‹ Voyage en Sardaigne (volume 2)Chapitre 79 sur 193 · CHAP. III. -7- LANGUE · texte numérisé non relu

CHAP. III. -7- LANGUE

In ciie tua tçrrlbile, el severa .

Facturas tnas non cures damnare ; «

\ .. Ne nos condemnes crcaturas tuas ,

üna anima est (si périt, nondasduas) (i)..

Indépendamment do la langue italienne , qui est employée dans les affaires , et des dialectes sardes dont il a

été fait mention , on parle aussi d’autres langues en Sardaigne : par exemple , le génois dans l’île de San-Pietro , le corse corrompu dans l’île de la Madalena , et le catnl^ dans la ville d’Alghefo. L’usage do ces idiomes lient a l'origine des populations qui les emploient.'. .

y, B. Les personnes qui désirent *voir une coontissancn plus étendue de ce qni concerne lu langue tarde peuvent consulter let ouvrage» du P. Madao, dont nous avons déjà fait mention , ainsi que la grammaire tarde ‘de l abbé. Porrn , publiée à Cagliari en 181 1. On peut égaleineot voir la ditterlation xxxu de l'ouvrage de Muratori, Atuiq. Uni. nud. «es., et un article trè» iutérettant de M. Françoit Cbérubini, dans lé vol. 83 de la Biilioteca Italiana , moi» d'août 1830, page 161.'

(i) Celte composition, inscréç dans l'ouvrage intitulé le Armonic dei Snrdi, a été reproduite tout entière ou pac fragments par MM. Mimaut et Valéry; mais comme ces deux auteurs, et surtout le premier, lui ont fait subir des altérations assez considérables, nous nous sommes déterminé à en publier de nouveau quelques strophes , que nous avons extraites avec la plus scrupuleuse attention de la première publication du P. Madao. On trouvera un certain nombre d’autres poésies sardes daus l’appendice du Voyage de M. Valéry, p. 087 et suivantes.

WSLffBr, *

KSI

èjèm

Habillement.

ucolieitn. I. habillement des Sardes offre plusieurs singularités et quelques rapprochements curietlx avec les costumes anciens. La forme de leur oolleltu, par exemple , est vraiment bizarre. C’est une espèce de justaucorps sans manches , très serré surtout vers les hanches , et formant , en se croisant par le bas, comme un tablier double qui descend jusqu’aux genoux.

Fait de cuir tanné et ras, ce vêtement s’endosse de la même manière que nos gilets ; mais il ne saurait se passer ' d’une Ceinture, qui est nécessaire pour tenir les pans à leur

place. La partie qui pose sur la poitrine est plus ou moins » échancrée , selon les différents cantons : du reste , la forme

du collettu est la même partout. Quant à sa couleur, elle est assez ordinairement la même dans chaque région , et t elle ne varie que par de faibles nuances , qui , d’ailleurs ,

sont toujours entre le jaune et le jaune roussàtre (1).

Ce collettu , qui est l’habit ordinaire et journalier des , y principaux cultivateurs ,• et surtout de ceux des plaines et des cantons méridionaux , est , pour les Sardes , le monument le plus utile qui leur soit resté de leurs ancêtres.

iJfr

. (i) Voyez H, IIT, fig. a et i3; PI. IV, deux paysans qui ont ce vêtement sous la capote à capuchon , et' dont un est vu de côté ; PI. V, uu homme vu par-derrière , tenant par la main uue petite fdle et ayant une double ceintnre ; P(. X, fig. i et <•

CHAP. IV. COLLETTC.

Quel vêtement, eii effet, pourrait réunir autant d'avantages que celui-ci, surtout dans les lieux réputés malsains? Il défend le corps contre les influences, souvent funestes , d’un changement subit de température et coutrc les intempéries de l’atmosphère; il présente aux brûlants rayons du soleil do ces contrées, ainsi qu’à l’humidité du matin et à la pluie, une surface impénétrable; il conserve une chaleur égale en tout temps et en toute saison; il garantit l’estomac et les cuisses des épines et des ronces si communes dans les terrains peu cultivés; il se prête facilement à tous les mouvements , résiste aux fatigqes de toute espèce , et il est d’une longue durée : voilà, je pense, ce qui rachète amplement le seul défaut qu’on puisse trouver au colleltu , qui est sa forme , totalcmeut dépourvue d’élégance. ‘ • •

Au reste , quoiqu'il ne soit destiné qu’à être un habit de fatigue , le luxe n’a pas moins trouvé le moyen d’en faire quelquefois un objet d’une valeur assez considérable. Il y a des colletti d’un prix très élevé, soit à cause de la nature des peaux dont ils sont faits, soit par la manière dont elles sont cousues, soit enfin à cause des agrafes et des boutons précieux que l’on y attache. Les plus beaux colletti sont ceux des bouchers et des revendeurs de Cagliari.

On a beaucoup disputé sur le colleltu : quelques personnes ont cru y reconnaître la maslruca des auteurs latins ; mais cette opinion est vivement contestée par d'autres, qui pensent que la mastruca est plutôt la pelisse. Celte dernière opinion a été partagée par le P. Madao, dans son ouvrage sur les antiquités sardes. Il voit dans le colleltu le colobium (1) et le thorax des anciens, et fait,

(iJColobium tliclum, quia longum est, c t mutilum, sine manicis ;

avec beaucoup de vraisemblance , dériver le nom moderne de cet habit du verbe latin colligere.

mu* Comme il est probable que les hommes se sont d'abord vêtus de peaux dans leur état naturel avant de penser à les tondre et à les tanner, on peut croire qu'un vêtement semblable à celui qui est représenté dans la Jig. 3, pl. III est en effet le plus ancien de tous , ou du moins qu’il est , en Sardaigne , antérieur au collettu. Cette considération m’avait d’abord engagé à le placer le premier; mais l’usage du collettu étant particulier à file , tandis que la pelisse est connue dans plusieurs autres contrées , j’ai cru devoir préférer l’ordre dans lequel je parle de ces habits.

Celte pelisse, que l’on retrouve également chez les pâtres de la Campagne de Rome, du royaume de Naples, de la Grèce, de la Dalmatie, et je crois même de l'Espagne y est encore , dans la Sardaigne méridionale et occidentale , le vêtement ordinaire des gens de la campagne et principalement des bergers.

Il est fait de quatre peaux de moutons ou de chèvres , employées souvent dans leur état naturel; il couvre le corps comme le collettu , avec cette différence pourtant qu’il n’est pas serré par une ceinture , et qu’il reste ouvert par le devant. Les agriculteurs le mettent fréquemment par-dessus le collettu , mais jamais ce dernier sur l'autre quand on les porte tous les deux ensemble.

La forme de cette pelisse est partout la même ; quoiqu’elle ait quelque chose de sauvage et à demi barbare , elle est très utile et très commode, car, de même que le collettu, elle préserve du soleil, du froid et de la pluie. La manière la plus ordinaire de la porter est avec le poil en dehors; cependant on la met en sens contraire, suivant

nam xoxtCic. mutilus et truncalus est à xoxo Ci», matiln, Itrevio , trunco (Isid. , 1. xix ; One. , c. il.) Foÿcz aussi Foaciurai.

CDA?. IV< — PBL1BSE. 211 '

le temps et les saisons , principalement lorsque les peaux sont bien préparées et bien blanches. ;

Les habitants du Campidano de Quartu ont surtout ’ ,

adopté ce dernier usage , et grâces à des raffinements successifs, introduits par le goût de la parure, la pelisse a perdu dans ce canton son aspect grossier ; elle compose' présentement une partie fort élégante de l’habillement de ces campagnards (1).

' On ne saurait révoquer en doute la haute antiquité de * •

«cet habit et de l’usage de le retourner, puisque Elien en parle fort clairement (lib. xvi , cap. xxxv de Naturd animalium ) ; « La Sardaigne , dit-il, est, selon Nymphodore,

« très riche en brebis et en chèvres , dont les peaux ser- •

u vent à l’habillement des indigènes De façon que

« l'homme qui en ést vêtu peut les mettre à son gré avec « le poil en dedans pour se réchauffer en hiver, et en « dehors pendant le fort de la chaleur. »

On a long-temps agité la question de savoir lequel du Lapwt d« Hem

«■ ii « • . . . TélcmcnU U

colle ttu ou de la pelisse est la mastruca que taceron et mastruca. d’autres auteurs latins désignent comme un vêtement en usage parmi les Sardes. > t- ,'K ‘

Le P. Cetti, dont l’érudition et le jugement sont assw connus , penche en faveur de la pelisse : les raisons qu-’il allègue à l’appui de son opinion sont très plausibles , et ses citations induisent à croire que les anciens comprci qaient sous le nom de mastruca une casaque de peau à longs poils, et non un vêtement de cuir. J \-

Le P. Oemelli , auteur contemporain du P. Cetti, et comme lui homme de mérite, soutient une opinion contraire j mais il est combattu par le P. Cetti , qui , dans son supplément à l’histoire naturelle .dé la Sardaigne, se sert des armes de son adver^Sre pour le réfuter. J^e P. Madao, , ,

(i) PI II , fig. 3 et 5 , et PI. 111 , ftg. ri.

by

$12 LITRE in. — POPOLATIOff.

que nous avons cité plus haut, ainsi que le chevalier Mamelli , se sont rangés du* parti du P. Cetti : M. Mamelli a consigné, sur cet objet, dans la Caria de Logu, une note qui , à mon avis , est très judicieuse (1). „

Les bornes que je me suis prescrites dans ce volume ne me permettant pas de m’engager dans des discussions -d’autant plus inutiles , pour le moment, que le fond de la question doit naturellement faire partie de mon travail sur les antiquités sardes , je renvoie à cet endroit de mon ouvrage les personhes que de pareilles matières peuvent intéresser-, je me bornerai à dire ici que la pelisse, appelée dans le pays bestepeddi (habit de peau), est encore , l’habit d’une grande partie des bergers , cher, lesquels l’usage du collcttu est très rare ; quant aux laboureurs des plaines et des pays agrestes, ils ne portent pas exclusivement ce dornier vêtement; ils y ajoutent bien souvent la pelisse et mèmè quelquefois la portent seule. J’en conclus donc que l’usage de cette dernière doit être plus répandu , puisque les bergers sont proportionnellement les plus nombreux.

D'ailleurs, les épithètes de mastrucati et de peUiti paraissent s’appliquer de préférence à ecs tribus sardes que les anciens nous représentent comme menant une vie inquiète , sc nourrissant de la chair de leurs moutons , et sc couvrant de leurs peaux (2). Enfin , l'expression do latrunculi, par laquelle Cicéron désigne ces peuplades indépendantes , donne une nouvelle force' à cette opinion : en effet, les excursions de ces tribus, qui n’étaient que des bergers pillards et nomades, ont continuellement inquiété les Romains etleurs colonies. • .

Il est d’ailleurs très probable que ces mastrucati la-

• • (0 l'oyez p. a8, note 85, de la Caria de Logu.

(a) f'riyez ci-dessos liv. i , chap. i. • '

CIIAP. IV. WASTRÜCA.

• trunculi de Cicéron et les pelliti Vaincus par Manlius, et qui étaient indubitablement velus des peaux de leurs moutons, les employaient sans se donner la peine de les tanner; peut-être meme i^noraicnt-ils l’art d'en faire du cuir pour en façonner des collelti ? - * ' . ,

En faisant allusion à l’habillement des Sardes, quelques auteurs ont dit qu’il sentait mauvais. Cette expression ne désigne-t-elle pas plutôt la pelisse de ces insulaires que le collcltu , dont le cuir est bien apprêté ? 1 -

II n’est nullement démontré que l'on ait voulu entendre par maslruca un habillement exclusivement propre aux Sardes. En effet, saint Isidore ne dit-il pas (t) : Mastruca est vestis germanica ex pellibus ferarum, de qud Cicero, pro Scauro. Le savant Muratori, parlant dans le même sens , dit également , en citant Isidore , Cicéron , Prudence , etc. : Maslruca est vestis genus ex pellibus ferarum quo septentrionales utuntur, et olim Sailli utebantur.

Il est d’ailleurs aussi déraisonnable de regarder la mastruca comme ayant été d’un usage particulier à la Sardaigne que de penser que la toge a été le vêtement particulier des habitants de la Gallia togata. Parce que la mastruca et la toga furent communes aux Sardes et aux. Caulois, s’ensuit-il que ces peuples aient seuls connu ces deux sortes de vêtements? Or, puisqu'il est avéré quo <Pautres peuples , tels que les Germains , se servaient de la mastruca , il est' bien plus naturel de la Chercher en Sardaigne dans la partie du vêtement qui se rapporte davantage à ceux de ces peuples.

Toutefois ,• je regarde le collcltu comme un habit très ancien, et bien plus particulier à la Sardaigne. C’était peut-être cette casaque des soldats sardes dont parle Stra- : ; — .

fi) Isid . , De vcsliü. ijuurumdani gallium, lib. xil, cap. ail f

bon, quand il dit qu’ils se faisaient des cuirasses avee. la ' pean des mouflons (1). Je suis d’autant plus porté à le croire que cet habile géographe, qui a si bien décrit l’habillement et les .armes des peuples de son temps, se serait servi du mot mastruca, bien connu alors, pour désigner cette espèce de cuirasse de peau do mouflon employée par les guerriers sardes , si elle eut porté ce nom.

Je pense , par conséquent , que l'habillement des bandes nomades et indépendantes était la mastruca, pelisse à longs poils, tandis que les insulaires plus civilisés et les soldats sardes portaient le collcttu.

Quoi qu’il en soit, j’espère faire une chose agréable aux amateurs d’antiquités, en leur offrant d’avance, dahs ce premier volume (2), le dessin d’une idole sarde qui se trouve présentement dans le cabinet de la ville de Cagliari , et que j’ai copié sur l'original. Cette figure, que le savant Münter , évêque de Séeland, croit être celle d'un dieu kabirc sarde, et dont il a donné une très intéressante, description (3), m’a paru offrir trop d’analogie avec l’habillement des Sardes pour ne pas la placer en tête de la série des costumes de l’île.

Je ne parle pas seulement du bonnet de cette statue, qui est exactement tel qu’on le porte encore dans plusieurs cantons; mais je prie le lecteur de bien considérer l'habit dont elle est vêtue et de le comparer avec celui des deux personnages (4) qui sont à côté : l’un a le collcttu et l'autre la bestepeddi. Je ne doute nullement que l’on n’ait voulu donner à cette figure l’un de ces deux habits -, mais lequel ? c’est assez difficile à décider.

(^) Stxaeoa, liv. xv. •

-.fa) PI, Ht ,yfg. .

(5) Voyti p- 7 , note 5. .

(^) PI. ci-dcssus ,yîg. a et 5.

CUAP. IV. — MASTRUCA. 315

S il m’est permis d’énoncer mon sentiment sur ce sujet, je dirai que j’incline à voir dans ce vêtement la véritable mastruca retournée les poils en dedans, comme cela s’est pratiqué anciennement , aussi bien que de nos jours ; peut-être aussi l’artiste , qui assurément n était pas très habile , n’a-t-il pu parvenir à marquer les poils supposés être en dehors. La forme lâche de cet habit , une certaine

apparence bouffie, et surtout 1 absence de la ceinture, qui, ( . t

dans le collettu , est une pièce indispensable , me portent •à considérer cette idole comme vêtue de la pelisse et non

du collettu. i

Je sens bien que le manque d’ouverture par-devant, caractère de la pelisse , qui ne croise pas , contre-balançatat en quelque sorte l'absence de la ceinture , on pourra cm- ^ . ployer les mêmes raisons pour soutenir l’opinion contraire ; mais je ferai remarquer que la figure de 1 idole exclut toute idée d’un homme de guerre : elle parait plutôt représenter un berger. Du reste, on peut concilier les deux sentiments en reconnaissant, avec M. Mûnter, dans la figure en question , deux habillements places l’un sur [autre, dont celui de dessus est plus court. Or, cet usage étant encore très commun en Sardaigne, où les cultivateurs mettent souvent la bestepeddi par-dessus le collettu , On pourrait regarder la veste de dessous comme le collettu , et l’autre habit comme la pelisse , puisque , comme je l’ai déjà dit , ces deux vêtements ne se mettent jamais dans un ordre inverse.

D’ailleurs , quel que soit le système que l’on adopte a cet égard, cette idole présente un des deux vêtements actuels de la $ardaigne , qui remontent par conséquent à une très haute antiquité , et l’un lieux doit être nécessairement la mastruca.

Une autre pièce de l’habillement sarde , que les étran-s,cma.coptrr;. . gers auront peut-être fort peu remanptée , et qui est éga-

lemcnt un reste d'antiquité très reculée , un vêtement très utile, est le saccu da coperri ( sagum à couvrir). 11 est encore en usage chez les campagnards , notamment parmi les pâtres nomades (1).

Ce n’est qu’une pièce d’étoffe de laine noire , large d'une demi-aune et longue d’une aune et demie, assez semblable à un de ces châles longs que les dames ont porté pendant quelque temps-, elle n’a ni ouverture ni fente quelconque. Le saccu se place quelquefois sur la tête, quand celui qui le porte n’est pas pourvu d’un autre habit à capuchon : dans ce cas , le saccu couvre à la fois des épaules, une partie du dos et tout le devant du corps jusqu'à la moitié des jambes; il sert alors de capuchon pour la tète; mais quand le paysan est déjà muni de cc dernier, il met simplement son saccu sur les épaules , de la même manière qu’un châle oblong , et alors il l'agrafo sur la poitrine.

Ce vêtement , formé ordinairement de deux toiles de

furesi noir, appliquées l’une contre l'autre et cousues dajls leur longueur, est encore très commode pour voyager à cheval , lorsqu’il est un peu ample , car alors il couvre le corps par-derrière jusqu'au-dessous des reins; et, pardevant , les cuisses et même les jambes. Ce n'est qu’un vêtement pour la pluie et pour l’hiver ; mais il est d'autant plus utile qu’il tient peu de place, et qu’en voyage il sort de lit , de couverture et même de tapis pour prendre ses repas au milieu de la campagne. Tels sont du moins tes services que j’en ai tirés , et qu’il rend journellement aux bergers sardes.

J’en ai vu de très élégants , faits d’étoffe assez fine , avec des franges aux deux extrémités et des glands de couleur

(.) pi m, jig.;4. •*

Page 1