' territoire ; ils furent remplacés à Alghero par une colonie * A,8Wro' catalane et aragonaisc. C’est de cette époque que date l’usage de la langue catalane, que l’on parle encore en cette ville, dans presque toute- sa pureté. Le roi. accorda plusieurs privilèges aux villes d’Alghero et de Sassari.

Cette dernière s’était hautement prononcée en sa faVeur. ‘

Il y passa quelque temps. '

Il revint l’anné^ suivante à Alghero, .dont la nouvelle r™»** »tm. colonie croissait journellement , et de là il se tendit à Ca- 1:155. gliari, où il tint une grande assemblée (1), à laquelle «ssis-

(i) C’est U première. Jf'q^eï, oi-après, iiv.iv, ehap. 4, l’,art. Stamenti. , 1 •

54 LIVRE I.y— APERÇU HISTORIQUE.

ru.v». lurent les députés des juges d'Arborée et ceux de la répuc blique de Pise, ainsi que plusieurs seigneurs sardes.

Marian, juge d’Arborée, non seulement ne s’y présenta pas, mais il répondit à l’invitation du roi en termes si arrogants que ce prince dut de nouveau recourir à la voie des armes pour le réduire à l’obéissance. Il fut vaincu efforcé d’accepter les conditions qu’il plut au roi de lui imposer.

Les troubles de Sardaigne apaisés, Pierre partit pour ses états du continent et débarqua à Barcelone le 12 sepi3fi6. tembre 1360.

rtutivrlle révolte La tranquillité né fut pas de longue durée en Sardaigne.

Ul Marian , juge d’Arborée, et Sabler Doria se révoltèrent de nouveau , ce qui força le roi d’envoyer une autre armée commandée par Pierre de Lucca. Cette campagne fut malheureuse pour le parti d’Aragon : Marian avant Surpris les Aragonais qui le tenaient assiégé dans Oristano , les défit, leur tua un grand nombre d’hommes, parmi les- Alnrt «lu général quels se trouva de Lucca. Marian , profitant de sa victoire, s’empara de plusieurs cantons; il soumit, l’année suivante , la ville et le château de Sassari.

Les. rois d'Aragon, occupés ailleurs, ne purent faire de grands efforts pour rentrer en possession de la Sardaigne : Marian l’aurait probablement conquise si sa conduite tyrannique ne lui eût aliéné l’affection de ses sujets et de ses troupes.

Sur ces entrefaites, la Sardaigne fut ravagée, en 1376, par une peste affreuse qui enleva, dans l’espace d’un an, plus de la moitié des habitants (1). Au nombre des vic- Mort<ieM«run limes, l’on compte Marian, juge d’Arborée; il mourut iiun.ic, ion fils, généralement détesté , 'et laissa pour successeur Hugues

llfi HMCM*. rl ... ■

son Gis (2).

.le I

Pcslc en Sardatgiu: , i

( 1) Camsiaci, chap. 7, p. 269- Il v en avait eu déjà anéantir en lâjN. (2) Vnyt* la série des juges d’Arbôiéc.

CIIAP. IV. ARAGON AÏS. 55,

Le premier soin de ce nouveau tyran fut dé faire bâtir une prison extrêmement sombre, où il jeta son oncle’ Jean et son fils, déjà arrêtés par Marian. Ces deux infortunés moururent bientôt après par suite des traitements indignes qu’ils essuyèrent.

Hugues d’Arborée poursuivit la guerre contre le roi d’Aragon , et exerça sur ses sujets un pouvoir tyrannique.

rtr.itr

Vers ce temps-là le duc d’Anjou lui envoya des ambassa- Ambsodcj» deurs pour traiter d’une alliance avec lui (1). Cette ambassade n’eut aucun résultat. Hugues, ayant mis le comble à ses atrocités, fut enfin massacré par scs propres soldats, ^ Mot* ira„i^ le 7 mars de l’an 1383. Sa malheureuse et innocente fille J 6 Benoîte partagea son sort.

Délivrés d’Hugues , les peuples d’Arborée se réunirent et voulurent se déclarer libres, sous un gouvernement républicain; mais Eléonore, sœur d’Hugues, parvint à re- Éi&nor*. prendre l’autorité souveraine et à faire élire pour juge son ' jeune fils Frédéric , qu’elle avait eu de Brancaleonc Doria.

Ce dernier s’était rendu auprès du roi d’Aragon et loi • • avait proposé de réduire tout le royaume à son obéissance.

Le roi accepta d’abord la proposition et le combla de présents; mais ayant appris ce qur était arrivé en Arborée, et craignant que Brancaleone ne le trahît secrète- Brannironr ,

. J> A 1 f. C. : ***** d'élrfonori

.(i) Vnyn page 58, note i.

lai* .. » -mtJkL

ment et ne fut d’accord avec sa femme, il le fit empri- retenu prûoa'

\ . . nier.

sonner. • é

Brancaleone fut conduit à Cagliari, où il resta prisonnier, pendant qu’Eléonore donnait de l’occupation aux Aragonais en soutenant contre eux une guerre active.

Le roi Pierre mourut bientôt •( 5 janvier 1387) : son^.Mo* ^ ni fils Jean acheva le traité déjà entamé avec Eléonore, ét4ç paix fut définitivement signée le J 7 janvier 1388. Bran- Paii lui* me

« Brancaleone.

roi

Smil<

>ux, caleone lut déclaré comte de Monte-Leone, et sa femme ' • Eléonore gouverna les états d' Arborée.

Mon 4u ni Le roi Jean, mort en 1393, laissa la couronne à son Martin lui suc- frère Martin. Ce prince vint en Sardaigne, où il régla ^itguc.Tî^;" quelques affaires , en 1397 ; puis il retourna dans ses états sans avoir pu arranger ses différends avec Eléonore.

Seconde nettt* Vers la fin de cette même année, le fléau de la peste ’ frappa de nouveau l’île ; il cessa en 1399 ; mais ayant re-

paru en 1403, il continua ses ravages pendant toute l’an- Mort d'ÉWonora née suivante. C’est à cette époque que parmi ses nom- ,i |)rcuses victimes se trouva Donna Eléonore, morte à

Oristano le 14 février 1403.

Il ne se passa rien de remarquable dans l’île jusqu'à Eipcditîon du l'arrivée du roi Martin de Sicile, fils de Martin d’Aragon.

1409. Ce prince ayant enfin obtenu de son père la permission d’aller en Sardaigne , y arriva avec une puissante armée et y défit, à la bataille de San-Luri, le 14 juin 1409, le comte de Narbonne et Brancaleone Doria ; mais il ne jouit Su mort, pas long-temps de sa victoire , car il mourut peu de jours après dans la ville de Cagliari , où on lui érigea un riche mausolée (1).

Le roi Martin d’Aragon, son père, lui survécut peu de Mort de Martio temps; il mourut , le 31 mai 1410, sans désigner son suca Aregou, 'Vu cesseur> ce qU; donna lieu à beaucoup de dissensions et à de nouvelles guerres. Guillaume- de Narbonne, voyant les Araganais occupés ailleurs , 11e voulut pas perdre une Brancaicooe si belle occasion , et s’étant de nouveau réuni à Brancad^L'ômVu °U' leone, qui avait trouvé le moyen de s’évader de Cagliari, où il était prisonnier, ils se mirent, bientôt en campagne et vjrent augmenter leurs troupes' par des renforts que les Génois et Ladislas, roi de Naples, leur envoyèrent.

Le vice-roi Torella , entouré d’ennemis et privé de tout

(j ) Son corps fut ensuite transporte dans le tombeau de scs pères.

CHAP. IV. ARAtiONAIS. • . ' 57

secours du continent , se trouva alors dans une position très fâcheuse. Après des efforts infructueux, il travaillait' à en venir à un accommodement avec le vicomte de Nar-

rtUntiHNn.

bonne , lorsque , atteint d’une maladie violente , il mourut Mon du

’ 1 Torelli , i

à Alghero, laissant les affaires du parti d’Aragon dans une fâcheuse position. . . .v-

L’année suivante, le choix du successeur du roi Martin

eut enfin lieu et tomba sur la personne de Ferdinand Fcrdinaod a.t

1 le Juste.

dit le Juste , qui était régent de Castille. Ce prince, après

s etre occupé des plus pressants besoins de ses états, pensa à soumettre les rebelles de Sardaigne, et fit en conséquence préparer promptement une nombreuse expédition ; ce qui détermina le vicomte de Narbonne à ne pas hasarder les chances d’une nouvelle défaite et à se rendre luiinéme, au commencement de l’année suivante, à la cour de Barcelone, où il fut très bien accueilli.

Les dissensions entre la cour d’Aragon et la maison de Narbonne allaient être terminées, et la paix semblait prête à renaître en Sardaigne, lorsque Ferdinand mourut, le 3 avril 1 4 16. Son fils D. Alphonse lui succéda. Un de ses premiers soins fut de se réconcilier avec Guillaume dedAr*80D Narbonne , qui, àprès le traité conclu à Barcelone, avait de nouveau repris les armes , prétendant que la cour d’Aragon avait manqué aux engagements jurés et ne lui avait pas payé les sommes convenues. Alphonse, en 1421, Carttnu Logu décréta que la législation d’Eléonorp «d’Arborée serait tou^Pué^ai. adoptée dans toute l’île; sous son règne se terminèrent enfin tous les différends de sa maison avec les Narhopne ,

Mort du roi, t4te>.

Alphonse , roi

par l’entière cession que Pierre de Tiniers fl) fit à la cou- E*;in ««ion

‘ I ., , du judicat d’Ar-

ronne d’Aragon ,.de 1 héritage d Arborée ; y renonçant a bon* roi» perpétuité au nom de son fils- Guillaume èt’de ses des- f d

ccndants.

(.0 è*ojei les jiiycs cl’Arborée.

58 LIVRE fi APERÇU HISTORIQUE.

ni» Don Jean d'Aragon ayant succédé à son frère Alphonse,

mort en 1458, S’occupa, dès son avènement au trône, locorporJtinn des affaires de Sicile et de Sardaigne. 11 annexa ces deux uMBpit îles à la couronne d’Aragon , leur accordant tous les droits ST# ''et privilèges dont jouissaient ses autres états.

i4;o. Péndant le règne de ce prince, Léonard Cubello ou Cubeddu, marquis d'Oristano, ennemi juré du vice-roi Carros, se révolta : le sort des armes fut généralement désavantageux au marquis; il fut enfin complètement déi^s. fait et livré au roi , qui le fit enfermer dans le château de Xativa , en Espagne , où il mourut quelque temps après. M»n <iu roi L’année suivante mourut le roi Jean , qui fut remplacé 1,1 par Ferdinand, nommé ensuite le Catholique pour avoir

1481. chassé les Juifs de tous ses états. En 1481, il confirma

l’incorporation de la Sicile et de la Sardaigne aux états j>iir>ciia»c<dr d’Aragon. En 1492, il expulsa aussi les Juifs de la Sar-

Me, 1^92.' - , ü , - 4 1

daigne ; c est de cette meme époque que date 1 établisse- „ ment du tribunal de l’inquisition, qui, malheureusement

piour la religion et l’humanité, n'est, par la suite, devenu , que trop fameux (1).

•La Sartf.tigtic C’est encore du vivant de Ferdinand et par son machic espagnole. rifcge avec Isabelle qu'eut lieu la réunion définitive des deux royaumes de Castille et d'Aragon. La Sardaigne fit ainsi partie de la monarchie espagnole.

Mon de Fcnii- A- la mort de Ferdinand, le 23 janvier 1516, la Sardaigne passa , ainsi que ses autres états , dans les mains de Manon d’A«- Charles d'Autriche, connu sous le nom de Charles-Ouinl.

I riche en, Eepe- ^

gue. *• * •

(1) tl ne fut pourtant en vigueur qne plusieurs années après, sous le règne de Philippe If, qui enjoignit à l’inquisition de Sardaigne de se conformer rigoureusement aux formules du Saint- Office d’Espagne. Ainsi, son introduction dans l’îlc ne date réellement que de l’anncc i5fh. (Lloskstt, Inquisition d'Espagne, vol 11, p. i88-4n.) • ‘ , . ' ■

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