‹ Voyage en Sardaigne (volume 2)Chapitre 71 sur 193 · CHAR. II. — CARACTÈRE MOR AI · texte numérisé non relu

CHAR. II. — CARACTÈRE MOR AI

Voyageant pour leur service, ne leur montrent aucune disposition hostile, ou lorsque le hasard les fait tomber entre leurs mains, chose d’autant plus digne de remarque qu’il n’en arrive jamais ainsi quand les bandits sont surpris par les militaires (1). •

Habitués, dès leur enfhncc-, au maniement de leurs fusils de chasse et aux exercices du corps les plus rudes , les montagnards sardes ne jugent du mérite d’un homme que d’après ses forces physiques , son adresse et son agilité : aussi, lorsqu’un Utilitaire est nouvellement arrivé dans un poste, ils s’occupent d’abord do l’éprouver sous ■ce rapport, en l'invitant à chasser ou en lui proposant un défi à la course ou au tir. Connaissant alors ce que cet homme vaut (c’est leur expression) , ils se règlent là-dessus au besoin- ' • . *

Le duel , qui, dans le fond , n’est qu’un reste de barbarie, une manière assez illégale de se faire justice soimême, ou, si l’on veut , de s’ entr égorger honnêtement , est très rare en Sardaigne , à moins que ce ne soit dans la haute classe de la société ; mais, en revanche, on remarque parmi les habitants des villes et les" riches propriétaires des villages une' tendance assez générale pour les procès, qui

(i ) J’ai , au reste , sur la masse des Sardes , une opinion différente de celle qu’on paraît avoir communément. Mes courses et mes relations dans leur pays m’ont donné la certitude que tout autre peuple qui se fut trouvé aussi long-temps dans les circonstances négatives qui ont pesé depuis tant de siècles sur cette nation ne serait ni aussi patient ni aussi docile. Justice pour tous, exercée avec une sévérité bien entendue ; propriété, sûreté personnelle et des choses , et garantie contre les abus et l’oppression des employés subalternes, voilà ce que les campagnards sardes demandent à leur gouvernement; ils ont le plus grand respect pour son autorité , surtout si elle est exercée au nom du souverain : ce nom seul est pour eux un talisman. - ’

homme*.

196 f-UVKK 1H. ' — POPULATION.

sont très fréquents, toujours longs, et souvent entamés pour les causes les plus futiles.

KJautioD de* Lu haute noblesse sarde, soit par les emplois quelle occupe à la cour, soit par ses liaisons de parenté, a beaucoup de rapport avec celle du Piémont, tandis que la moyenne noblesse ressemble davantage à celle de cette catégorie en Espagne -, elle offre même quelques rapprochements avec celle de Pologne. / . » •

Les Sardes qui ont fréquenté les universités parlent et écrivent la langue italienne avec facilité et avec assez de correction ; mais on les reconnaît souvent à quelques inversions qui leur sont particulières et qui tiennent de leur langue maternelle, et à un style un peu ampoulé, qui provient principalement de, l'abondance de leurs idées (1) : c'est pourquoi plusieurs d’entre eux. ont bien de la peine . à se conformer aux réformes nouvellement introduites dans la correspondance des bureaux, réformes qui portent principalement sur les préambules et les longues finales dos lettres d'affaires , et qui substituent des tableaux clairs et précis aux rapports longs et verbeux.

KSacatîoo de» . Les dames sardes qui appartiennent à la haute société reçoivent la même éducation que les nobles piémontaise^; mais les femmes des autres classes de la noblesse et même celles de la bourgeoisie pourraient recevoir une instruction plus soignée et apprendre à mieux employer leur temps. Les unes et les autres se font remarquer par une

femmes.

( i ) Il est bien entendn que je ne veux parler ici qu’en général, car il y a eu , et il y a maintenant des Sardes qui parlent et écrivent la langue italienne avec goût et perfection , comme en font foi les opuscules du chevalier D.-L. Baïlc , l’histoire de M. le baron Manno , citée plusieurs fois; les deux récentes biographies sardes publiées par M. Martini et parM. le chevalier Tola, quelques articles da P. V. Angius, et autres ouvrages remarquables.

Page 1