CHAPITRE III
Température.
N’ayant dans ces dernières années jamais séjourné dans Oburmioni un lieu fixe de la Sardaigne pendant le temps qui aurait m'u'”rul‘>81''“” été -nécessaire pour faire de nouvelles observations météorologiques , je reproduis dans ce chapitre les mêmes données qui ont déjà été insérées en 1826 dans la première édition de ce volume. J’aurais pu me prévaloir, il est vrai, des observations faites depuis celte époque , soit au bureau des ponts et chaussées de Cagliari , soit à l’université de cette ville; mais comme le dépouillement qu’on a bien voulu me permettre de faire de ces observations ne difière pas essentiellement des données déjà publiées et ducs au zèle éclairé et à la consciencieuse précision de M. le comte Greyffié de Bellecombe , ancien intendant général de Sardaigne, je n’ai pas eu de raisons suffisantes d’adopter les nouvelles et d’écarter les anciennes , d’autant plus que , quant à celles-ci, j’ai une entière confiance dans les instruments et dans l’observation. Je sens que ces observations, 4-
faites dans un seul lieu et sur un des points extrêmes de l’ile, ne peuvent donner une idée exacte de sa température pioyenne ; toutefois celle de Cagliari ne doit pas essentiellement différer de celle du centre de la Sardaigne et même de sa partie septentrionale , car si une latitude plus élevée et la proximité des principales montagnes de lile, ainsi que le voisinage de celles de la Corse, doivent procurer une température plus basse aux cantons montagneux et les plus septentrionaux de la Sardaigne , d'un autre
Climat.
Marche «ica WISOIIS.
120 LIVRE II. — DESCRIPTION PHYSIQUE, côté , Cagliari' se trouvant plus exposé aux vents de mer qui y régnent, surtout en été , le thermomètre ne s’y élève pas autant que pourrait le faire supposer la position méridionale de cette ville.
On peut considérer le climat de la Sardaigne comme tempéré en proportion de sa latitude , et le nom de climat insulaire (1) lui est très applicable. En effet , l’étendue de cette île est trop peu considérable pour que les vents de mer qui rafraîchissent en été et réchauffent en hiver n’y exercent pas une grande influence.
Au reste, la température varie en Sardaigne ainsi que dans tous les autres pays,' d’après l’élévatid'n du sol et les autres circonstances locales. Si pendant les mois d'été une atmosphère assez échauffée pèse sur les régions basses et dénuées d’arbres de l’intérieur de l’îlc et y dessèche ou corrompt les sources; si alors la nature y languit r si de fréquents brouillards planent sur les vallons , les habitants des cantons montagneux jouissent, à cette époque, des bienfaits que leur procurent des fontaines glaciales, un air pur, un ciel serein. Mais, dès que les pluies d’automne arrivent, les exhalaisons malfaisantes cessent, les eaux se renouvellent, l’air se rafraîchit; enfin, la Sardaigne inférieure renaît, tandis que les montagnes se dépeuplent peu à peu.
La marche générale des saisons est assez régulière dans cette île. Dans les mois de décembre et janvier, mais principalement au solstice d’hiver, plusieurs semaines se passent ordinairement- sans qu’il tombe urte goutte du pluie ; la température est douce et l’atmosphère très sereine : c’est ce que l’on nomme le secche di gennajo (2).'
(0 M. de Uumboldt, Voyage aux régions équinoxiales, t. II, cliap. 5, p. (58, note r*. Paris, i8i5, édit. in-8*. '
(ï) Ce sont les jours alcyonicns des poètes, ou bien
CHAI’, lli: TKMl’KKATl'ltK. ,
Par une exception assez singulière , il n’en est pas ainsi en février : la température est inconstante (1) , les pluies sont abondantes , ce qui fait de ce mois l’époque la plus désagréâble de l’année. Souvent le mois de mars est aussi incommode , et l’on éprouve alors un degré de froid très sensible comparativement à celui des mois précédents.
C’est pourquoi , malgré la position beaucoup "plus méridionale de la Sardaigne , la végétation n’y est pas plus précoce que sur les côtes de Gênes et de la Provence (2). Ses progrès sont arrêtés , dès le mois d’avril, par des vents violents et continus; en mai , seulement, elle commence à développer tout son éclat.
Mais cette riante époque est d’une bien courte durée. Dès la mi-juin, tous ceux qui étaient allés respirer l’air pur de la campagne rentrent dans leS villes pour n’en sortir que l’année suivante , laissant les laboureurs occupés du travail des moissons.
Avec le mois d’octobre , qui suit immédiatement l’été, arrivent les vents de sud-ouest et nord-est , qui apportent des pluies abondantes : celles-ci sont assez régulières, mais elles cessent quelquefois en décembre pour faire place aux secche dont j’ai parlé. Ainsi, les Sardes terminent et recommencent leur année avec l’atmosphère la plus sereine
«AniioriTiSic auxquels les mythologues donnèrent une origine
merveilleuse. * .
(i^ Un vieux proverbe sarde compare l’inconstance au mois de février: l’on dit encore Fiargius , faciès faciès (février à deux faces).- ' . , «
(a) Arrivé en Sardaigne en février 1819 et 182a, je remarquai à Cagliari , qui est dans la partie la plus méridionale de l’île, que la végétation des oliviers et des amandiers n’y était pas à beaucoup près aussi avancée qu’à Gènes à l’époque de mon embarquement , c’est-à-dire 6 ou S jours auparavant.
122 LIVRE II. — DESCRIPTION PUVSIÿl'E-
cl la température la plus agréable dont ils jouissent dans
la révolution des douze mois (1).
' Telle est , en général , la marche des saisons en Sardaigne ; je la donne , soit d’après mes propres observations , soit d’après celles qui m’ont été communiquées.
‘ L’omission des observations hygrométriques vient de ce qu’il me fut impossible de me procurer un bon instrument avantle moisdejuinde l'année 1824; ainsi, n’ayant pas eu assez de données, je me contenterai de parler de l’humidité de l’atmosphère lorsqu’il s’agira des vents et de leur nature. Quant à celles du cyanomètre , qui peut-être auraient été d’un certain intérêt, je n’ai pu m’y livrer, soit par la difficulté d’en avoir un , soit à cause du grand nombre d'autres recherches que je fus obligé de faire seul; il en est de même de ce qui regarde l’électricité.
Mouvements Les observations dont il a été question ci-dessus furent faites pendant trois années consécutives et régulièrement deux fois par jour, au second étage du bureau de 1 intendance générale à Cagliari , le 0° du baromètre se trouvant à 101,42 mètres au-dessus du niveau de la mer. .
La hauteur moyenne du baromètre , réduite toujours à 0° de température , fut reconnue ainsi qu’il suit :
Première année 0“,7513 \ Mo>enne
Deuxième année .... 0“,7511 | 0“, 75113 (2). Troisième année .... 0“,7516 J
(i) Voyez plus bas à l’article Vent An nord.
(a) Nous n’avons pas jugé à 'propos d’entrer ici dans tous les détails que renferme le tableau F de l’atlas de la première édition de ce volume : les personnes qui voudront y recourir y trouveront un i-approchement curieux fait du mouvement du baromètre à Cagliari , comparé à celui d’un semblable instrument observé snr lé Saint-Bernard, depuis le aâ janvier, jusqu’au a 4 février i8j4- Nous ne l’avons pas reproduit ici , parce que la date de ces observations est déjà trop éloignée.