INTRODUCTION
l>ans les premiers mois de l'année 1 839 nous avons imprimé à Paris une seconde édition de notre première partie du \oyage en Sardaigne, qui avait déjà paru sons ce même titre en 1826 (1). Nous indiquâmes alors les raisons ponr lesquelles nous nous sommes déterminé à reproduire ce volume avant de donner suite aux tomes successifs, que nous avions annoncés depuis longtemps, et noos promîmes que cette première partie serait bientôt suivie des trois autres, pour compléter notre travail.
Effectivement nous publiâmes une année après, c’està-dire en 1840, notre seconde partie du \oyage en question, entièrement consacrée aux ÂntiguiUs de la Sardaigne. Nous pensâmes alors que l’apparition de la troisième, qui devait traiter uniquement de la Géologie de nie , pourrait avoir lieu peu de temps après ; mais la nouvelle charge qui nous fut imposée (2) et le retard
(1) Pmria, chez Laforêt, rue des Killes-Saint-Thomas, 18S6.
(S) On Dons conféra alors le commandement de l’école de marine de Gènes avec le grade d’Oflicier Général.
nnOdUGTION.
involontaire que nous éprouvâmes dans rachèvemenl et dans la publication de notre carte de la Sardaigne en den\ feuilles, mirent un obstacle k l'accomplissement de nos désirs et de nos promesses.
En livrant k l'impression la description géologique de cette île peu connue, avant que les travaux trigonométriques et géodésiques, que nous avions entrepris pour en dresser d'abord une carte exacte, fussent k leur terme, nous aurions été en désaccord avec la maxime que nous avons toujours professée, celle do ne pas sacrifier l'exactitude d'un travail quel qu'il soit k l'impatience de le voir entrer dans le domaine de la science par une prompte publication. Notre carte k l'échelle de 250000|m. ayant enfin vu le jour en 1845, nous nous empressâmes d'en dresser une semblable, réduite de moitié (1 ), qui fut dès lors destinée k servir de carte géologique pour celte troisième partie, et nous nous mimes immédiatement k l'œuvre pour la rédaction du texte qui devait l'accompagner.
' Mais de nouvelles difllcultés vinrent bientôt noos assaillir; k peine avions-nous commencé k coordonner les matériaux que nous avions réunis pendant un grand nombre d'années, nous nous aperçâmes que plusieurs observations faites k vingt et même k trente ans de distance n'étaient plus présentables au public studieux sans de nouvelles vérifications sur les lieux.
Nous reconnûmes également qu’il est impossible de
(I) Cette carte au 500|m. est par conséquent dressée à la même échelle que la grande carte géologique de France, par MU. Elie de Beaumont et Dufresnoy.
INTIOMICTION.
mener de pair, aussi bien en campagne que dans le cabinet, des recherches cl des éludes de nature diiïérente. Pendant les quatorze années que durèrent nos opérations trigonométriques et géodésiques sur le sol de nie, nous pûmes, il est vrai, nous former une idée assez claire de ^a charpente minéralogique des monts que. les travaux de la carte nous engageaient à gravir; mais presque toujours pressé par le temps, et dans la crainte que la nuit nous surprit sur une cime de montagne au milieu de nos opérations, nous ne pûmes que fort rarement accorder à l'élude des terrains et h la recherche des fossiles tout le temps qui est indispensablement requis pour des investigations de cette nature.
C'est pourquoi, quand nous fûmes libre de penser exclusivement à la description géologique de l'Ile, nous vîmes la nécessité de renouveler une grande partie de nos excursions; mais, comme les devoirs de notre charge ne nous permettaient plus de vaquer avec fruit à celte besogne, nous pensâmes nous associer un collaborateur instruit, qui, guidé par nos connaissances locales, pût remplir toutes les lacunes qui ressortaient h chaque instant sous notre plume lorsque nous nous mettions sérieusement à l'ouvrage.
A cet eiïet, dans le printemps de 1847, nous nous rendîmes, pour la vingtième fois, on Sardaigne, accompagné d'un jeune Toscan , élève distingué de feu notre ami le professeur Pilla, de regrettable mémoire, afin de l'initier d'abord au mode de voyager dans ce pays et de le charger ensuite tout seul des vérifications auxquelles nos occupations ofllcielles sur le continent ne nous permettaient plus de vaquer.
innoDorTioü.
M. Ezio de’ Vecchi répondit pleinement à notre attente, et en juillet 1847, après que nous l’eûmes laissé dans nie, il vint nous rejoindre îi Gènes avec une riche moisson de faits géologiques importants, qu'il se proposait de compléter dans le printemps suivant. ElTcctivement, notre aimable et intelligent collaborateur foulait déjà de nouveau le sol de l’Ile en avril 1848, lorsque les évènements qui survinrent en Italie, l'en firent repartir immédiatement. Rentré sur le continent peu de jours après qu’il en était parti, le jeune géologue réjoignil sur le Mincio l’armée sarde, où il entra comme volontaire, et bienlûl il gagna les épaulettes et devint officier d' État-major.
Üe notre côté , chargé en môme temps d’une mission et d’un commandement militaire dans la Vénilie, nous dûmes également tirer de nouveau l’épée et laisser notre marteau , qui resta inactif dans nos mains jusqu’à la fin de 1 851 . A celte époque, après avoir payé à notre patrie et à notre roi le tribut que la gravité des circonstances exigeait de nous (1 ) , nous nous décidâmes à rentrer toul-à-fait dans la vie privée , devenue l’objet de nos plus ardents désirs.
Ce n’est donc qu’au commencement de l’an 1852 que nous avons enfin pu reprendre le travail qu'une suite de contrariétés nous avaient forcé de suspendre bien malgré nous dès 1840; travail que nous publions
(1) Noua fumes envoyé Hans Pile de Sardaigne en 1849 comme Commissaire Royal extraordinaire avec pleins pouvoirs; puU noua résignâmes volontairement ces fonctions , pour ne garder que celles (le Commandant-général militaire.
INTHOBOCTIOn.
en ce moment et que nous aurions désiré rendre pins complet. A cet effet nous Ornes, depuis notre entière liberté, cinq nouvelles excursions dans l'Ile, mais elles n'eurent pas lout-k-fail le résultat que nous nous ^en étions promis, vu le triste étal physique auquel l'âge, un demi-siècle de service militaire et nos 35 campagnes géodésiques et géologiques en Sardaigne, nous ont réduit. Forcé de renoncer à de nouvelles vérifications et privé de l'assistence de notre jeune collaborateur, passé à d'antres occupations (1), nous nous sommes déterminé à tirer parti de nos matériaux tels que nous les possédons, avec le regret de ne pouvoir mieux faire.
Qu'il nous soit permis d'ajouter que, bien convaincu que nos connaissances en paléontologie ne sont pas à la hauteur de notre sujet, nous nous sommes associé un savant paléontologue italien, M. le professeur J. Meneghini, directeur de ce même musée minéralogique et géologique de Pise,où M. de’Vecchi avait déposé les fossiles recueillis par lui dans l'Ile, auxquels vinrent naturellement se joindre tous ceux qui nous appartenaient et dont il nous importait d'avoir une bonne détermination. M. le professeur Menegbini, en voulant bien prendre part à notre travail, a rendu à la science un service d'autant plus important que son nom est déjà avantageusement connu des naturalistes, et pour notre compte, nous nous sommes fait un scrupuleux devoir de ré.server dans cet ouvrage une place distincte aux des-
(I) M. I« Capitaine de’ Vecchi se Irouvail absent de Turin quand commença l'impression de ce volume. Il était alors en Crimée comme officier d'Etat-major, dans le contingent de l’armée sarde.
tTnO0OCTlO».
criptions et aux dcterminations qu’il a faites sur les pièces les plus importantes que nous avons soumises è sa patience et à ses lumières.
11 a bien voulu, de son côté, se charger de la direction des dessins originaux des fossiles les plus importants; ils ont été faits sous ses yeux par un habile employé du musée royal de Pise, M. François Pierncci, et les 8 planches lithographiques, qui les reproduisent, ont été exécutées à Turin et non pas k Paris, comme le furent celles des deux autres atlas de ce même ouvrage ; car l'état de notre santé et nos fonctions parlementaires ne nous permettent plus de faire de longues absences du toit paternel. Nous ajouterons que M. Studiati, actuellement professeur de physiologie k l'université de Pise, a bien voulu se charger de l'illustration des ossements de la brèche osseuse de Sardaigne.
Notre travail se divisera donc en deux parties distinctes: celle qui traite de la géologie descriptive et spéculative qui nous regarde spécialement et celle qui concerne la paléontologie, qui reste toute dans le domaine de nos savants collaborateurs de Pise.
Dans le courant de nos descriptions nous aurons souvent occasion do citer des chiffres précédés de lettres alphabétiques, qui se rapportent aux échantillons de roches, dont se composent nos trois collections géologiques de l'ilc de Sardaigne placées en trois établissements différents, savoir, une au Jardin des Plantes de Paris (1), une au musée royal de Turin et la troisième
(() OUc collection «e trouve dans les tiroirs de la galerie de
IIITmODGCTIO!«.
au musée royal de Cagliari. Enfin pour rendre noire travail plus profitable , nous avons pensé qu'il aurait été convenable de reproduire en français , b la fin de celle troisième partie, le catalogue raisonné des roches de cette triple collection, que nous avons déjà publié en langue italienne dans l'anne \ 853, à l'usage des visiteurs des deux derniers établissements indiqués ci-dessus. De cette façon, lorsque nous renverrons le lecteur à un de ces numéros , il pourra trouver de suite dans ce catalogue la description succincte de la pièce désignée ; et s'il en aura la fantaisie ou le loisir (se trouvant à portée d'une de ces trois collections), nous lui faciliterons le moyen matériel de vérifier ou de corriger à volonté nos déterminations des roches de la contrée dont nous avons entrepris la description géologique.
Quant à l'atlas joint à ce volume, pour lequel nous fûmes forcé d'adopter le formai des atlas de la première et de la seconde partie de notre Yoyage en Sardaigne (1), nous n'avons rien négligé pour qu'il correspondit, en fait d’exécution, à celte précision scrupuleuse dont nous avons désiré approcher en faisant part au monde savant du fruit de nos recherches, qui furent entreprises quand noos touchions à peine l’àge de 30
Minéralogie et de Géologie de ce célébré étabtiiaenient , on MM. Cordier et Cb. d’Orbign; ont bien vonln l’admetlre; elle ae compose de 578 écbantillons presque tous d’égale forme et de même grandeur.
(I) L’allas de la première partie, spécialement consacrée è des scènes de la rie des Sardes et aux costumes du pays, se compose de 13 planches. Celui de la seconde partie en contient 40, qui représentent excInaiTement les antiquités de l’ile.
lirreoMcnofv.
années et qui ne sont terminées que lorsque sept lustres de plus pèsent sur nous.
Quoique nous pensions que ce travail soit loin d'élre parfait, nous avons l’espoir que plus d’un géologue et plus d’un habitant de la Sardaigne nous saurons gré de ne pas en avoir retardé davantage la publication.