CHAPITRE PREMIER
Cartes marines et terrestres de l’ile. — Situation géographique. Superficies et contours. — Ports. — Montagnes. — Plaines.'
La position géographique de l’île de Sardaigne n’a pas encore été déterminée avec une précision aussi rigoureuse que le ferait supposer l’état actuel de la science. On peut en attribuer la principale cause à la configuration de la , mer Méditerranée et au peu d’espace quelle occupe. En effet, on ne peut naviguer long-temps sur cette mer sans découvrir les côtes que leur aspect fait facilement reconnaître-, ainsi les marins n’ont pas été suffisamment excités à donner à leurs opérations cette attention scrupuleuse qui est un garant de l’exactitude indispensable pour dresser de bonnes cartes marines et rédiger des descriptions hydrographiques propres à diriger la marche des navigateurs.
• Le premier travail de ce genre qui mérite le nom de c*n« marines . carte hydrographique de la Sardaigne est celui qui a été exécuté , il y a quelques années , par M. le capitaine oUc Ju ari- W. H. SmythT de la marine britannique. Cet habile et in- l*“,c Sn,ylbfatigable hydrographe, auquel on doit tant de belles cartes marines , en publia quatre qui concernent la Sardaigne ; une comprend le pourtour entier de l’île, avèc ses sondes; les trois autres , dressées sur de plus grandes échelles, sont des cartes de détail-, on lui doit également plusieurs autres petits plans des principaux golfes et ports de la Sardaigne. Si le peu de temps que M. Smyth a pu consacrer à de semblables relèvements, en proportion do l’étendue
Carte du P. Napoli* ’
considérable du littoral de Hic, a été cause qne son travail laisse quelque chose à désirer sur tel et tel point de la oôle , et si les déterminations des positions géographiques qa’il a données dans scs cartes et dans sa notice sur l’île en question (1), diffèrent quelquefois de celles que nous venons de déduire de nos opérations géodésiques , il n’en aura pas moins bien mérité de la marine en général et de l’île de Sardaigne en particulier, en remplissant le premier une grande lacune. Je me plais d'autant plus à lui rendre ce témoignage que M. Smylh, avec lequel j’ai l’honneur d’être en correspondance depuis plusieurs années , a toujours agi à mon égard avec la plus parfaite et franche cordialité.
Les cartes de la partie terrestre de l’ile qui ont paru jusqu’ici sont loin de présenter le même degré d’exactitude que celles dont nous avons parlé. Sans entrer ici dans une énumération superflue de ces cartes, nous ne parlerons que de la dornière, celle du P. Tommaso Napoli (telle scuole pie, publiée en 181 1 à Naples, par les soins de Ricci Zannoui, puisque malgré ses nombreuses et grandes imperfections elle n’en a pas moins été reconnue jusqu'à ce jour comme ayant une grande supériorité sur toutes les autres. On doit dire cependant que le bon père dont elle porte le nom avait une vue extrêmement mauvaise , au point qu’on s’est plu à lui faire prendre pour desclochers du pays des arbres ou des hommes à cheval. Les instruments dont, jl s’est set-vi", je né dis pas pour mesurer des angles, mais pour prendre des directions, consistaient 1°. en uno boussole commune, fixée ordinairement au pommeau de la selle de son cheval ; 2°. en une espèce' de cercle en bois et en carton divisé par lui-même, et auquel ilayail
( i ) Sketch, nf lhe présent State nf tlic isia/ui nf SanUum. (\\ . H . Smwb. Lomlou Jnhn. Murray, i8a8.
* •» '* LHAI*. t; CARTES. >. »S
adapté nn porle-vuc très ordinaire à tube en carton ; on m’a assuré plusieurs fois que pour la mesure dés distances il n’employait pas d’autre moyen que celui de compter .avec une montre les pas de son cheval, dont il avait calculé l’allure. J’indique ces circonstances non pour jeter du ridicule sur un homme très simple, animé du désir du bien,, et qui, avec les moyens indiqués ci-dessus» a su mieux faire que ses devanciers , mais pour démontrer- la nécessité dans laquelle je me suis trouvé , celle de ne devoir tenir aucun compte de ses travaux.
Malgré cela , /cette carte vient d’être reproduite sur tut* une moindre échelle (1), mais avec un. titre pompeux, par un M. Maggi , marchand d’estampes et de cartes à Turin : à la première inspection de cette feuille, on voit qu’il n’a * étp tenu aucun compte des travaux hydrographiques de M. Smytli, et qu’on a pris pour bon le littoral très fautif du P, Napoli , sauf en ce qui regarde la côte tout-à-fait septentrionale, puisée dans la belle carte de Corse , publiée à ’ Paris dans ces derniers temps. Vintérieur de cette nouvelle carte est également du. P. -Napoli ? surtout en ce qui regarde le cours des eapx ; et si l’éditeur, ou plutôt l’arrangeur, est parvenu par un moyen quelconque à se procurer des données qui jné sojU propres pt à les insérer daift son travail, il u:en résulte pas moins que ce qui a été puisé à mon insu dans mes cartons , formajiL. ht partie réellement nouvelle de çette carte, a été intercalé d’une manié relsi inexacte que toute la-eontposition n’en est pas * restée raeilleurç(2). Quoi qu'il en soit, c’est- encore la carte
(i).En septembre i858. .* ,
(al Je n’entends pas certainement ôter à cette carte le mérite de la gravure, qui est passablement bonne; maju-ce mérite est tout-àfait secondaire. La première condition de cos sortes d’ouvrages est qu’ils soient vrais, et le plus habile burin dti. monde ne saurait leur
Carte
i traite l’auteur.
du P. Napoli , construite de ia manière dont nous avohft parlé ci-dessus, qui a fait les principaux frais de ia spéculation du marchand d'estampes de Turin.
En signalant les défauts des ouvrages qui ont précédé celui que j’ose présenter au public, je suis bien loin de vouloir en relever le mérite; il me sera cependant permis de dire qu’il est le fruit de quatorze années de fatigues et de sacrifices, et que j’ai tâché de l’exécuter avec tous les moyens que la science fournit de nos jours pour des opérations géodésiques.
Mon travail fut commencé en 1825, dans l'unique but de donner Une carte géologique de la Sardaigne, que je me proposais de construire en corrigeant la carte du P. Napoli ; mais au bout de deux ou trois campagnes (1) je m’aperçus que celle-çi était entièrement à refaire, et que je ne pourrais obtenir un résultat passable qu’en faisant abstraction de toute donnée antérieure et en formant un canevas de bons triangles. Toutseul , comme j'étais alors,
donner de prix si ia première condition n’est pas remplie. Parmi les observations curieuses que m’a présentées cette carte de M. Maggi , "je citerai la grande quantité de montagnes à cratère dont il l’a parsemée , et quoique l’ile de Sardaigne abonde en bouches volca- niques, 'par une fatalité assez singulière, pu, pour mieux dire, par l’ignorance totale des localités , l’éditeur n’en a pas deviné une seule , de façon que le géologue qui, sur 1a fol de M. Maggi, irait sur telle et telle montagne pour y chercher des laves, des scories, ou des pouzzolanes , serait bien surpris de ne rencontrer en leur place que, des schistes, des giauwaches et des mollasses coquillières.
Voilà comme ton fabrique des cartes assis paisiblement dans une boutique’ od dans un cabinet ! I • ' • •
'(■) Ces campagnes ne peuvent avoir lieu en Sardaigne qu’au printemps ; les journées trop courtes et souvent brumeuses de l’hiver , le soleil brûlant de Tété et les dangers bien réels de la inaladie en automne , rendent toute opération géodésiqae impossible péndbnt ces tfoirpartics dpPannéc. •
CHAI*. I. — CAHTKS. ' 95;
je ne reculai pas devant une semblable entreprise , cl muni d'assez bons instruments je passai plusieurs printemps à confectionner un réseau de triangles, et à figurer les accidents de terrains qui me parurent plus dignes d’être levés en détail pour la description géologique' que j’avais en vue de faire; mais le dérangement de jna santé et mon retour sur le continent, où m’appelèrent de nouveaux devoirs, suspendirent ces travaux pendant quelques années. Ayant depuis, vers la fin de 1834, eu l'autorisation de me rendre annuellement en Sardaigne pendant la saison favorable pour y reprendre mes opérations, et ayant également obtenu un collaborateur dans la personne de M. le capitaine chevalier de Candia, ce travail reprit une nouvelle activité , et il aurait été achevé une année plus tôt sans une constante série de contrariétés atmosphériques qui ne cessèrent de l’entraver.
Les personnes qui pourront prendre quelque intérêt à 'ces travaux, et qui désiroront connaître nos principaux ppint? géographiques et les bases d’après lesquelles nous lès avons déterminés, trouveront à la fin de ce volume une notioe destinée à cet objet; je m’abstiens par conséquent d’entrer ici dans ces détails, et je me bornerai à témoigner toute ma gratitude à M. le chevalier de Candia pour son efficace et constante coopération. Né dans l’île mémo,', officier d’étal-major général très distingué, et lié député long-temps avec moi de l’amitié la plus étroite, il n’avait aucun noviciat^ faire pour vaquer avec moi aux opérations géodésiques de la Sardaigne ; en consentant à s’allier tout seul à moi pour un si rude travail , mon collaborateur a payé une dette à son pays natal ,. eCjd a acquis de nouveaux et de plus amples droits à Ynon attachement et ? ma* reconnaissance à son égard. , - v
La carte dont nous venons de terminer la seconde et dernière feuille,’ en décembre 1838, esÇaçturlIertont entre
: , les mains d'un habile graveur de Paris; elle paraîtra tout entière dans le courant de 1840. En attendant la publication de cette nouvelle carte, à 1 echelle de , —* *; t . (1); nous . en donnons, en tête de l'atlas joint à ce volume, une
réduction au ■}, c’est-à-dire dans la proportion d’un millionième ; je l'ai réduite moi-même et dessinée avec beaucoup de -soin ; toutes les communes s’y trouvent sans exception, ainsi que les tours du littoral; enfin, j’ai tâché d'y insérer tous les détails qqe la petitesse de l'échelle pouvait me permettre.. , * t»:'
situation g^c- Voici IcS principales données qui résultent de nos tra-
frapr.upie. vaux sur ja position géographique de la Sardaigne :
PoinHcitnhno. Extrémité nord : P. dcl Falcone , lotit. 41° 15' 42" 10. •
; Extrémité sud : cap TcuRida , lotit'. 88° 51' 52' 58. .' * '
Extrémité est : cap Comine. ■ . N
5 Long. de Cagliari , — 0" 4?' 42" 14).. , •
’ . Long, orient, de Paris, 7* 30f 06” 20. ^ a
• Extrémité ouest : cap de l’Argenliera. • . "
• ' Long, de Cagliari , -f- 0° 59' 08' ,30. ■ * * v :
. . Long, orient, de Paris, 5“ 48.' 15* 62
La distance en ligne droilé de ces points extrêmes est
ainsi qu'il suit :
’ . Be la P. del Falcone au cap Teulada., 268 ,228 mètres envi-
' rou , soit 1 44 | milles géogr. (2) ' ^
‘. • Du cap Coimno au cap de l’Argeuticra , 1 44,170 mètres , soit
• 77 -f milles géogè. ' '
Le plus court espace do terre-compris entre la, mer Méditer- ‘ -fanée et la iner Tyrrliéiiiennc, c’csi-à-drre entre la Torrc-Giandé
* . d’Oristauo et la tour de'Bari, eu ligne droite, peut être évalué
à 100,800 mètres , s’ojt 53 -pj milles géogr. * •
t- (i) On trouvera dans 1a Ottiçe à la fin dê cc volume la raison qui nons a déterminé à adopter cette échelle. ' ,
• .(i) De 6o -au degré. " • ; . ■
rr.
CBÀ». K — SITUATION GÉOGRAPHIQUE. 97
La circonférence en milles géographiques résulte comme CûemKmar. ei-dessouS: ' • • •
• >. *' *.A- t< Cl ' f •* » •/* •*••»*. »'
L’ile de Sardaigne proprement dite , 793,00
• L’Asinara »...: 39,30
S.-Antioco 37,25
S.-Pietro 28,10
La Caprera. 22,20
La Madalerta. 20,30
Tavolara I . . , ‘ 12,30
Sparagi ../ 1 .....•• „ 6,10
S.^Stefanoi 6,00
IRazzoli... ....N 5,25 '
Molara r ... . 5,00
S.-Maria 4,50
Il Budello 4,10 * .
Mal-di-Ventre ; 4, '10
Isola Piana (de l’Asinara) 3,50
Serpcntara . . 2,10
Cavoli 2,00 '
Isola Piana (de S.-Pietroj. . . s 1,35 \
IlToro , 1,30
La Vacca. . . .'. 1,20
Catalano ,'o Coscia-di-Donna 0,40
•' Total des îles adjacentes , sans compter les
petits flots. 206, 3!> ‘ .
lie de Sardaigue proprement dile. 793,00 '
Total général du littoral. . . .' % . . 999,35
TABLEAU des superficies de la Sardaigne et de ses iles environnantes , en mètres , mjrianictres et milles géographiques carrés.